J’ai lu quelque part que de sexologues américains, après de longues années de recherches, en sont arrivés à la conclusion que les hommes qui participent aux tâches ménagères sont ceux qui ont le plus de relations sexuelles. Selon eux, quand monsieur fait sa part des travaux à la maison, la perception de sa tendre moitié concernant l’équité et la satisfaction matrimoniale s’améliore. Le couple traverse donc moins de conflits et ainsi, les partenaires sont plus enclins à forniquer comme des lapins. Moi, ça me semble logique, mais je trouve dommage que ça ne puisse s’appliquer lorsque le couple est formé de deux femmes. Parce que le problème avec le couple lesbien, c’est que ce n’est jamais un homme qui se tape les tâches ménagères.
N’allez pas croire que je sois une maniaque du ménage, loin de là. Il m’arrive plus souvent qu’à mon tour de laisser trainer mes bas sur le plancher de la salle de bain. Les toiles d’araignée ne me font pas vraiment peur et je tolère même quelques miettes de pain séchées autour du toaster. Mais je n’aime pas qu’on me prenne pour une bonne, même si c’est pour porter un uniforme dans un jeu de rôle sexy. Madame n’avait qu’une seule responsabilité, la lessive; or, j’avais passé la journée au bureau sans culotte et ce n’était vraiment pas parce que j’avais l’intention de me taper le comptable. La scène de ménage fut donc terrible.
— Qu’est-ce que tu insinues? J’ai fait le lavage pas plus tard que la semaine dernière! répondit-elle nonchalamment à mes reproches.
Elle passait d’une salle de tchat à l’autre, reluquant les exhibitionnistes devant leur cam, tout en se masturbant mollement d’une main et en écrasant sa clope de l’autre.
— Si tu passais moins de temps à te branler sur internet, tu saurais que pas une seule brassée n’a été lessivée depuis au moins trois semaines, que le panier à linge déborde de fripes nauséabondes et qu’il y a belle lurette que je n’ai plus de chaussettes propres, répondis-je en tapant un pied nu contre le carrelage d’un air excédé.
— Hého, je viens de me trouver un nouvel emploi, je commence dans trois semaines et je n’aurai pas d’autres vacances avant un an. Tu peux me lâcher la grappe à la fin? Si ça se trouve, tu devrais me féliciter… me récompenser, même.
— Tu veux ta récompense? Tu vas l’avoir. Monte à l’étage, et que ça saute!
— Oh! La chambre à coucher! Cool! J’adore quand tu te fais directive et autoritaire…
— Justement: pas la chambre. La buanderie.

Immobilisée, ligotée, ficelée sur place, elle ne pouvait à peine bouger qu’un cil. Elle devait donc s’en remettre entièrement à moi. Ce qui ne semblait pas trop l’inquiéter, puisque je suis une bricoleuse hors pair — je n’ai pas eu le choix de le devenir, c’est moi qui fais tout dans cette satanée maison.
— Hi hi hi hi! Je parie qu’aucun vendeur chez Nault et Bartineau ne fait valoir cette fonction lorsqu’il tente de fourguer ses machines à laver! rigola-t-elle alors que le serrais le dernier nœud.
— On se tait! ordonnai-je sur un ton sévère. Je vais t’apprendre à te servir convenablement de tes appareils électroménagers!
Elle voulut me répondre, mais le bâillon que je lui enfonçai dans la bouche m’épargna de ses sarcasmes habituels.

Après quatre brassées seulement, la machine se mit à dégager une chaleur presque intolérable; elle aurait juré que les lèvres de sa chatte fondaient en adhérant sur la fonte émaillée blanche de l’appareil. Elle sentit ensuite une main se faufiler derrière sa nuque, pour la libérer de son bâillon.
— Non… je t’en supplie… pas encore! Je ne crois pas que j’arriverais à le supporter! gémit-elle.
— Tu y arriveras, j’en suis certain, répondis-je en ricanant. Cinquième brassée et ensuite, on entame le blanc. Lorsque nous en serons au cycle de rinçage de la huitième, tu auras la permission de jouir… peut-être.
Je fis tourner le cadran et son cliquetis discordant, les vibrations sur la tôle et la chaleur du jet d’eau suffirent à la mener au bord de l’orgasme.
— Oh… je… je vais…
— Ta ta ta. Pas tout de suite, j’ai dit.
Elle laissa échapper une plainte suppliante.
— Arrête de te plaindre, sinon je t’échange contre deux boîtes de savon à lessive d’une marque concurrente! Ordonnai-je sur un ton ferme.
Ses traits ses crispèrent, sa respiration s’accéléra et une drôle d’odeur, faite d’assouplisseur à tissus et de poissonnerie, emplit la salle de lavage.
Décidément, le vieil adage avait vachement raison : on n’est jamais mieux servie que par soi-même. Depuis que j’ai pris les choses en main, elle ne se plaint plus qu’elle n’a rien pour la mettre ou que je ne l’essore jamais.