Conte

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— Je vous en prie, donnez-moi ce soulier, Votre Altesse!

Le grand chambellan, flanqué de son garde du corps, négociait depuis presque une heure avec le jeune prince qui gisait dans son lit, en position foetale, en tenant fermement la chaussure contre son pubis.

— Non! hurla le prince. Il est à moi! Elle me l’a laissé! Juste pour moi!

— Votre Altesse, soyez raisonnable. Votre père le roi est formel et vous savez à quel point il ne souffre pas d’être désobéi: vous devez trouver la jeune femme qui vous a séduit au bal et ce soulier est le seul indice dont nous disposons pour arriver à l’identifier. Veuillez me le remettre sur-le-champ!

— Je ne veux pas!

Le grand chambellan se frotta les tempes en soupirant.

— Écoutez-moi bien, Votre Altesse. Je vous promets solennellement que nous vous redonnerons cette godasse lorsque nous aurons accompli notre mission. Intacte, sans la moindre égratignure.

Voyant que le prince ne bronchait pas, il s’approcha et lui chuchota à l’oreille:

— Et si par miracle nous arrivons à retrouver cette jeune personne, vous savez sûrement ce que nous pourrons vous rapporter, comme récompense…

— L’autre soulier? demanda le prince et se retournant vers le grand chambellan.

— Vous pourriez avoir la paire… Qu’en pensez vous?

À contrecœur, le prince enleva sa bite du délicat soulier de vair et le remit au grand chambellan, qui le confia à son garde. Après une révérence rapidement esquissée, les deux hommes quittèrent en hâte la chambre du prince.

— Beurk! grimaça le garde en regardant, dégouté, le contenu laiteux de la chaussure.

— Comptez-vous chanceux, soupira le grand chambellan. Si la donzelle avait perdu des cuissardes, je parie qu’il ne se serait pas gêné pour les remplir à ras bord.

Comme à l’habitude, Rapunzel dénoua ses longues mèches d’or et les laissa cascader le long du mur de pierres de la tour. Le prince grimpa, entra par la fenêtre, fit basculer la jeune femme sur le lit, l’enconna prestement et vigoureusement, l’éclaboussa généreusement de sa liqueur séminale et princière, l’embrassa sur le front puis redescendit le long de la route capillaire en sifflotant de satisfaction.

La nuit suivante, lorsque qu’il revint lancer des cailloux à sa fenêtre, le prince constata avec horreur que Rapunzel avait coupé ses longs cheveux et qu’il n’avait plus aucun moyen de grimper et la rejoindre. Stupéfait, il contempla longuement son cou gracieux et délicat — qu’il n’avait jamais remarqué auparavant — ainsi que ses lèvres sensuelles et ses seins ronds et mignons comme des petits pains de mie. Ivre de désir, il fit les cent pas devant la tour en fixant la fenêtre ouverte. Soudainement, le silence de la nuit fut déchiré par le bruit grinçant des ressorts de matelas qu’on malmène et surtout un bruit incongru, que le prince n’avait jamais entendu auparavant: les cris de jouissance flûtés de Rapunzel.

— Encore! Encore! Ta langue… oui! Juste ici! Oh! cria Rapunzel avant de hululer comme une chouette ayant enfin trouvé son bonheur.

Une heure plus tard, la porte de la tour s’ouvrit. En sortit une grasse paysanne aux cheveux très courts qui s’essuyait les lèvres sur le revers de sa manche.

— Comment avez-vous pu vous rendre au sommet de la tour? demanda le prince, perplexe.

— J’ai ouvert la porte et j’ai monté l’escalier, répondit la roturière qui exhalait une forte odeur de musc et de poissonnerie.

Le prince se frappa le front.

— Je comprends maintenant pourquoi elle ne cessait de répéter que son ex n’avait aucune imagination… ajouta-elle en affichant un sourire goguenard et édenté.