Curiosa

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Si vous saviez à quel point la vue de l’iceberg qui trône devant ma maison me déprime! Surtout quand je pense aux crocus et aux iris qui fleurissent à Central Park…

Vous l’aurez deviné, je reviens d’un séjour de deux semaines à New York, où j’ai rendu visite à un ami qui habite le quartier Red Hook de Brooklyn. En plus de l’incontournable triptyque théâtre-musées-vernissages, j’ai consacré l’essentiel de mon temps à arpenter la ville de long en large et de haut en bas, armée d’une bonne paire de chaussures et du Radical Walking Tours of New York City de Bruce Kayton. J’ai pu ainsi voir, entre autres, l’appartement de Greenwich Village où Emma Goldman a vécu et publié Mother Earth, celui où John Reed rédigea Ten Days that Shook the World, celui où Woody Guthrie composa This Land is Your Land et celui où mourut Sam Dogloff, le coin de rue où Carlo Tresca fut assassiné, le site de la clinique de planning familial de Margaret Sanger, celui du Liberty House d’Abbie Hoffman et, bien sûr, celui site du célèbre Stonewall Inn. Bref: le New York disparu et oublié, celui qui n’intéresse probablement personne à part moi.

Tout cela ne m’a toutefois pas empêché de faire un peu de shopping: un singe en peluche de chez FAO Schwarz prénommé Otto pour Lou et le célébrissime Pop Up Book of Sex (celui qui fait rougir toutes les midinettes de la planète) pour moi. J’ai aussi noirci plusieurs pages de mes cahiers, alors attendez-vous à un regain soudain d’activité sur ce blogue!

Hier matin, j’ai reçu par la poste un cadeau d’anniversaire de la part d’un lecteur français que je remercie de tout cœur (et qui se reconnaîtra). Il s’agit d’un exemplaire impeccable de La Froideur chez la femme, par le Docteur d’Orbec, publié à Paris par la Bibliothèque populaire des sciences médicales. L’ouvrage ne porte pas de mention de date mais il a probablement été publié au début du XXe siècle — si je me fie à la typographie et surtout au propos — à l’époque de la sexologie naissante.

Attention délicate, mon gentil admirateur a placé un signet au milieu du chapitre intitulé «La faute de la femme» où le bon docteur nous explique à quel point l’égoïsme maladif et pervers de la lesbienne représente un danger à la fois pour elle-même et pour la société:

«Par dessus tout, elle [la saphiste] est odieusement égoïste. Malheur à l’homme qui oserait lui faire la cour! Il serait brutalement repoussé. Et pourtant, cette vertueuse si farouche n’est qu’une horrible gourgandine. […] Les saphistes détestent l’homme; mais, par contre, elles aiment la femme d’un amour violent. Pour elle, elles sont capables de toutes les folies, elles iraient jusqu’au crime. Nulle considération ne les arrêtera, ni mari, ni famille, ni enfants mêmes, car elles peuvent être mères sans oublier leur vice. Coûte que coûte, elles retourneront à leur horrible passion, au risque d’y perdre réputation, honneur, santé, raison.»

Décidément, la sexualité féminine est bien menaçante pour les sociétés patriarcales, en particulier celle qui donne congé au phallus. À moins, bien entendu, que cette idée ne me soit venue seulement parce que j’ai perdu depuis longtemps réputation, honneur, santé et raison…!

Dans ma courte existence, j’ai dû lire des milliers et des milliers de pages de littérature obscène, mais — je l’avoue bien humblement — je n’ai consommé que très peu de pornographie audiovisuelle.

Pour ce que j’ai pu en observer, une des différences fondamentales entre les deux genres est l’absence flagrante, dans les vidéos, de ces détails triviaux que sont la morve, la sueur, le cérumen, le sang, les excréments. Par exemple, les rapports anaux sont étonnamment propres, faciles, aseptisés même. En fait, la seule humeur qui semble avoir le droit d’exister au grand jour est le sperme, à un tel point qu’il est inimaginable, dans ce genre de représentation, d’oser éjaculer ailleurs que sur le visage de sa partenaire.

Oh, et la salive me semble particulièrement sous-exploitée. Pourtant, que serait l’amour sans elle?

Trouvé dans une caisse achetée à l’aveugle dans un encan, la seconde édition (1784) des Contes en vers d’un certain M. D***, un In-8 de 143 pages dans un état splendide, dans une reliure demi veau qui date probablement du milieu du XIXe siècle.

Je le lis précautionneusement, avec tendresse et des gants de coton — c’est charmant et libertin à souhait. Comment se fait-il que même la BNF n’en a jamais entendu parler?