Difficile d’éviter les clichés lorsqu’on aborde la relation entre un père et sa fille. Anne conserve d’ailleurs précieusement les siens dans un grand album noir:
Anne, toute petite, avec des tresses, des rubans et une robe à pois verts;
Anne en vacances, robe soleil, seins naissants, longues jambes de sauterelle et sourire malicieux;
Anne, toujours en robe soleil, les seins toujours naissants, les mêmes longues jambes de sauterelle, la hanche gauche lancée vers l’avant et le sourire encore plus malicieux;
Anne, nue dans son lit, tirant la langue et la pointe de ses seins naissants à côté d’un Mickey Mouse de peluche;
Anne, toujours aussi nue, devant son miroir, admirant ses seins touts neufs et les poils follets de son pubis;
Anne, à genoux, l’œil vissé sur la serrure de la porte des toilettes, espionnant son papa;
Anne, nue, fuyant son papa, les pieds aux fesses dans le corridor;
Anne, tout sourire, portant toge, mortier et diplôme, avec son papa qui l’embrasse sur la joue gauche;
Anne, assise dans la voiture de son papa, relevant sa jupe pour lui montrer ses bas et ses jarretelles;
Anne, en nuisette blanche, assise sur les genoux de son papa, écarlate;
Anne, au sourire épanoui, une main masculine sur son sein droit;
Anne, les yeux fermés, se mordant la lèvre inférieure, avec une tête masculine entre ses cuisses;
Anne et Simone, radieuses, en amour, embrassant en même temps papa sur les joues;
Anne, floue et mal cadrée, en gros plan, la bouche remplie et la joue déformée par quelque chose;
Anne, ligotée à un lit, sa culotte blanche enfoncée dans sa bouche;
Anne, les yeux bouffis, en pleurs, aux funérailles de son papa;
Anne, visage renfrogné, devant un gâteau d’anniversaire où brûle une chandelle en forme de deux et une chandelle en forme de sept;
Anne, esquissant un faible sourire, en compagnie de Simone qui la tient par la taille.
Simone referme l’album et le dépose sur ses genoux. Elle tourne la tête et demande à Anne, qui lui apporte une tasse de thé vert :
– Ce soir, nous dînons chez mon père. J’espère que tu n’as pas oublié…
– Comment pourrais-je l’oublier, puisque tu me le rappelles toutes les trois heures, répond Anne en s’assoyant sur le canapé.
– Nos visites lui font si plaisir… ce serait bête d’en manquer une parce que tu ne sais pas tenir un agenda, dit Simone en sirotant son thé.
– Je suis triste pour lui, quand même, ajoute Anne en passant sa main dans la chevelure de son amante. Il est trop gentil pour se priver d’une femme depuis tant d’années.
– Tu crois?
– Évidemment. Il est encore beaucoup trop jeune pour se passer de sexe, tu ne trouves pas? Il va finir pas développer de sales manies…
– Tiens tiens… Madame s’intéresse à la vie sexuelle de mon père, maintenant. S’il te fait si pitié, pourquoi ne te portes-tu pas volontaire pour soulager ses tourments?
– Ha! Bien sûr. La fille qui rabat de la chair fraîche pour son père: c’est classique.
– Je suis sérieuse. Mon papounet aurait vraiment besoin de s’envoyer en l’air, tu l’as toi-même remarqué, dit Simone, les yeux plongés dans son thé.
Anne, stupéfaite, dévisage son amante, incapable de formuler une réplique sensée à cette remarque incongrue.
– Tu sais Anne, il m’a souvent parlé de toi. Avec des mots qui…
– Il n’en est pas question! Ma parole… tu es devenue folle? finit par répondre Anne, estomaquée.
– Si ça t’intimide, je pourrais toujours être présente, pour faciliter les choses…
– Donc, si je résume, tu veux que je te trompe, non seulement avec un homme, mais avec ton père, et en ta présence par-dessus le marché?
– C’est à peu près ça, oui.
– Ça confirme ce que je disais: tu es devenue complètement folle.
Simone reprend l’album de photos, le feuillette puis s’arrête à la dernière page.
– Je me demande qui est la plus détraquée de nous deux, dit-elle simplement.
Anne lui arrache l’album des mains et le serre contre sa poitrine.
– Je ne vois pas où tu veux en venir, Simone.
– Menteuse.
– Ne compte pas sur moi pour te laisser vivre par procuration tes…
– Je sais que je peux toujours compter sur toi, Anne.
Anne embrassant son beau-père;
Anne caressant la bite de son beau-père;
Anne, couchée sur le dos, offrant sa chatte à son beau-père;
Anne, étreinte par son beau-père, souriant à la photographe;
Fin de l’album.