(Texte publié dans le dernier numéro du magazine FA, accompagné d’illustrations de Thierry Labrosse.)
Poussychatte avait les cheveux les plus courts et les plus roses, ainsi que le surnom le plus débile au nord du Rio Grande. Aussi rose que ses cheveux, sa langue, qu’elle n’avait pas dans sa poche, était ornée comme son nez, ses sourcils et ses oreilles d’un piercing argenté, ce qui lui permettait, selon ses dires, d’écouter la radio dans sa tête. «Je suis la seule à Terrebonne qui capte CIBL» avait-elle l’habitude de dire le plus sérieusement du monde.
Poussychatte aimait les tatouages, surtout les araignées, les scorpions et les lézards qui ornaient ses deux bras des épaules aux poignets, ainsi qu’une bonne partie de son dos, ainsi qu’Oscar, le crâne grimaçant qui ornait son pubis rasé. Poussychatte aimait le scotch, le rye, le bourbon et la bagarre, toujours dans le même ordre. Elle raffolait des bars crasseux où elle levait le coude en compagnie du premier venu jusqu’à ce que, fin saoule, elle se mette à frapper sans raison ledit premier venu. Poussychatte aimait les motos. Les grosses, les puantes, celles qui font potato-potato-potato en roulant. Elle les appelait «mes grosses cochonnes d’amour» et passait des journées entières à les cajoler, les lubrifier, les chouchouter, à se maculer de leur cyprine astringente et pétrolière. Poussychatte était un ange échappé de l’enfer, à défaut d’être une Hell’s Angel.
Et surtout, Poussychatte aimait les jeunes filles bien élevées, celles qui détestent le whisky, les tatouages, les motos et la castagne, celles qui portent des escarpins plutôt que des bottines de skinhead, celles qui préfèrent Lancôme à Quaker State comme crème de nuit. C’est que Poussychatte était une baiseuse à l’appétit vorace. Chaque fois que je visitais son garage, elle laissait de côté ses chéries à deux roues et pendant des heures, elle me faisait boire des alcools tous plus forts les uns que les autres. Elle me racontait alors les blagues les plus grasses de son répertoire et moi, pas plus brillante, je riais de son humour de garagiste comme la dernière des imbéciles.
L’issue de nos rencontres était toujours la même. Poussychatte m’entraînait en titubant vers sa chambre où elle me délestait de mon slip en m’embrassant tendrement. Elle entreprenait ensuite de me caresser le con avec un doigté, une patience et une précision dont seules sont capables les mécaniciennes amoureuses du travail bien fait. Lorsque je sentais mes fluides monter et asperger ma chatte, elle savait me tenailler le ventre pour faire ronronner mon moteur. N’y tenant plus, je la basculais sur son lit éternellement défait, faisant glisser la fermeture éclair de son jeans pour aller à la rencontre de ses lèvres chauves et ruisselantes de mouille. Pendant que je faisais promener mon index le long de la soyeuse moiteur qui tapissait immanquablement son entrecuisse, Poussychatte s’attaquait habituellement à mon chemisier pour mordiller la pointe de mes seins «durs comme des boulons un quart en titane» comme il lui plaisait de dire.
Poussychatte aimait se faire laper et moi j’aimais me délecter de l’innocente tendresse qu’offrait son adorable coquillage, qui contrastait tant avec ses airs de bum de cour à scrap. Je lapais donc, en poussant de petits cris d’animal affamé, son clitoris tendu comme une bite, parfois surprise par les frémissements qui accompagnaient à coup sûr certains élans maladroits de mes gestes sous l’emprise de la passion et de l’alcool. Nous finissions toujours par nous retrouver l’une sur l’autre, se bouffant le con avec force jappements, la mouille se mêlant à la salive, jouissant comme des possédées, aspirant goulûment nos clitoris traversés de spasmes fébriles. Ah ! Comme nous étions born to be wild!
La suite dépendait de notre degré d’ébriété. Lorsque nous étions encore raisonnablement lucides, Poussychatte s’en allait chercher dans sa boîte à outils un gode de bonne taille qu’elle faisait glisser entre ses cuisses couvertes de son huile à transmission. Lorsqu’elle frémissait d’excitation, elle se ceinturait de l’objet luisant de mouille en me suppliant de lui présenter mon cul. Elle y plantait alors sa langue pour taquiner mon périnée et réchauffer ainsi mon système d’échappement.
N’y tenant plus, je finissais toujours par saisir l’engin attaché à sa taille pour le fourrer directement dans mon conillon, tout en continuant de caresser ses lèvres et son clitoris. Poussychatte aimait me prendre avec force et vigueur. À quatre pattes, je m’efforçais de retenir le feu de l’orgasme qui grondait dans mon carburateur, jusqu’à m’en faire exploser la chatte. Observatrice experte, soucieuse d’éviter la surchauffe, Poussychatte choisissait toujours le bon moment pour interrompre le mouvement du piston. Elle s’en allait alors quérir un second outil phallique, de taille plus modeste que le premier, qu’elle installait sur sa ceinture en continuant de masser mon entrecuisse. Dans un embrasement de baisers et de hoquets de plaisirs, je plantais moi-même le gode dans mon petit trou, emportée par l’élan presque hystérique de mon désir, criant mon bonheur jusqu’au soleil couchant.
Et je me réveillais toujours en toussant, parce que Poussychatte oubliait systématiquement l’effet pernicieux de la fumée de ses Camel sur mon système de ventilation. Quand je lui demandais si nous allions nous revoir, elle me répondait toujours en remettant son jeans crasseux, la clope au bec, goguenarde: «Je recommande une nouvelle mise au point dans une semaine ou mille kilomètres».