Drogue

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Charlie était un amour ; j’en étais folle. Il était grand, il était beau, il était blond, il avait le corps d’un dieu grec qui se serait échappé des frises du Parthénon et avait des yeux outremer que je pouvais contempler pendant des heures sans discontinuer. Et quand je dis « des heures », ce n’est pas une simple figure de style, parce que Charlie n’avait que deux passions : l’acide lysergique et le conduit sodomique des demoiselles. Et puisque j’étais adepte à l’époque autant les psychotropes que l’amour anal, nous formions un couple joliment assorti, uni dans la débauche et le délire chimiquement induit. Nous nous donnions rendez-vous chaque semaine à son appartement ; nous décollions ensemble les yeux dans les yeux le samedi — et nous atterrissons ensemble le dimanche, lui derrière et moi devant.

Ce samedi-là, j’en avais pris beaucoup plus qu’à l’accoutumée… 150 ou 200 microgrammes si ma mémoire est bonne. Ce qui selon toute vraisemblance explique ce que j’ai pu voir par la fenêtre du salon…

— Fuck ! Charles ! Viens voir !

— Quoi ? Quoi ? Qu’est-ce qui se passe ? me répondit un Charlie phosphorescent avec une voix qui semblait provenir de l’intérieur de mon crâne.

— Les flamants roses !

— Les flamants roses ?

— Oui ! Sur la pelouse ! Ici !

— Je sais. C’est la concierge qui les a…

— Mais regarde ! Regarde donc ! Ils baisent !

— Anne, ils sont en plastique.

— Celui-ci la prend par-derrière ! Et celle-là le suce avec son énorme bec…

— Ha ha ha ! J’en connais une qui a eu les yeux plus gros que la panse ! Tu te limiteras à la dose que je te donne, la prochaine fois… conclut Charlie en retournant s’étendre sur le sofa.

Je ne sais pas combien de temps j’ai passé à me scandaliser des mœurs dépravées des flamants roses en plastique. Ils avaient tous plus ou moins des attributs humains  : certains avaient au bout des ailes des mains aux longs doigts filiformes dont ils se servaient pour titiller les seins ronds comme des melons des femelles qui étaient affublées de longs cils exagérément recourbés. Elles adoptaient des postures alanguies et complaisantes pour faciliter la pénétration des verges énormes de leurs volatils partenaires, des bites multicolores au gland noueux et congestionné qui crachaient à répétition un foutre épais et rose ressemblant à s’y méprendre à du savon liquide à vaisselle rose. Je vis un mâle, goguenard, qui branla son membre et vint asperger deux femelles qui, indifférentes à cette libation, continuaient de se faire minette avec des langues luisantes de cyprine. Je vis dix de ces échassiers s’aimer virilement en s’enculant mutuellement jusqu’à former un cercle particulièrement vicieux. Je vis même une de ces décorations de jardin en plastique chanter Tico tico et La vie en rose avec la voix d’Alys Robi pendant que ses deux amants la prenaient l’un dans le con et l’autre dans le cul.

J’étais si bouleversée par ce spectacle que j’en tremblais.

— Charles ! Charles ! Je te dis qu’ils baisent sur ta pelouse ! En public ! Fais quelque chose !

— Calvaire ! Là, ça suffit…

— Mais… mais… mais… qu’est-ce tu fais ? Ma jupe !

— Je vais t’enculer jusqu’à ce que tu te la fermes, bordel !

Avec son index, il fit descendre ma culotte, écarta mes fesses et je sentis son gland, humide de sperme et de KY, buter contre mon petit trou.

— Pas devant la fenêtre… non… les voisins… le suppliai-je.

— Aucun danger : ils sont tous occupés à regarder les flamants roses ! me répondit Charlie en enfonçant son pieu jusqu’à la garde dans mes entrailles.

(Ce texte a été publié dans le dernier numéro du magazine FA, avec trois illustrations de Thierry Labrosse. Courez vous le procurer : l’empire Quebecor a besoin de vos sous.)