«Tu ne veux pas faire ça», me dit-elle en me fusillant du regard.
Personne ne me dit ce que je désire, alors une telle interdiction prit la force d’une invitation. Sa sueur épaisse et lourde de sa nuque se mêla à la buée qui recouvrait mon verre.
«Hey! Qu’est-ce que je t’avais dit?» me cria-t-elle en se retournant.
Les poings contre les hanches, Simone se dressa directement devant moi, en plein milieu de la piste. La musique était assourdissante, ce qui en conséquence limitait notre conversation. Elle me dévisagea quelques secondes, puis fis volte-face et se remit à danser. L’occasion était trop belle et, par bravade, j’appuyai encore mon verre glacé contre la courbe dénudée de sa nuque.
«Bon, ça suffit!» aboya-t-elle. Elle m’attrapa par le coude, planta son regard dans le mien, puis m’ordonna: «Viens avec moi, tout de suite.» Un peu surprise par sa réaction, je me laissai entraîner dans un parcours sinueux à travers la foule suintante de danseurs à moitié nus jusqu’aux toilettes des dames. Elle m’attrapa par le col de mon chemisier, ouvrit d’un coup de pied la porte du premier cabinet libre et me poussa à l’intérieur.
— Je t’avais prévenue. À toi maintenant de subir les conséquences.
D’un geste rapide et précis, elle enleva sa ceinture et me la donna. C’était ma punition habituelle, la plus douloureuse d’entre toutes.
— Des coups vifs et précis. Je veux que ça cuise, que ça fasse des marques que je pourrai montrer aux copines.
Tremblante, je la regardai retirer sa veste de cuir, qu’elle accrocha méticuleusement sur le crochet de la porte. Elle passa ensuite son t-shirt par-dessus sa tête, le plia avec soin et le déposa sur le couvercle de la cuvette. On aurait dit une patiente qui se prépare pour un examen médical. Sauf que les soins prodigués allaient être d’un tout autre ordre qu’une auscultation et un test pap. Simone me tourna le dos, posa ses deux mains sur le mur couvert de graffitis puis siffla :
— La jupe et la culotte. Et tâche d’être une maîtresse convaincante, pour une fois.
Je caressai son dos du bout des doigts et aperçus le galbe d’un sein lorsqu’elle se pencha pour prendre appui sur le mur. Sa peau était douce, satinée, d’un blanc presque phosphorescent sous la lumière cruelle des néons. La ceinture était lourde, noire, épaisse; je la pliai en deux, comme elle me l’avait appris, puis levai le bras au dessus de ma tête. Après quelques secondes d’hésitation, je récitai les phrases habituelles, avec toute la conviction dont j’étais capable :
— Salope. Traînée. Tu vas comprendre qui commande.
Je la frappai sur l’épaule gauche, exactement où elle le veut. Le cuir claqua contre la peau nue et elle se raidit un peu, en encaissant le choc.
— Oui, maîtresse, j’ai été une vilaine esclave… gémit-elle de sa voix d’ingénue d’opérette.
— Prends, ça, catin, ajoutais-je avant de la frapper sur l’épaule droite.
Simone se retourna, fronça les sourcils et me dit, avec sa vraie voix de soumise tyrannique:
— Come on ! Tu peux faire mieux, je le sais. Et cette fois, fais attention à ma colonne vertébrale.
Je me mis donc à la frapper en silence, méthodiquement, du mieux que je le pouvais. Le bruit bondissait sur les murs et leur écho revenait me faire violence, comme si j’étais la suppliciée et non le bourreau. J’étais en sueur, et émue jusqu’aux larmes. Le dos de Simone vira lentement au rouge vif. Mon cœur battait à tout rompre, mon souffle s’emballait, mon entrecuisse s’humectait de cyprine poisseuse et mon front, couvert de sueur, laissait tomber des gouttes qui allaient s’écraser contre les zébrures écarlates.
Je ne comptais plus les coups, j’étais déchirée par l’excitation, le dégoût et ce sentiment d’omnipotence cruelle que j’avais honte de ressentir. Tremblante, à deux doigts de l’orgasme, je la frappai encore et encore, de plus en plus fort, et chaque coup était accompagné d’un soupir plaintif ou d’un grognement de bonheur.
— N’arrête surtout pas… pas tout de suite.
Comment aurais-je pu arrêter? J’avais perdu toute volonté propre, tout libre arbitre: elle avait fait de moi – encore une fois – un monstre, une tortionnaire sans la moindre trace d’humanité. Une dominatrice de papier qu’on mène par le bout du nez.