«Jamais les États nationaux n’ont-ils été aussi importants pour protéger les gens. Ils reviennent à leur rôle d’autrefois, comme protecteurs des gens. Tout le monde a compris ça, y compris les anarchistes. Ce qu’il y a de remarquable, c’est de voir les anarchistes demander aux gouvernements de protéger le peuple contre les effets de la mondialisation. C’est quand même le bout du monde quand on pense qu’il y a cinquante ans ils refusaient toute forme de gouvernement!»
Jacques Parizeau, interviewé par Marie-France Bazzo le 16 février 2005
Je n’aurais jamais cru que ça arriverait un jour, mais il semble que j’en suis arrivée là: ce matin, je suis d’accord avec Jacques Parizeau. Comme lui, je constate (mais avec un désarroi qui n’est probablement pas le sien) qu’il est courant d’entendre de nos jours des anarchistes en appeler à la défense des programmes sociaux providentialistes, voire carrément des États nations qui sont menacés par les multinationales, l’OMC, la Banque mondiale et les autres institutions économiques internationales. Selon ces anars, l’État ne détient pas vraiment de pouvoir autonome: il ne serait que le gestionnaire des institutions de contrôle social qui permettent aux grandes entreprises et à la bourgeoisie de maintenir leur ascendant sur le peuple. Mais si l’État n’est qu’un instrument entre les mains des maîtres de ce monde, pourquoi ne serait-il pas possible pour le «Peuple» de le confisquer et s’en servir comme une institution d’opposition aux entreprises transnationales? Pourquoi ne pourrait-il pas devenir un moyen de protéger les petits et les exploités contre les effets terribles du capitalisme mondialisé?
C’est un raisonnement similaire qui semble se trouver derrière l’idée proposée par certains anti-capitalistes contemporains — et je pense en particulier à Noam Chomsky — que nous devrions, en tant qu’anars, défendre les intérêts des États nations, le dernier rempart qui nous reste contre la grande entreprise, la mondialisation et ses institutions économiques internationales.
Foutaises tragiques que tout cela.







