Textes portant l'étiquette « Écriture »

Dérobade

14 décembre 2009

(aubade)

Pas le temps de sucer ta queue
Car j’ai des poèmes à écrire
Il y a tant de papiers griffonnés
Entre les pages que mon carnet
Bubon trop mur sur le point d’éclater
S’effrite comme un lépreux sur le sol

Tu peux étendre ton foutre sur mon pied nu
Pourvu que mes mains restent sèches
Je dois retranscrire les odes sanitaires
Composées sur les murs des toilettes
Pas le temps de me faire bourrer le cul
Bientôt ma muse n’aura plus d’orifice intouché

Pas le temps de me faire ligoter
J’ai des vers célèbres au bout des doigts
Qui gémissent les musiques funèbres
Des sonnets blonds sur mes nymphes rougies
L’encre bleue des mille complaisances sous les ongles
Et celle des promesses à la saignée du coude

J’aurais bien aimé que tu restes plus longtemps
J’aurais bien frotté ma fente contre ton menton
J’aurais bien goûté au suc amer de ta veine noueuse
Mais j’ai des hymnes de chair et de tendons à écrire
Des fatrasies ululantes sous la lune oestromane
Des églogues gluantes de mouille et de rosée lubrique

Help !

12 décembre 2009

J’ai besoin de votre aide.

Je termine en ce moment mon premier roman et je n’arrive pas à en choisir le titre. Si vous avez envie de me donner un coup de main — ça ne vous demandera que quelques secondes de votre temps — je vous prie de vous rendre sur la Gazette endocrinienne.

Merci mille fois !

« Toute l’écriture est de la cochonnerie »

15 novembre 2009

— Antonin Artaud, Le Pèse-Nerfs

J’ai les nerfs à vif, la cuisse tremblante et à la bouche ce goût métallique et animal qui annonce l’arrivée des copulations suintantes. Mon sexe est une bouche qui tète désespérément le vide qui l’entoure, il est une outre bordée de fines dentelles qui laissent s’écouler un filet d’encre chaude et dense qui trahit mon impatience. J’ai besoin de contacts appuyés, d’une langue conquérante capable de soumettre tous les plis de mon épiderme, capable de faire baigner de fluides tous mes engrenages. J’ai besoin de doigts frais comme des chairs d’enfants se déposant sur mes nymphes pour ensuite fouiller ma plotte et mon cul, mon arrière-train sans arrière-pensée, sans tenir rigueur de mes cris et de mes halètements. J’ai besoin d’une bite, d’une bite longue, noueuse et torturée comme un récit obscène, une queue dense et juteuse aussi effrayante que la pine odieuse de Lucifer, aussi impétueuse qu’une ode pindarique, un organe si démesuré qu’il serait capable à lui seul de faire basculer toute la civilisation dans la barbarie, dans la folie vénérienne et reptilienne, capable de dissoudre toute la littérature dans le flot acide de son suc séminal.

Résolutions du nouvel an

7 janvier 2009

Réfléchir un peu moins
Écrire un peu plus
Se comporter davantage comme les bonobos

Et encore, il faut se relire

14 décembre 2008

Me mettre à réfléchir avant de parler — et avant d’écrire, à fortiori — exigerait un tel chavirement de ma personnalité que je préfère encore prendre le risque de passer pour une sotte finie.

Douze mille un

5 décembre 2008

En 2003, j’écrivais:

«Dans son Art de conjuguer 12 000 verbes, Besherelle a oublié le verbe coïter. La réputation des Français serait-elle surfaite?»

Or, je viens tout juste de me procurer la dernière édition de cet ouvrage et, oh stupeur, on y retrouve à la page 201… le verbe intransitif en question. Voilà qui va certainement aider ma candidature à l’Académie française!

Gnôthi seauton

31 octobre 2008

Je crois que c’est ma nature éminemment orgueilleuse et ma paresse incurable qui me poussent à écrire autant d’aphorismes; de là proviennent mon fétichisme de la phase investie de pouvoirs quasi surnaturels, mon besoin irraisonné d’avoir le dernier mot en tout et surtout, cette urgence d’en venir immédiatement à une conclusion astucieuse qui me dispense d’élaborer des raisonnements convaincants.

Misères de l’écriture

26 juin 2008

Pour chaque aphorisme pas trop bête que j’arrive à écrire, il en existe déjà cinq autres géniaux qui disent exactement la même chose. Heureusement, j’arrive parfois à me contredire avec talent.

Dilettantisme

22 février 2008

L’écriture et le sexe sont pour moi des expériences très similaires. Il m’arrive d’en tirer quelque chose d’utile mais ce n’est vraiment pas pour cela que je m’y adonne.

Satisfaction

14 février 2008

J’ai des lectrices et des lecteurs merveilleux, pour qui l’obsession du yoni est naturellement compatible avec la recherche tout aussi obsessive du mot juste.

Inspiration expirée

13 février 2008

« Mais où es-tu quand j’ai vraiment besoin de toi, sale traînée? » m’écriai-je après avoir contemplé la blancheur immaculée de mon écran pendant deux heures.

C’est alors que j’entendis un drôle de son, un bruit mouillé et obscène provenant du fond de ma chambre. Elle était finalement apparue, vêtue d’un bustier tubulaire constellé de tâches d’origine suspecte et d’une microjupe noire. Affalée sur mon pouf, la pouffe doigtait négligemment sa fente en tirant une dernière bouffée de sa clope. Les cheveux ébouriffés, les seins pendants et le ventre strié de vergetures, elle me souriait méchamment sans se soucier de sa dent en moins et des mailles dans ses bas résille.

— Te voilà enfin, grognasse, lui dis-je sur un ton mal assuré. Mais de quoi as-tu l’air! Tu t’es regardée dernièrement dans le miroir? Comment suis-je censée être inspirée par ça?

— Si ma vue ne te plaît pas, va te faire voir! Je te ferais respectueusement remarquer que tu es loin d’être un sex-symbol toi-même, poupée… me dit-elle en prenant la gomme à mâcher qu’elle avait collé derrière son oreille, pour usage ultérieur.

— Ne sois pas vache, je t’en prie. Je reste assise nuit et jour devant cet ordinateur de malheur. Je viens de terminer une histoire. Je fais ce que je peux. J’écris.

— Tu as terminé ce petit texte il y a une semaine, pauvre gourde. Rester assise devant un clavier ne fait pas de toi une écrivaine. D’ailleurs, aussi bien t’annoncer moi-même la nouvelle avant que les autres s’en chargent: tu n’es même pas une écrivaine. Après avoir tartiné une page de niaiseries et de banalités, tu n’as plus rien à dire.

— Je te demande bien pardon, mais j’ai mon style. Il se trouve que…

— Ton style? Parlons-en, de ton style. Tu n’as pas décrit un personnage correctement depuis des mois! Et tes scènes de sexe sont si elliptiques qu’on se demande parfois si tu ne parles pas d’origami ou de décoration intérieure! La seule chose que tu sais faire, c’est des jeux de mots minables, du genre « pouffe sur un pouf ». C’est ça que tu appelles du style? Idiote! Raclure de cul! Même les trisomiques se moquent de ton fameux style!

— Donne-moi une chance, bagasse! pleurnichai-je. Dois-je te rappeler qu’il s’agit d’un partenariat? C’est toi qui en théorie doit me fournir l’inspiration. Je peux savoir à quel moment tu vas enfin te décider d’honorer ta part du contrat?

— Quatre mots pour toi, connasse : fermer XTube, ouvrir Word! cracha-t-elle en riant.

Elle disparut ensuite, dans un cri de ménade au bord de l’orgasme, ne laissant derrière elle qu’une vague odeur de marihuana, de sueur et de parfum bon marché, ainsi qu’un cerne huileux en forme de demi-lune sur mon pouf.

Force gravitationnelle

14 décembre 2007

Suite à ma panne de clavier, mon vieux Waterman a repris, par la force des choses, du service. Quelle étrange expérience! J’avais oublié à quel point l’écriture — et pas seulement la calligraphie, mais bien le choix des mots, le propos — est déterminée par le mouvement de la main, par la gravité. Le résultat fut d’ailleurs si grave que je l’ai laissé choir dans la corbeille.

Rien

29 novembre 2007

Ellipses. Blancs. Points de suspension. Le vide — il n’y a rien de plus important. En fait, j’écris très peu: je retranche, surtout.

Subjectivités

11 novembre 2007

Elle se dédouble, elle louche, elle tire la langue — elle s’enfuit en gloussant et en claquant la porte.

Beaucoup plus tard, en lisant cette phase dans mon cahier, elle me dit: «Vrai, mais pas dans cet ordre.»

Servir à rien et ne rien servir

23 septembre 2007

Inutile de se leurrer: écrire ne sert à rien, et c’est sûrement pour cela que je m’y consacre avec obstination. Quant au blogue, il ne fait qu’ajouter une dimension supplémentaire à l’inutilité chérie.

Blogue et littérature sont antonymiques

16 septembre 2007

Si Proust avait été blogueur, jamais n’aurait-il écrit À la Recherche du temps perdu, car il aurait parfaitement su à quel endroit il avait perdu tout ce temps.

Ligne souple

18 juillet 2007

Je m’assied et j’écris. Je me couche et j’écris. Tout me sert d’écritoire: une table, un divan, un lit, les marches d’un escalier, les murs de plexiglas d’un abribus, le dos moite de mon amante. Parfois, j’écris même en marchant. Le monde reste ainsi hors de ma vue et je me sens hors de sa portée, inatteignable.

Trahison

3 juillet 2007

Ma principale qualité en ce jour de chaleur accablante: l’inertie. Mais comme toujours, je trahis ce qui a de meilleur en moi en m’acharnant bêtement à écrire.