La suite de ce roman fleuve qui se lit en remontant le courant — de bas en haut. Épisode trois : mariage, chaussures et scandale.
Textes portant l'étiquette « Mariage »
7 mars 2010
Après quarante-neuf très longues années
De vie commune ils se sont aperçus
Qu’ils n’avaient jamais été mariés:
Auraient-ils enduré s’ils avaient su?
Des amis à moi qui viennent d’avoir leur premier enfant se sont achetés une minifourgonnette. Ce qui, en soit, est dans l’ordre naturel et nord-américain des choses : d’abord, on forme un couple, ensuite, on tombe en cloque, on s’hypothèque une maison en banlieue et après, on se lance dans l’achat d’un véhicule familial dont la livraison précède de quelques jours l’accouchement. Ne reste plus ensuite qu’à se marier, se procurer un chien, des appareils électroménagers, un cinéma-maison et des anxiolytiques à profusion pour oublier la dépression nerveuse et voguer tranquillement sur le long fleuve tranquille du bonheur. Sur cette minifourgonnette, le concessionnaire à eu l’idée géniale d’apposer un autocollant arborant fièrement le slogan de son commerce: «La famille et l’amour, des valeurs sûres!». Lorsque je fis remarquer la chose à ma copine, elle fit la moue et me dit: «Je sais, c’est horrible d’associer des valeurs si belles et si fondamentales à un vulgaire paquet de tôle motorisé!»
Je n’ai pas osé la contredire, mais il est flagrant selon moi que ce n’est pas elle qui a raison mais bien Toyota Gatineau. Le consumérisme, la famille et l’amour sont bel et bien des institutions inextricablement liées, des mécanismes de pouvoir donc le but principal est de nous asservir. Si nous voulons vraiment nous réapproprier nos vies dans leur totalité, si nous voulons vraiment libérer nos désirs des griffes de la peur et de la domination, il est nécessaire de s’attaquer à ces institutions qui peuvent nous sembler à priori éternelles et immuables. Il faut s’y attaquer et les détruire comme nous le ferions avec toutes les autres institutions qui nous asservissent.
— Dommage que la mariée ait choisi un voile léger. Elle a pourtant une tête à chapeau…
— Ce qui est dommage, c’est qu’elle se soit contentée d’embrasser le marié. Elle a pourtant une bouche à pipe…
— Trésor, réveille-toi… je viens de faire un horrible cauchemar…
— Unnngh?
— J’ai rêvé que je te surprenais au lit avec une autre femme. Tu ne serais jamais capable de me tromper, n’est-ce pas?
— Hein? Bon sang mais qu’est-ce que tu me chantes?
— Olivier! Mais… mais… qu’est-ce que tu fais ici? Et où est…
— À Cornwall – enfin, je l’espère. À quoi veux-tu en venir?
— Mais c’est impossible, je…
— Quoi? Tu ne vas tout de même pas me faire ton numéro de vierge offensée, après tout ce que tu as fait cette nuit!
— Je… oh mon dieu!
— Ah, je vois… encore un de tes petits jeux… Vas-y, fais-toi plaisir, salope, ça me fait bander!
— Je t’en supplie, arrête, tu dois…
— Branle-moi, putain adultère. Avec ta main gauche, pour que je puisse bien voir ton alliance.

— Chérie, réveille-toi… je viens de faire un horrible cauchemar…
— Unnngh?
— J’ai rêvé que je te trompais. Avec un homme, par dessus le marché! Oh, Simone… tu es certaine que cette histoire de mariage est vraiment une bonne idée?
— J’en suis convaincue, ma belle. Dors, maintenant; demain la journée sera longue.
— Devine quoi: je vais me marier!
— Toi? Te marier? Mais avec qui?
— Tout est rigoureusement planifié dans les moindres détails. Les vœux seront échangés sous la pleine lune d’août. Je les ai rédigés moi-même! Il promettra de faire le ménage, de laver la cuvette, de faire la cuisine, d’aimer mes chats et de m’obéir au doigt et à l’œil, naturellement.
— Et qui est l’heureux élu?
— Tu devrais voir ma robe… un décolleté en organza festonné avec bustier baleiné perlé et traîne chapelle… et surtout une jupe évasée en bas du genou, pour bien mettre en valeur mes chaussures.
— Tes chaussures?
— Oui, mes chaussures. Tu vas crever de jalousie ma vieille! Des sandales scandaleusement argentées, avec des brides à paillettes, des plateformes gratte-ciel vertigineuses et des talons aiguilles si fins qu’ils vont sûrement perforer le parquet de l’église!
— Laisse tomber les chaussures! Dis moi qui est le marié, bon sang!
— Le marié? Pfff. Il n’y a que les chaussures qui importent, voyons.
— Siobhan et Iseult voudraient que tu sois leur garçon d’honneur.
— Ah oui? Tu leur diras que j’accepte avec joie. Être témoin à un mariage lesbien… voilà un truc qu’on ne se fait pas offrir tous les jours!
— Tu es la personne toute désignée: après tout, c’est grâce à ton séminaire de recherche qu’elles se sont rencontrées… oh, en passant, ce sera une cérémonie wiccan, ce qui veut dire que tout le monde sera skyclad.
— Sky quoi?
— Skyclad. Vêtu du ciel.
— Hein?
— Dévêtu. Déshabillé. Nu. À poil.
— Mais… je ne peux pas, voyons…
— Bien sûr que tu le peux, chéri.
— Tu ne comprends pas! Je serai dans une pièce avec une vingtaine de femmes nues! Je vais… tu sais… pointer vers le ciel.
— Ne t’en fais pas, trésor, elles ont déjà prévu le coup.
— Hein?
— Tu seras aussi le porteur des alliances.








