Jalousie

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— Mais, Christine… tu n’as pas vraiment fait ça?

— Tu parles ma vieille si je l’ai fait!

— Fais-moi voir…

Christine releva ses cheveux et tendit le cou à sa copine. Malgré la pénombre du bar, le motif se détachait clairement sur la peau laiteuse de son cou.

— Un chaîne? Et… aussi autour de ton poignet?

Rose prit sa main pour mieux examiner le tatouage sous l’éclairage ultraviolet.

— Qu’est-ce qui t’as pris? C’est toi-même qui disait, pas plus tard que la semaine passée, que jamais une aiguille ne s’approcherait de ton précieux épiderme…

— C’est à cause de Carl. Je lui appartiens, maintenant. Il est mon propriétaire.

— Il a fait de toi une marchandise? Ça me semble plutôt malsain…

— Ça te semble malsain parce que tu ne sais pas encore ce que c’est que l’amour.

— Ou peut-être parce que j’ai encore toute ma tête, contrairement à toi… Laisse-moi deviner: l’autre poignet aussi?

— Yep. Et autour des deux chevilles aussi.

— C’est assez joli – si on aime l’esthétique esclavagiste, évidemment… ça t’a fait mal?

— Tu parles! J’avais l’impression qu’on me décapitait avec un couteau à beurre.

Rose contempla longuement le tatouage, soupira, puis ajouta:

— Tu es sa chose. C’est peut-être excitant pour toi, mais c’est vachement phallocrate et injuste de sa part. Il va agir en propriétaire avec toi et te jeter après usage comme une vieille chaussette.

— Tu ne comprends rien au romantisme. Je lui appartiens et il m’appartient.

— C’est de la possessivité, pas du romantisme. Ça vous ravale tous les deux au rang d’objet. Et lui, qu’est-ce qu’il a fait pour te signifier qu’il était devenu ta chose?

— Hé hé hé… ricana Christine en jetant un regard en direction de Carl, qui s’agitait plutôt gauchement sur la piste de danse, puis en faisant un geste si obscène et explicite qu’il ne laissait rien à l’imagination.

— Tu… Serais-tu en train de me dire que…

— Oui! Et crois-moi, ça lui a fait beaucoup plus mal qu’à moi, tu t’en doutes bien. Et ce fut lui d’abord, moi ensuite.

— Je n’arrive pas à y croire. Il s’est donc laissé…

— Il ne peut pas être plus «chosifié» que ça, hein?

Rose regarda Carl et compris pourquoi il dansait si maladroitement.

— Je… Je peux voir, dis?

Christine fit son plus beau sourire de crocodile, puis répondit en se levant:

— Tu peux toujours lui demander, mais seulement après ceci.

La chanson et l’éclairage venaient tout juste de changer et Carl s’approchait pour amener son bien privatif pur sur la piste de danse.

Dès le début, Lili avait senti que quelque chose clochait. Elle était restée couchée sur le dos, immobile, dans la position de l’étoile de mer, dans l’attente d’un orgasme qui peinait à se produire.Entre ses cuisses, Marc, d’habitude si habile de sa langue et de ses doigts, semblait cette fois hésitant, pataud… et franchement pas au plus fort de ses facultés érectiles. Exaspérée, elle abandonna tout espoir et tapota le front de son amant pour lui faire signe de couper court à ses caresses. Celui-ci se releva et s’allongea à ses côtés.

— Que se passe-t-il mon chéri? lui chuchota-t-elle à l’oreille. On dirait que le cœur n’y est pas…

Marc essuya ses joues empoissées de cyprine avec le drap.

— C’est Jean-Paul, dit-il en soupirant. Je crois que cette histoire de polyamour le dérange beaucoup plus qu’il ne veut bien nous l’admettre.

— Qu’est-ce que tu racontes? Il est totalement d’accord à ce que j’aie d’autres amoureux. Tu ne l’entends pas? Il est dans son bureau, en train d’écouter de la musique et ne se soucie pas une seule seconde de ce que nous pouvons faire, toi et moi.

— Tu parles, oui. As-tu justement prêté attention à ce qu’il écoutait?

— Non, pourquoi?

— Il a d’abord fait jouer Jealous Guy, de John Lennon et juste après, ce fut Unfaithful de Rihanna. Il a enchaîné avec Trahison de Garou. Et là, c’est Comment tuer l’amant de sa femme de Jacques Brel… ça fait trois fois qu’il la répète.

— Oh…

Inquiets, ils se regardèrent sans rien dire.

— Euh… la fenêtre, elle donne sur la rue ou sur ta cour? finit par demander Marc, en remettant ses chaussettes.

Je l’ai surprise dans ma chambre; le contenu de mon sac gisait sur le sol et elle lisait mon carnet, assise sur le lit. «Quel prénom utilises-tu quand tu écris à mon sujet?» me demanda-t-elle, perplexe. «Je les utilise tous. Il y a un prénom pour chaque trait de ta personnalité» lui répondis-je, menteuse.