— Je vous en prie, donnez-moi ce soulier, Votre Altesse!
Le grand chambellan, flanqué de son garde du corps, négociait depuis presque une heure avec le jeune prince qui gisait dans son lit, en position foetale, en tenant fermement la chaussure contre son pubis.
— Non! hurla le prince. Il est à moi! Elle me l’a laissé! Juste pour moi!
— Votre Altesse, soyez raisonnable. Votre père le roi est formel et vous savez à quel point il ne souffre pas d’être désobéi: vous devez trouver la jeune femme qui vous a séduit au bal et ce soulier est le seul indice dont nous disposons pour arriver à l’identifier. Veuillez me le remettre sur-le-champ!
— Je ne veux pas!
Le grand chambellan se frotta les tempes en soupirant.
— Écoutez-moi bien, Votre Altesse. Je vous promets solennellement que nous vous redonnerons cette godasse lorsque nous aurons accompli notre mission. Intacte, sans la moindre égratignure.
Voyant que le prince ne bronchait pas, il s’approcha et lui chuchota à l’oreille:
— Et si par miracle nous arrivons à retrouver cette jeune personne, vous savez sûrement ce que nous pourrons vous rapporter, comme récompense…
— L’autre soulier? demanda le prince et se retournant vers le grand chambellan.
— Vous pourriez avoir la paire… Qu’en pensez vous?
À contrecœur, le prince enleva sa bite du délicat soulier de vair et le remit au grand chambellan, qui le confia à son garde. Après une révérence rapidement esquissée, les deux hommes quittèrent en hâte la chambre du prince.
— Beurk! grimaça le garde en regardant, dégouté, le contenu laiteux de la chaussure.
— Comptez-vous chanceux, soupira le grand chambellan. Si la donzelle avait perdu des cuissardes, je parie qu’il ne se serait pas gêné pour les remplir à ras bord.







