Jouets

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Le chat de faïence amassait patiemment la poussière sur sa tête ronde, sur ses oreilles à peine dessinées, sur son long cou lisse et mince, sur son œil rouge et son œil vert dans le présentoir du fond de la boutique de l’antiquaire. Depuis quelques jours, le clown de porcelaine et le lapin de céramique le regardaient de façon oblique, presque dédaigneuse.

— Mais qu’est-ce que c’est que ce glaçage? demanda le clown en reniflant.

— Des années d’utilisation et de soins, répondit le chat, stoïque.

— J’aime bien tes yeux… et aussi ta petite queue qui pointe vers le ciel, dit le lapin.

— Ma petite Liu les aimait bien, elle aussi, répondit le chat en souriant. Hélas, les persécuteurs sont venus et ils ont forcé la famille à fuir. Père a caché ses bijoux de famille dans mon regard.

— Ses bijoux de famille! Hé hé hé hé… commenta le clown avec sarcasme.

— Évidemment, il fallait aussi me cacher, poursuivit le chat qui feignit n’avoir rien entendu. «Liu, tu es grande, maintenant», déclara père. J’ai traversé une mer houleuse et déchaînée bien au chaud dans ma cachette douillette, baigné dans l’eau délirante du plaisir de Liu qui sentait à chaque vague ma tête appuyer contre sa matrice et ma queue taquiner son bouton d’amour ou l’ouverture frémissante de son cul.

Le lapin s’étouffa de surprise.

— Lorsqu’elle arriva saine et sauve au nouveau monde, elle me garda sur sa table de nuit.

— Dans ce cas, comment as-tu échoué ici? demanda le clown en fronçant les sourcils.

Le chat de faïence soupira.

— On a trouvé un bon parti pour Liu, un fiancé qui s’avéra être le plus jaloux des hommes. Peu de temps après leur mariage, je fus relégué au grenier. Elle lui en a toujours voulu et ne lui a jamais expliqué pourquoi mes yeux brillaient à ce point. Plus tard, des petits-enfants aussi ignares qu’ingrats m’ont vendu pour quelques sous.

C’est à ce moment qu’Anne et Simone se penchèrent au-dessus de la boîte.

— Regarde comme il est mignon! s’écria Anne en prenant le chat.

— Si tu veux mon avis, il ressemble à… dit Simone qui chuchota le reste de la phrase à l’oreille de son amante, la faisant rougir jusqu’à la racine des cheveux.

— Il dégage aussi une drôle d’odeur, comme lorsque tu… ajouta Anne avant qu’un baiser ne la bâillonne.

Les deux femmes se regardèrent, frissonnantes d’excitation.

— Il te reste de la monnaie? demanda Simone. Vite! J’ai hâte de retourner à l’appart et jouer à chat percé!

Des seins furent pincés, un entrejambe fut caressé, Anne soupira, trembla, et le chat de faïence glissa de ses doigts. Il tomba dans le bac, éclatant en mille fragments glacés de mouille. Les deux femmes se figèrent.

— Foutons le camp: le vieux n’a rien entendu! pouffa Simone en attrapant Anne, penaude, par la manche.

Le clown de porcelaine et le lapin de céramique contemplèrent quant à eux l’émeraude et le saphir en maudissant leur incapacité à profiter de leur fortune providentiellement acquise.

Simone aime bien fouiner dans les sex-shops et ostensiblement se renseigner sur les godemichets les plus incroyables, leurs tailles, leurs formes, leurs couleurs, leurs fonctions. À la fin, elle demande toujours au commis — qu’il soit un homme ou une femme — s’il a personnellement testé tous ses engins. S’il ose répondre par la négative, elle claque la porte en maugréant contre la piètre qualité du service, pour ensuite se tordre de rire sur le trottoir.

Invitée hier chez une dame pour qui j’ai fait du babysitting il y a quelques années. Sa fille, que j’ai connue alors qu’elle avait encore la couche aux fesses, a maintenant treize ans et semble si précoce qu’elle donne des maux de tête à ses parents.

— Ça ne doit pas être facile de vivre dans la crainte du sida et des grossesses indésirées… avançais-je prudemment.

— Non, répondit sa mère. Elle, c’est… comment dire… les objets. Tous les objets.

Rêveuse, je laissai mon regard parcourir la pièce, s’arrêtant sur chaque bibelot en le considérant sous un angle inédit.

— J’en ai assez de vivre dans une telle soue à cochons! Désolée ma belle, mais c’est aujourd’hui que je vais t’apprendre à ranger tes trucs!

— Tu n’es pas ma mère, à ce que je sache. Je paie ma part de loyer et ce n’est surtout pas toi qui va venir me… mmm! mmm! mmm!

La pose du bâillon-boule eut l’heureux effet de clore définitivement cette discussion. Et puisqu’elle m’assassinait du regard, je lui bandai aussi les yeux. Après tout, j’avais besoin de la sainte paix pour travailler.

J’étudiai tous les accessoires éparpillés un peu partout sur le plancher de la chambre. Je commençai par les pinces à seins, que je réglai lentement jusqu’à obtenir la sensation – et la grimace – désirées. Je glissai ensuite le petit plug de latex noir délicatement dans son derrière, non sans l’avoir préalablement enduit de ce qui restait du contenu du tube de lubrifiant qui traînait près de la table de nuit. Ce fut ensuite au tour du stimulateur de clitoris, un joli petit vibro rose en forme de papillon, que je fis tenir en place grâce à ses courroies élastiques ajustables. Je terminai par le vibromasseur surdimensionné à tête rotative et, souriante et fière de la besogne accomplie, la regardai se tordre en geignant sur le lit.

— Tiens! lui dis-je sur un ton satisfait. Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place; ne se sent-on pas mieux ainsi, quand tout est rangé?