Jeunes

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L’été de mes treize ans, ma meilleure copine m’a appris à me masturber.

Chaque jour, j’allais la rejoindre chez elle à vélo. Elle habitait une grande maison aux allures victoriennes, avec une cour bordée d’arbres immenses et une magnifique piscine. Nous étions jeunes et heureuses, ivres du sentiment de liberté que nous procurait l’absence des adultes, partis au travail ou au chalet le week-end en nous laissant pour la première fois toutes seules.

Elle et moi étions complètement opposées, mais magnifiquement complémentaires. Elle était grande, blonde, avait une peau de lait et des yeux aussi bleus d’un ciel glacial d’hiver. J’étais petite, j’avais la peau ambrée, les cheveux noirs et raides comme le crin et je me trouvais irrémédiablement moche, avec la conviction que seules les gamines de treize ans peuvent avoir. Nous avions toutefois en commun des jambes de sauterelle et de petits monticules appelés à devenir éventuellement des seins.

Bien sûr, j’avais déjà chipé des livres peu recommandables que ma mère avait irresponsablement laissés traîné dans sa bibliothèque et dont la lecture éveillait en moi des sentiments troubles — sentiments que je ne comprenais guère et dont je ne savais trop que faire. Bien sûr, j’avais déjà flirté avec quelques garçons, déjà embrassé une fille avec la langue, mais il me restait encore pas mal de pièces du puzzle à assembler.

Jusqu’à cette nuit-là, dans la piscine.

Nous étions restées dans l’eau depuis la matinée, tant la journée était torride, ne nous résignant à sortir que lorsque la faim nous tordait trop l’estomac. Après le souper, alors que le soleil se couchait et plongeait la cour dans la noirceur, nous nous laissions paresseusement flotter dans la partie peu profonde de la piscine en caquetant, en gloussant et en échangeant des petits secrets ridicules.

— Est-ce que tu te masturbes? me demanda-t-elle en chuchotant.

— Qu’est-ce que tu veux dire? lui répondis-je, interloquée.

J’avais déjà entendu le mot — je crois même que je l’avais déjà lu dans un livre — et je savais que ça avait un lien avec le fait de se toucher, mais dans ma naïveté, je n’avais pas trop saisi comment. Tout ce que je savais, c’est que d’y penser faisait battre mon cœur un peu plus fort.

— Je veux dire… est-ce que tu te caresses ?

J’étais vachement contente que la nuit naissance cache le rouge qui teintait mon visage.

— Ben… non.

Elle se mit à rire.

— Je parie que tu en as quand même envie, hein? En tout cas, moi, je le fais tout le temps.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Mes autres copines ne parlaient jamais de ce genre de choses.

— Dans ce cas, montre-moi! lui dis-je sur un ton de défi, en espérant que cela mette fin à la conversation.

Elle se contenta de sourire et m’amena jusqu’à une des sorties d’eau sur l’autre côté de la piscine. Elle s’empara de ma main et la plaça contre le jet.

— Tu sens comme c’est agréable? me dit-elle.

J’acquiesçai d’un hochement de tête.

— Maintenant, regarde-moi bien.

Elle sortit de l’eau juste assez pour placer son ventre contre le bord de la piscine et écarta ses jambes filiformes de manière à ce que le jet frappe directement sa vulve. Je la regardai faire, fascinée.

— Il faut trouver le bon angle… pour que ça soit vraiment bon.

Elle ferma les yeux et se mit à soupirer et à geindre faiblement. Je m’approchai et lui demandai :

— Comment c’est?

— Essaie, tu verras.

Voyant qu’elle ne me cédait pas la place, je nageai jusqu’à l’autre côté de la piscine vers la seconde sortie d’eau, avec au ventre une drôle de sensation, faite d’excitation et de fébrilité. J’imitai ma copine et m’installai dans la même position qu’elle. Les sensations furent immédiates, inusitées et délicieuses. Je fus frappée de plein fouet par l’orgasme avant même que j’eusse le temps de reprendre mon souffle. À peine eus-je le temps de comprendre ce qui m’arrivait que je jouis une seconde fois, puis une troisième.

Évidemment, mon pauvre petit minou était bien trop tendre et inexpérimenté pour subir longtemps la pression continuelle de l’eau, si bien que je me laissai glisser dans la piscine. Je me retournai et laissai le jet masser mon dos et mon cou en tentant de comprendre ce qui m’était arrivé.

Tous les week-ends qui suivirent et jusqu’à la rentrée, nous continuâmes ce rituel de masturbation aquatique du soir dans la piscine. Saoulées de plaisir et épuisées d’avoir tant joui, nous nous endormions chaque samedi dans le même lit, enlacées, cheveux noirs et cheveux blonds entremêlés.

Nous étions innocentes et nous ne faisions de mal à personne. Mais aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, les lois canadiennes font de vous et moi des criminels — moi pour vous l’avoir raconté et vous pour l’avoir lu.