Lubrifiant

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— Tu sais ce qu’on chantait dans la cour d’école, à l’époque?

— Quoi?

— Une parodie de la chanson thème de Candy Candy. Tu sais, le dessin animé japonais cucul?

— Je me souviens vaguement, oui.

— J’étais en cinquième année et je ne comprenais même pas la moitié des trucs que ça disait. Mais je la chantais quand même, c’était très rigolo – surtout que ça disait «fesses».

— Ah?

Elle se met à chanter:

Au pays de Candy
Comme dans tous les pays
On s’amuse on pleure on jouit
Il y a des pervers et des gentils
Et pour sortir des moments difficiles
Un vibrateur, c’est bien utile
Un peu d’astuce, de cochonneries
C’est la vie de Candy

Mais elle rêve et elle imagine
Tous les soirs en se branlant
Que le petit prince des collines
Vient la lécher doucement
Pour chasser, sa tristesse
Elle s’en met plein les fesses
Salope et coquine
Toujours envie
C’est Candy, Candy

— C’est scandaleux et indécent d’imaginer que tu aies pu chanter de telles obscénités quand tu avais 11 ans.

— Ha! Tu veux du scandaleux et de l’indécent? Passe-moi cette chandelle et le tube de lubrifiant.

— Un instant, j’arrive !

Jeanne D’Arc Bédard déposa son plumeau sur la table, rajusta sa coiffure argentée et marcha d’un pas rapide vers la porte. Elle déverrouilla les deux serrures et les trois loquets et ouvrit : c’était la fille de la voisine.

— Noémie ! minauda-t-elle. Entre, ma chérie !

Jeanne d’Arc connaissait bien Pierrette, la maman de Noémie. Depuis son mariage, elle avait tant souhaité avoir une fille… ce qu’elle eut, après sa cinquième grossesse. « Comme elle a grandi ! » pensa Jeanne d’Arc en contemplant la mignonne et innocente fillette de treize ans qui se tenait devant elle, sur le pas de sa porte, les mains derrière le dos et la mine espiègle, avec ses boucles blondes, son chemisier blanc, sa jupe écossaise et son tablier rose.

— Bon après-midi M’dame Bédard, dit la gamine en souriant gentiment. J’pourrais vous emprunter un bâtonnet de beurre ?

— Mais bien sûr, chérie ! répondit la ménagère et lui indiquant du doigt le chemin de la cuisine. Tes parents sont déjà rentrés ?

— Non, madame. Grand-m’man va seulement avoir son congé de l’hôpital mercredi prochain, alors ils vont lui tenir compagnie encore trois jours. En attendant, je fais l’ménage pour que tout soit propre lorsque maman va revenir. Hier, j’ai passé le balai et j’ai récuré le bidet… et ce matin, j’ai brossé les tapis et battu les chiens.

— Voilà qui est tout à fait charmant ! Quelle grande fille tu fais ! Et tes frères, comment vont-ils ? Ils doivent vraiment être contents d’avoir une sœur aussi sage…

— Oh, j’espère bien ! C’est rudement gentil à eux de s’occuper de moi… c’est une grosse responsabilité, pour eux, vous savez.

Jeanne d’Arc fouilla dans le frigo, trouva le beurre et le tendit à Noémie.

— Voilà, ma grande. Tu es si mature, pour ton âge… le beurre, c’est pour préparer tes délicieux sablés pour tes frères ?

— Merci m’dame Bédard, dit Noémie en offrant à la vieille dame un sourire radieux et angélique. Non, c’est pas pour les biscuits — je les ai cuits avant le déjeuner et c’est pour ça que j’ai plus de beurre. J’en aurais bien acheté avec l’argent que maman m’a laissé, mais Martin Poirier s’est pointé à la maison avec une caisse de bière pour regarder le match à la télé avec mes frères et ils sont maintenant tous trop saouls pour conduire jusqu’au supermarché.

— Oh la la, comme c’est vilain. Tes frères sont bien chanceux d’avoir une petite sœur aussi sérieuse et dévouée que toi, qui est prête à tout pour prendre soin d’eux par dessus le marché. Tu es donc venue emprunter du beurre pour leur préparer une petite gâterie, n’est-ce pas ?

— Oh oui, madame, répondit, tout sourire, la fillette. C’est qu’voyez-vous,il ne reste plus de KY et les garçons veulent vraiment beaucoup beaucoup m’enculer !

— Un instant, j’arrive!

Jeanne D’Arc Bédard déposa son plumeau sur la table, rajusta sa coiffure argentée et marcha d’un pas rapide vers la porte. Elle déverrouilla les deux serrures et les trois loquets et ouvrit: c’était la fille de la voisine.

— Noémie! minauda-t-elle. Entre, ma chérie!

Jeanne d’Arc connaissait bien Pierrette, la maman de Noémie. Depuis son mariage, elle avait tant souhaité avoir une fille… ce qu’elle eut, après sa cinquième grossesse. «Comme elle a grandi!» pensa Jeanne d’Arc en contemplant la mignonne et innocente fillette de treize ans qui se tenait devant elle, sur le pas de sa porte, les mains derrière le dos et la mine espiègle, avec ses boucles blondes, son chemisier blanc, sa jupe écossaise et son tablier rose.

— Bon après-midi M’dame Bédard, dit la gamine en souriant gentiment. J’pourrais vous emprunter un bâtonnet de beurre?

— Mais bien sûr, chérie! répondit la ménagère et lui indiquant du doigt le chemin de la cuisine. Tes parents sont déjà rentrés?

— Non, madame. Grand-m’man va seulement avoir son congé de l’hôpital mercredi prochain, alors ils vont lui tenir compagnie encore trois jours. En attendant, je fais l’ménage pour que tout soit propre lorsque maman va revenir. Hier, j’ai passé le balai et j’ai récuré le bidet… et ce matin, j’ai brossé les tapis et battu les chiens.

— Voilà qui est tout à fait charmant! Quelle grande fille tu fais! Et tes frères, comment vont-ils? Ils doivent vraiment être contents d’avoir une sœur aussi sage…

— Oh, j’espère bien! C’est rudement gentil à eux de s’occuper de moi… c’est une grosse responsabilité, pour eux, vous savez.

Jeanne d’Arc fouilla dans le frigo, trouva le beurre et le tendit à Noémie.

— Voilà, ma grande. Tu es si mature, pour ton âge… le beurre, c’est pour préparer tes délicieux sablés pour tes frères?

— Merci m’dame Bédard, dit Noémie en offrant à la vieille dame un sourire radieux et angélique. Non, c’est pas pour les biscuits — je les ai cuits avant le déjeuner et c’est pour ça que j’ai plus de beurre. J’en aurais bien acheté avec l’argent que maman m’a laissé, mais Martin Poirier s’est pointé à la maison avec une caisse de bière pour regarder le match à la télé avec mes frères et ils sont maintenant tous trop saouls pour conduire jusqu’au supermarché.

— Oh la la, comme c’est vilain. Tes frères sont bien chanceux d’avoir une petite sœur aussi sérieuse et dévouée que toi, qui est prête à tout pour prendre soin d’eux par dessus le marché. Tu es donc venue emprunter du beurre pour leur préparer une petite gâterie, n’est-ce pas?

— Oh oui, madame, répondit, tout sourire, la fillette. C’est qu’voyez-vous,il ne reste plus de KY et les garçons veulent vraiment beaucoup beaucoup m’enculer!