Fisting

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(Haïkus du dimanche écrits à la demande de phroz et publiés en rafale sur Twitter.)

Larme au coin de l’œil
Et sur ma joue empourprée
Un peu de sperme.

La porte claque
Ne reste que dans les draps
Son parfum fauve.

Les traits convulsés
Et la chair de ses nymphes
Autour de mes doigts.

Après avoir joui
Serment d’amour éternel
Je sais qu’elle ment.

Le regard hautain
Mais l’entrejambe humide
Elle sera mienne.

J’aime sa nuque
Quand j’enfonce quatre doigts
Dans son fondement.

Lèche ma chatte
Même si près de ton lit
Le chat observe.

Tu m’as bien baisée
Contre ma cuisse attendrie
Ton foutre coule.

Mon cul modeste
Par ta pine orgueilleuse
Bourré de fierté.

Baise-moi encor
Sur ta peau moite d’amour
La lune brille.

Il la pénètre
Sur ma bouille les embruns
De leur jouissance.

Odeurs marines
Quand dans les plis de son con
Je glisse mon nez.

Ton foutre gicle
Tant et tant qu’il déborde
Par mes narines.

Cyprine salée
Ma tension artérielle
En a trop souffert.

Le galbe troublant
De tes seins improbables
Me rend démente.

La pine du chien
Enfoncé dans sa chatte
Cris et jappements.

Au téléphone
Pour mouiller ma culotte
Sa voix me suffit.

Elle fait claquer
Le martinet sur la chair
De son amante.

La solitude
Amère de se branler
Pendant une orgie.

La canicule
N’est jamais la vraie cause
De mes draps mouillés.

«Tige de jade»
Voilà comment je nomme
Ta queue d’Orient.

Ton coquillage
Couvert de rosée nacrée
Je veux y boire.

Voisins excédés
Par mes cris de jouissance
Frappent à ma porte.

Une lesbienne
Ne cesse de me texter
Ses mots graveleux.

Elle vend son corps
À un prix exorbitant
Un bijou précieux.

La ville en été
A l’odeur acidulée
D’un con détrempé.

J’appuie mes talons
Sur tes larges épaules
Enfonce ta queue.

Ta motte touffue
Tu peux lui faire tes adieux
Voici le rasoir.

Tes jolies fesses
Polies comme le marbre
Où est mon fouet?

Elle a joui si fort
Que son corps se contracte
Gicle la pisse.

Ma chatte est bourrée de contradictions; elle adore se faire bourrer, sauf quand je suis bourrée. Pire : c’est la plupart du temps au travail que le désir la travaille, moi qui pourtant ne suis jamais plus heureuse que lorsque je suis oisive et désœuvrée. Ainsi, j’ai passé toute la matinée à réviser la traduction d’un texte sibyllin sur la sanction en matière de pratiques anticoncurrentielles jusqu’à ce que les mots se mettent à danser devant mes yeux, jusqu’à ce que les « J » se mettent à embrocher les « c », jusqu’à ce que les « p » copulent de façon obscène avec les « u ». À midi, au bord du délire, je n’en pouvais plus, alors j’ai envoyé Midori au café pour prendre les choses en main.

Elle a les yeux verts et des cheveux d’encre de Chine, les hanches d’un garçon et des seins comme des clémentines. Elle est un peu plus vieille que moi. Elle transpire le désir et projette à la ronde les phéromones qui s’insinuent dans ma pauvre chair comme un millier de seringues hypodermiques. Elle est animale, musquée, bandante… et mon assistante. Je vous l’ai dit, ma chatte est bourrée de contradictions : je suis sûre que sous sa petite robe bleue, elle cache des sous-vêtements de cuir cloutés. Je suis sûre que derrière ce visage poli, souriant et timide, elle cache le faciès d’une harpie. Si je la laissais faire, elle ne se contenterait pas de faire des photocopies et de répondre au téléphone : elle me ferait mettre à genoux à coup de cravache pour que nous jouions au poney. Quand elle traverse mon esprit, c’est toujours le cul à l’air, le pubis glabre et luisant, la fente vermeille et la queue de cheval fouettant le bas de ses reins.

Un doigt. Un doigt ne me dit pas grand-chose. Un doigt, c’est de l’aguiche. C’est de la phalange allumeuse. Ça ne fait que chatouiller. Midori me dit qu’elle m’aime plus que toute autre. Elle se blottit contre mon cou pendant que ce doigt caresse gentiment mes nymphes. Je me sens enflée comme une guenon japonaise à cul rouge en chaleur. Midori presse ses petits seins contre mon épaule et souffle à mon oreille. Elle me montre sa vulve — c’est une bite, une bite si longue qu’elle touche presque le sol.

Deux doigts. Deux doigts attirent mon attention, comme une promesse de quelque chose de plus consistant. Deux doigts peuvent se lover contre le pli spongieux au fond de moi, ils peuvent s’y appuyer et provoquer mon émoi. Midori m’empale sur ce crochet pendant que je roule des hanches, pendant que mon sexe bâille et bave d’espérance. Elle niche sa bite ophidienne dans mon cul tout en badigeonnant ses joues contre ma cramouille.

Trois doigts. Trois doigts me font soupirer — non, hennir, puisque Midori est ma maîtresse et moi, sa monture. Trois doigts me font ardemment désirer le galop, les poignets attachés aux chevilles, le visage contre le parquet. Midori n’est pas gentille. Lorsqu’elle me demande si elle peut envoyer la facture aux clients, elle pense en réalité au manche de fouet qu’elle enfoncera dans mes orifices. Je sais qu’elle ne pense qu’à ça : je le vois à la bosse que sa bite chevaline fait dans son pantalon de latex.

Quatre doigts. Quatre doigts me font penser que nous sommes sur la bonne voie. La voie vaginale s’entend. Quatre doigts m’étirent, me distendent, préparent le chemin pour sa queue, sa verge monumentale, télescopique. Elle le manipule, presse le gland, l’enfonce lentement jusqu’à ce que je sois verrouillée contre elle. Elle souffle, anhèle à mon oreille, me fouettant le dos et le cul de sa longue crinière. Quatre doigts attirent ma main vers mon clitoris tremblant qui le taquine jusqu’à ce que sa taille rivalise avec sa trique. Je pourrais ainsi la baiser à mon tour, m’enrouler autour d’elle et l’étouffer de mon amour.

Cinq doigts. Midori se cabre, elle fouette l’air de ses mains de lotus en fleur. De ses dents et de ses ongles, elle trace des sillons ensanglantés dans ma chair. Cinq doigts labourent le ciel, me jettent dans une course folle vers le néant. J’ai mal, mais elle me dit que c’est ce que je veux, de sa voix sifflante et nasillarde qui fait écho dans ma tête et me répète qu’elle me possèdera, qu’elle occupera mon sang et ma chair, qu’elle se fera un nid dans le noyau de mes cellules et me fera mourir dans d’atroces jouissances.

Un, deux, trois, quatre doigts et mon pouce plaqué contre la paume de ma main, le bras de Midori est indiscernable de sa bite ou de ma main, qui pousse, déchire jusqu’à ce que mon poignet disparaisse, jusqu’à ce que mon plaisir s’épanouisse comme une fleur, pistils et étamines butant contre ma matrice.

Pendant un moment glacé d’effroi, je crains ne plus jamais pouvoir m’extraire de cette démence digitale, que je resterai, manchote, la chatte bourrée de contradictions, avant que Midori ne revienne avec notre goûter et qu’elle redevienne la douce et efficace assistante que je côtoie chaque jour.

Elle caresse, doux, doux, doux
Elle chatouille, guili, guili, guili
Elle gratte, grr, grr, grr
Elle frappe, pan, pan, pan
Elle pince, ouille, ouille, ouille
Elle branle, ouf, ouf, ouf
Elle fiste, aie aie aie

Bye bye, au revoir, elle s’en va
Tripoter la voisine d’en bas

Nue dans la neige de juillet
Perdue
Éloignée des sangs verts
Complètement fist-fuckée
Par les bras froids techniques

L’horizon menstrué sous vide
Limée par un coin obséquieux
Assise dans le no-woman’s-land des âges
Avec la non-identité immobile

Vissée d’une preuve par l’absurde
L’esprit défloré dans le sang
Pinée comme un clou dans le mensonge
Au nord des tremblements

Assise au milieu de mes années noires
Le new deal des frissons pauvres
Grande dépression de la peau moderne
Au bout des nerfs, aux fenêtres

En plein calendrier
Tant s’use le temps usurier
En pente douce vers nulle part
En plein dérapage d’ardeurs
En pleine chute chaude
En plein ciel d’uranium

Donne-moi tes lèvres à boire