Exhibitionnisme

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— Quelqu’un t’accompagne à la soirée, vendredi?

— Je te vois venir avec tes gros sabots. Épargne ta salive, c’est non.

— Un gars s’essaie, hein.

— Pour tout dire, je pensais inviter Édith.

— Édith-la-salope ?

— Hey ! Qu’est-ce que c’est que ce langage de macho à la noix ?

— Je n’ai strictement aucun préjugé envers les salopes, tu sauras. Je ne fais pas de slut shaming; je fais plutôt du slut worshipping. Et puis, si je n’aimais pas les salopes, jamais je n’aurais envisagé de t’inviter à la soirée.

— Parce que moi aussi, je suis une salope ?

— La reine des salopes. Prends-le comme un compliment, parce que c’en est un.

— Je suis prête à admettre que je suis une salope, mais Édith, franchement…

— Je vous ai vus ce matin, déjeunant les yeux dans les yeux… ne me dis pas que tu es amoureuse?

Édith était la seule autre personne matinale de ce tout inclus tropical où je m’étais impulsivement retrouvée après une crise aiguë de ras-le-bol contre l’hiver. Je la voyais chaque matin dans la salle à manger de l’hôtel et nous ne faisions qu’échanger des sourires furtifs et polis. Il m’avait fallu quatre jours pour avoir le cran de m’inviter à sa table.

— Il se trouve que j’aime avoir de la compagnie quand le mange et que vous êtes toujours trop saouls, tous autant que vous êtes, pour vous lever à une heure raisonnable.

— Pffff. Je parie que tu penses à déguster autre chose que des toasts au beurre de pinotte quand tu es avec elle, Anne-la-salope.

— Arrête de m’appeler comme ça, crétin…  Qu’est-ce que tu fais ?

— Je l’appelle, tiens. Ça n’a pas été bien difficile d’obtenir son numéro de cell, imagine-toi.

— Je…

— Yo Édith ? C’est Mike. Comment va ?… Ouais… Écoute, je suis avec Anne, ta copine de déjeuner, au bout de la plage, tu sais, près de la crique, à l’écart… On sirote quelques drinks. Ça te dirait de te joindre à nous? C’est que j’ai quelque chose à te demander… Oui… Oui… Vers dix heures ? Super. Ok, à tantôt. Bye !

— Veux-tu bien me dire ce que tu as en tête?

Il se tourna vers moi et me dit, avec son air d’abruti triomphant:

— Je vais me la taper devant toi, ici, sur la plage, devant toi. Tu vas voir.

— Pfff. Je vais plutôt voir si l’eau est bonne.

J’enlevai mon paréo et marchai jusqu’à la mer. L’eau était froide et les vagues peu vigoureuses. Je fis quelques brasses, nageai un peu sur le dos, puis me laissai un peu bercer par la houle. Quand je sortis de l’eau, Édith était là, debout en face de Mike, dos à la mer. Je m’approchai d’eux.

— La voilà qui revient ! s’écria Mike, assis comme un prince dans sa chaise de plage.

— Salut Anne ! me dit Édith en se retournant vers moi.

Je pris ma serviette et m’essuyai le corps et les cheveux.

Le vent fouettait ses longs cheveux dorés qui flottaient autour de son visage. Elle portait un maillot sport deux pièces – pas un bikini, plutôt un costume de volleyeuse de plage. Elle le portait sacrément bien, d’ailleurs. Sa peau portait le hale de la fin des vacances et ses mamelons pointaient légèrement à travers l’élasthanne du soutien-gorge.

— Je me rendais à la piscine avec Pascale quand ton chum m’a téléphoné.

— Ce n’est pas mon «chum», protestai-je faiblement.

Je lui souris timidement et haussai les épaules. Elle plissa le nez de façon malicieuse.

— Hey Édith… dit Mike. Je t’ai appelée parce que je me demandais si tu avais envie de baiser.

— De baiser?

Ses yeux s’écarquillèrent.

— Ouain, tsé. Baiser.

— Comme ça ? Sur la plage ?

— Pourquoi pas ?

Il sourit et écarta ses cuisses velues comme un ours. Nous pouvions toutes deux voir la bosse dans son short de bain. Elle me regarda de nouveau, je haussai encore les épaules.

— Et bien… est-ce que tu es un bon coup, au moins ?

Il éclata de rire.

— Bébé, je suis le meilleur.

Il tortilla sur cul sur la chaise et fit glisser son short jusqu’à ses chevilles. Sa queue à moitié bandée reposait sur sa cuisse.

— Elle n’est pas bien grosse, dit Édith, les mains sur les hanches et le bout de la langue passant distraitement sur ses lèvres.

— T’inquiète pas, elle va grossir, grogna Mike en faisant courir ses mains épaisses contre ses cuisses poilues.

— Et qu’est-ce qui pourrait la faire grandir ?

Elle s’avança et jeta une de ses longues jambes bronzées par-dessus les genoux de Mike, pour l’enfourcher. Un bras de chaque côté de la tête de l’homme, elle agrippa le dossier de sa chaise. Il osa à peine la regarder dans les yeux. Mike a beau être un trou du cul, reste que c’est aussi un sentimental.

Ils restèrent immobiles un long moment, leurs corps plaqués l’un contre l’autre et leurs visages caressés dans le vent salin. Soudain, elle l’embrassa légèrement sur le côté de la bouche, puis elle l’embrassa à nouveau, un peu plus fort. Et une troisième fois, les yeux fermés. Il posa une main derrière la tête d’Édith. Leurs lèvres étaient ouvertes et luisantes de salive. Je vis que sa bite se raidissait. Édith ouvrit les yeux et recula en souriant, à bout de souffle et le rouge au front.

Édith tendit une main vers le bas et enroula ses doigts autour du sexe rigide. Elle me regarda de nouveau en souriant bizarrement, on aurait cru qu’elle cherchait à obtenir mon approbation. J’opinai donc de la tête et admirai son corps et son visage. Une étrange sensation de chaleur déferlait en moi. Elle ferma les yeux et l’embrassa de nouveau, glissant sa langue dans sa bouche; quant à Mike, il caressait de ses mains énormes la poitrine de son amante et pinçait de temps à autre ses mamelons. Il finit par glisser ses mains sous le haut de son maillot.

Il tira le tissu vers le haut et libéra les seins. Il les pelota tout en baisant délicatement les paupières d’Édith qui poussa un profond soupir. Elle se dégagea de son étreinte et se releva.

— Ok, dit-elle. Je crois que tu peux me baiser.

Elle fit glisser gracieusement le bas de son maillot le long de ses jambes fuselées, le plia soigneusement et le rangea dans mon sac de plage. Elle retira ensuite le haut, découvrant ainsi complètement ses seins. Lorsque ce fut fait, elle se rassit sur les genoux de Mike, face à lui, la base de sa queue nichée dans la fourrure de son entrecuisse.

— Vas-y lentement, je ne suis pas très mouillée.

— Qu’est-ce qui te ferait mouille? Demanda-t-il d’une voix étrangement gutturale, en caressant les seins d’Édith à pleines mains.

Elle voûta son dos pour mieux s’offrir à la caresse et il en profita pour embrasser son cou. Il ouvrit sa bouche, et se mit à sucer le mamelon gauche du bout de ses lèvres. Elle haletait et agitait ses hanches, se frottant contre la verge gonflée. Il embrassa l’autre sein et mordilla le mamelon. De ses mains, il caressa les épaules et la nuque d’Édith dont le corps ondulait rythmiquement sur ses genoux.

— Bon, ok, ça va… Je mouille en masse maintenant, dit-elle en soupirant.

Elle posa encore sa main entre eux et se souleva juste assez pour que le bout du pénis puisse glisser dans l’obscurité de ses cuisses. Il grogna et saisit les bras d’Édit des deux mains. Elle se laissa choir lentement, laissant ainsi le pieu frayer un passage dans les replis brûlants de sa chair. Lui, soupirait, bouche ouverte.

Ils se mirent à baiser avec une lenteur presque insoutenable pour la spectatrice que j’étais, en s’embrassant les joues et la bouche, en haletant et en prononçant des paroles délirantes qui se perdaient dans le vent marin. Quelques instants avant de jouir, elle ouvrit les yeux et me regarda, le visage en feu et extatique. Ma chatte était humide, elle palpitait dans mon maillot, mais je me suis bien gardée d’y glisser les doigts. Je me mordais les lèvres quand elle me regarda. Elle ferma les yeux de nouveau et attrapa Mike par le cou comme le ferait une noyée à une bouée lorsqu’elle sentit monter l’orgasme en elle. Lui, prit ses fesses et les pétrit. Elle cria et se raidit lorsqu’il grogna et éjacula son foutre en elle.

Elle l’embrassa une dernière fois, longuement, langoureusement, puis tira lentement ses hanches vers l’arrière, jusqu’à ce que la bite baveuse glisse hors d’elle. Elle se leva, les jambes un peu tremblantes, elle récupéra le bas de son maillot, nous sourit, puis s’en fut sur la plage. Nous la regardâmes enfiler son costume en marchant pour ensuite plonger dans les vagues. Mike eut un soupir de contentement. Quant à moi, le grognai de déplaisir et retournai sans mot dire à ma chambre où m’attendait mon vibro et un peu de soulagement.

— Tu penseras à mon offre pour vendredi ! me dit Mike dès que j’eus le dos tourné.

Je n’eus même pas la politesse de me retourner pour lui tendre mon majeur. Qu’il aille se faire foutre, ce trou du cul.

Lorsque je m’éveillai le lendemain matin, je ne savais pas si elle serait au petit déjeuner. Mais elle y était et je me suis assise à sa table. Nous avons bavardé, comme d’habitude. Et j’ai trouvé que de l’avoir vu nue, que d’avoir vu la bouche de Mike sur ses seins, que d’avoir vu son cul faire des bonds de cabri alors qu’elle se faisait sauter par ce fâcheux, que tout cela ne signifiait tout compte fait pas grand-chose. Ce que je voulais d’elle allait au-delà de tout ça. Je désirais quelque chose de plus profond, quelque chose qu’une bite ne peut jamais atteindre.

(Une reprise de 2009, mais tellement à propos…)

— Combien de temps nous reste-t-il ? soupira-t-elle en tortillant les fesses pour faciliter la pénétration.

— Quelques minutes… hum… trois, peut-être… réussit-il difficilement à articuler, tant le fait de se faire chevaucher par sa maîtresse sur la pelouse devant son bungalow, au vu et au su des voisins paniqués, l’excitait.

Lorsqu’il aperçut dans le ciel la longue traînée blanche de fumée du missile, ses traits se crispèrent et tout son corps fut secoué par l’orgasme. Sentant le foutre couler sur son cul, elle leva les yeux au ciel et vit l’ogive tomber vers leur propre petit Ground Zero personnel. Elle ferma les yeux, serra les dents et attendit le big bang.

Une faible détonation se fit entendre, l’air autour d’eux se réchauffa légèrement… puis ils reçurent sur la tête un déluge de petits papiers blancs.

— Mais… mais… qu’est-ce que… bafouilla-t-elle en ouvrant timidement les paupières, la queue flasque de son amant entre les cuisses.

Il attrapa un des tracts et lut : « Repentez-vous, chiens d’infidèles ! La guerre sainte est déclarée ! »

— Merde ! Trois fausses alertes en deux jours ! Les gens du voisinage vont finir par croire que nous sommes de vrais obsédés ! maugréa-t-il en suivant son amoureuse qui courait se réfugier dans le garage.

Je déboulai l’escalier en vitesse jusqu’à l’appartement de Mike, le concierge.

— Bon, ça suffit, lui dis-je, rouge de colère. Je peux savoir quel est le foutu problème?

— Je… je ne sais pas ce que tu veux dire, balbutia-t-il, les yeux encore englués de sommeil.

— Madame Roberge, du 4B, m’a demandé si j’avais recommencé à sortir. Le vieux Labrèche veut me présenter son petit fils. L’étudiante du demi-sous-sol me fait des yeux doux et ce crétin de Lamothe n’arrête pas de me demander si je me suis inscrite sur Adult Friend Finder.

— Ah. C’est que… tu as rompu avec Simone.

— Et alors?

— On s’ennuie tous d’elle.

— Hein ?

— Ben, tu sais que tu es… un peu bruyante, disons.

— Quoi ? criai-je, stupéfaite.

— Ouais, exactement comme ça. Et puisque les murs sont aussi minces que du carton d’emballage, on peut tout entendre, des premiers soupirs au contre-ut orgasmique — fuck, on entend presque tes sous-vêtements tomber sur le sol. Crois-moi, c’est encore mieux que la télé sur demande. Tu offres tout un show!

— Pincez-moi, je rêve…

— Tu sais, mon frère est célibataire depuis quelque temps. Et il paraît que la fille du dépanneur au coin te trouve vachement de son goût. Peut-être que tu pourrais…

Après quelques mois, je ne l’embrassais et ne la caressais qu’en public, pour faire monter en elle le désir, ce désir fou qui la faisait sortir d’elle-même. Elle devenait si excitée qu’elle jouissait dès que nous nous retrouvions seules, parfois si pressée qu’elle me demandait de la branler dans la voiture ou dans l’ascenseur que je bloquais entre deux étages.

Et puis nous nous sommes quittées.

Je l’ai revue samedi dernier dans sa loge, une fois la pièce terminée. Elle m’a raconté brièvement ce qu’elle devenait depuis sept ans, puis me dit, en écartant les cuisses: «Il m’arrive d’avoir peur que l’odeur atteigne les premiers rangs…».