Beauté

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Elle se plaint depuis des semaines devant le miroir. Elle se trouve moche, elle n’aime pas ses fesses, exhibe sous mon nez une culotte de cheval imaginaire, me dit qu’elle n’est plus d’un amas de capitons et de vergetures.

En désespoir de cause, je l’amène dans ce parc où, la nuit, des satyres aux sens enflammés hurlent à la lune et copulent entre eux dans les fourrés à défaut de pouvoir s’offrir la chair douce et rosée d’une femme complaisante. Dès qu’ils l’aperçoivent, ils se ruent sur elle, ils réduisent ses vêtements en charpie, la baisent, la traitent comme une chose et surtout l’enculent à répétition, vénèrent son cul et y reviennent sans cesse, jusqu’à la barre du jour, jusqu’à ce que les heures abolissent les sexes, abolissent les êtres, les transformant en magma sublime de chairs indifférenciées.

Rien ne sera plus comme avant. Elle est enfin libre, apaisée : son cul est devenu le centre de gravité de l’univers.

Ce soir-là, l’alcool aidant, il osa dire devant tous leurs amis: «Regardez comme elle se laisse aller!»

Comme si son ventre ne débordait pas par-dessus sa ceinture! Son ventre immense, nourri de bière qui fermentait dans ses entrailles et qui chaque nuit explosait en miasmes putrides, plongeant la chambre dans un remugle sans nom qui invariablement la tirait, dégoûtée, du sommeil.

Cette nuit-là, en pleurant de rage dans la douche, elle lui cria: «Comment oses-tu, toi, me dire que je me laisse aller?» Tout ce qu’elle aurait voulu, c’est mourir sous cette eau brûlante. Qu’acide, elle la dissolve, la fasse disparaître de cette vie infecte et ingnoble. Mais l’eau est imprévisible; on ne sait jamais parfaitement dans quelle direction elle décide de fuir.

Une femme déliée, élancée, suprêmement affriandante émergea des nuées épaisses de vapeur. Elle regarda la larve ingrate qui lui tenait lieu de mari une dernière fois. Puis, enfin, elle se laissa aller.