Textes portant l'étiquette « Couple »

Second Chance Café Inc.

30 août 2009

Marie-Pier et Mathieu — joli couple, mais pas très doué pour la vie conjugale, si bien que six mois seulement après avoir échangé voeux et anneaux ils se séparèrent et prirent rendez-vous avec un avocat du centre-ville.

— On pourrait se rencontrer avant au Second Cup sur Saint-Denis, proposa Mathieu. Comme ça, on pourra arriver en même temps chez le médiateur….

— Toujours aussi formaliste et coincé, hein… siffla Marie-Pier avant de raccrocher.

En essuyant la moustache de crème laissée par sa dernière gorgée d’espresso con panna, Mathieu soupira :

— Au moins, le sexe était bon… ça nous laissera quelques bons souvenirs.

Marie-Pier sourcilla, croisa ses jambes et déposa son cappuccino sur la table.

— Pendant notre nuit de noces, je me suis levée alors que tu dormais. Je me suis assise dans un fauteuil et je me suis branlée en t’écoutant ronfler ; ce fut le meilleur orgasme de notre vie commune, dit-elle en souriant.

Les traits de Mathieu se figèrent. Il se leva, avala d’un trait le café de Marie-Pier, puis attrapa fermement sa main pour l’entraîner aux toilettes. Il releva sa jupe, fit glisser sa petite culotte, puis souleva son ex-épouse pour l’installer le cul sur la porcelaine froide du lavabo, les cuisses bien écartées. À genoux devant elle, il insinua sa langue entre ses nymphes, la fit vriller autour de son clitoris jusqu’à ce qu’il de raidisse et se mette à trembler, puis le prit délicatement entre ses lèvres pour le téter amoureusement.

— Non… je… Oui ! Lèche-moi… je veux ton doigt ! soupira Marie-Pier.

Ou était-ce « Laisse-moi, je ne veux pas » ? Peu importait Mathieu, puisque Marie-Pier se tordait le cul de plaisir. Lorsque ses cuisses se mirent à trembler, il la pénétra prestement et la prit avec tant de vigueur qu’ils en firent trembler la tuyauterie. Lorsqu’il fut sur le point de jouir, Mathieu déposa le cul nu de Marie-Pier sur le carrelage poisseux puis glissa sa bite entre ses lèvres pour qu’elle puisse avaler goulument sa crème.

— Alors là… Merde, je… ouf… si je m’attendais… dit-elle en léchant les gouttes qui perlaient sur les couilles de son ex-mari.

Il y a quarante-et-un cafés Second Cup dans la région métropolitaine de Montréal. Marie-Pier et Mathieu décidèrent de tous les visiter, l’un après l’autre, avant de discuter de l’opportunité ou non d’entamer des procédures de divorce.

Scène de ménage

10 novembre 2008

Je sais que je bouleverse ses habitudes de célibataire même si elle m’assure du contraire. Par exemple, elle a collé des post-it sur le mur de sa chambre, sur son frigo, sur la porte de sa douche: «Je ne suis pas seule», «Mettre linge sale dans panier», «Ne pas boire directement dans la cruche». Reste à savoir si ces messages s’adressent à elle ou à moi…

Les héroïnes ont soif

26 juin 2007

Elle est en haut, elle appelle au secours — peut-être par jeu. Cela m’ennuie, me dérange; il fait trop chaud ce soir pour oser penser ne serait-ce qu’une seconde que je puisse réussir à lui faire croire que j’ai le moindre talent pour l’héroïsme.

Engagement

31 mai 2007

J’étais tellement fatiguée que j’ai dit oui à tout ce qu’elle me demandait — que je l’aimais, qu’elle était la femme de ma vie, que je ne la quitterais jamais et ainsi de suite. Ce qui, après une bonne nuit de sommeil, ne peut que laisser songeuse quant à la source des serments amoureux…

Prête à tout pour être satisfaite

18 avril 2007

C’est alors qu’elle le surprit à zieuter de la pornographie sur Internet: une fille au postérieur particulièrement rebondi se faisant écarquiller par derrière et en gros plan par un mat de cocagne aux veines violacées; des doigts bizarrement manucurés agaçant la connette béante avec la passion de celle qui en a vu d’autres.

— Qu’est-ce que c’est que ça? dit-elle, attrapant ses épaules par derrière, sur un ton feignant impeccablement l’indignation outrée.

— Ce n’est rien. Juste… des trucs, répondit-il, penaud.

Sur l’écran, l’oignon plissé se faisait bourrer de plus belle.

— Juste des trucs?

La pimbêche numérique se mit à couiner son plaisir virtuel.

— Elle a l’air d’aimer, articula-t-il timidement. Je ne sais pas… peut-être qu’on… qu’on pourrait essayer…

Elle se glissa devant lui et s’assit sur ses cuisses.

— Tu crois? dit-elle, sentant la trique sous ses fesses prendre la forme de celle qui s’agitait les pixels sur l’écran.

Les deux hommes soupirèrent.

— Pour tout de suite, essayons plutôt ceci… dit-elle en tapant « tiffany.com » dans la fenêtre du fureteur.

Au nom de la science

16 avril 2007

Pour Antoine

Songeuse, Michelle prépare le repas de Julien en contemplant la vacuité de son existence. Être femme de chercheur s’avérait beaucoup moins prestigieux qu’elle avait espéré: elle restait plus souvent qu’autrement à la maison, écrasée sous la routine, ne rencontrait personne d’intéressant et quant à l’argent… mieux valait ne pas en parler. De toute évidence, elle aimait Julien, se disait-elle en remuant la soupe, mais elle ne pouvait s’empêcher de se demander pourquoi elle s’entêtait à rester avec lui.

Michelle était encore perdue dans ses pensées lorsque son mari entra en trombe dans l’appartement. Au lieu de s’attabler, il la tira par le bras, la renversa sur le canapé et sans dire ne serait-ce qu’un seul mot, il se mit à la fourgonner vigoureusement en ahanant comme un galérien. Sous ces secousses précipitées et interminables, elle déchargea à en perdre la tête, les yeux révulsés et la bave coulant au coin de ses lèvres.

Longtemps après le départ de Julien pour le labo, Michelle resta avachie sur le canapé, tremblante, anéantie, la jupe relevée jusqu’à la taille et la chatte incendiée. «Je crois bien que je me rappelle, maintenant… » se dit-elle en souriant.