Délire

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Ma chatte est bourrée de contradictions; elle adore se faire bourrer, sauf quand je suis bourrée. Pire : c’est la plupart du temps au travail que le désir la travaille, moi qui pourtant ne suis jamais plus heureuse que lorsque je suis oisive et désœuvrée. Ainsi, j’ai passé toute la matinée à réviser la traduction d’un texte sibyllin sur la sanction en matière de pratiques anticoncurrentielles jusqu’à ce que les mots se mettent à danser devant mes yeux, jusqu’à ce que les « J » se mettent à embrocher les « c », jusqu’à ce que les « p » copulent de façon obscène avec les « u ». À midi, au bord du délire, je n’en pouvais plus, alors j’ai envoyé Midori au café pour prendre les choses en main.

Elle a les yeux verts et des cheveux d’encre de Chine, les hanches d’un garçon et des seins comme des clémentines. Elle est un peu plus vieille que moi. Elle transpire le désir et projette à la ronde les phéromones qui s’insinuent dans ma pauvre chair comme un millier de seringues hypodermiques. Elle est animale, musquée, bandante… et mon assistante. Je vous l’ai dit, ma chatte est bourrée de contradictions : je suis sûre que sous sa petite robe bleue, elle cache des sous-vêtements de cuir cloutés. Je suis sûre que derrière ce visage poli, souriant et timide, elle cache le faciès d’une harpie. Si je la laissais faire, elle ne se contenterait pas de faire des photocopies et de répondre au téléphone : elle me ferait mettre à genoux à coup de cravache pour que nous jouions au poney. Quand elle traverse mon esprit, c’est toujours le cul à l’air, le pubis glabre et luisant, la fente vermeille et la queue de cheval fouettant le bas de ses reins.

Un doigt. Un doigt ne me dit pas grand-chose. Un doigt, c’est de l’aguiche. C’est de la phalange allumeuse. Ça ne fait que chatouiller. Midori me dit qu’elle m’aime plus que toute autre. Elle se blottit contre mon cou pendant que ce doigt caresse gentiment mes nymphes. Je me sens enflée comme une guenon japonaise à cul rouge en chaleur. Midori presse ses petits seins contre mon épaule et souffle à mon oreille. Elle me montre sa vulve — c’est une bite, une bite si longue qu’elle touche presque le sol.

Deux doigts. Deux doigts attirent mon attention, comme une promesse de quelque chose de plus consistant. Deux doigts peuvent se lover contre le pli spongieux au fond de moi, ils peuvent s’y appuyer et provoquer mon émoi. Midori m’empale sur ce crochet pendant que je roule des hanches, pendant que mon sexe bâille et bave d’espérance. Elle niche sa bite ophidienne dans mon cul tout en badigeonnant ses joues contre ma cramouille.

Trois doigts. Trois doigts me font soupirer — non, hennir, puisque Midori est ma maîtresse et moi, sa monture. Trois doigts me font ardemment désirer le galop, les poignets attachés aux chevilles, le visage contre le parquet. Midori n’est pas gentille. Lorsqu’elle me demande si elle peut envoyer la facture aux clients, elle pense en réalité au manche de fouet qu’elle enfoncera dans mes orifices. Je sais qu’elle ne pense qu’à ça : je le vois à la bosse que sa bite chevaline fait dans son pantalon de latex.

Quatre doigts. Quatre doigts me font penser que nous sommes sur la bonne voie. La voie vaginale s’entend. Quatre doigts m’étirent, me distendent, préparent le chemin pour sa queue, sa verge monumentale, télescopique. Elle le manipule, presse le gland, l’enfonce lentement jusqu’à ce que je sois verrouillée contre elle. Elle souffle, anhèle à mon oreille, me fouettant le dos et le cul de sa longue crinière. Quatre doigts attirent ma main vers mon clitoris tremblant qui le taquine jusqu’à ce que sa taille rivalise avec sa trique. Je pourrais ainsi la baiser à mon tour, m’enrouler autour d’elle et l’étouffer de mon amour.

Cinq doigts. Midori se cabre, elle fouette l’air de ses mains de lotus en fleur. De ses dents et de ses ongles, elle trace des sillons ensanglantés dans ma chair. Cinq doigts labourent le ciel, me jettent dans une course folle vers le néant. J’ai mal, mais elle me dit que c’est ce que je veux, de sa voix sifflante et nasillarde qui fait écho dans ma tête et me répète qu’elle me possèdera, qu’elle occupera mon sang et ma chair, qu’elle se fera un nid dans le noyau de mes cellules et me fera mourir dans d’atroces jouissances.

Un, deux, trois, quatre doigts et mon pouce plaqué contre la paume de ma main, le bras de Midori est indiscernable de sa bite ou de ma main, qui pousse, déchire jusqu’à ce que mon poignet disparaisse, jusqu’à ce que mon plaisir s’épanouisse comme une fleur, pistils et étamines butant contre ma matrice.

Pendant un moment glacé d’effroi, je crains ne plus jamais pouvoir m’extraire de cette démence digitale, que je resterai, manchote, la chatte bourrée de contradictions, avant que Midori ne revienne avec notre goûter et qu’elle redevienne la douce et efficace assistante que je côtoie chaque jour.