Maternité

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C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit

Maman s’occupe comme elle peut
De ses charmants petits morveux
Mais vingt heures? Il est plus que temps
D’aller rejoindre son amant

C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit

Maman se fait bien du souci
Pour sa ribambelle de petits
Mais quand il est passé vingt heures
Elle pense à son vibromasseur

C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit

Maman fera une crise de nerfs
Si ce soir vous lui pompez l’air
Dans son bain elle veut mariner
Avec Cinquante nuances de Grey

C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit.

 

(Extrait de la prochaine mouture des Mémoires de la pétroleuse nymphomane)

Être tortionnaire n’est pas un talent naturel chez moi. J’admets volontiers que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un ange de douceur et de gentillesse, mais il se trouve que je suis aussi fortement éprise de liberté, si bien que commander me répugne autant que de servir. Il ne me serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit de m’adonner au BDSM avant de rencontrer Simone — je ne savais même pas ce que signifiait BDSM, c’est dire. Or, c’est bien connu, ce sont les soumises qui mènent le bal dans ce genre de relation et la mienne était particulièrement tyrannique. Comme je l’aimais d’un amour insensé, comme j’étais prête à n’importe quoi pour la garder près de moi, j’ai dû fouler au pied mes belles convictions libertaires et m’efforcer de devenir une déesse de cuir, une maîtresse cruelle — alors que je ne cessais de crier «  Ni dieu, ni maître » dans mon for intérieur.

Elle me demandait des trucs pas possibles, ce n’était jamais assez hard pour elle. Moi qui suis une petite nature, faiblarde et asthmatique, moi qui tourne de l’œil à la vue de la moindre goutte de sang, de la moindre trace de merde, j’étais servie. Et puis tous ces trucs avec des chiens, moi ça me donnait une frousse pas possible, je devais me faire violence pour l’obliger à prendre son pied avec ces sales cabots. Et son pied, dieu sait qu’elle le prenait : à tue-tête et en en redemandant toujours, continuellement.

Je ne sais pas si c’est le cas de toutes les soumises, mais la mienne était d’une intelligence redoutable. Elle avait fait de brillantes études et se lançait dans ce qui s’annonçait comme une carrière médicale tout aussi brillante. Elle était exigeante envers elle-même et sûrement au moins aussi exigeante envers moi, sa maîtresse. Elle détestait la médiocrité, la routine et acceptait rarement de se soumettre deux fois de suite aux mêmes sévices. Elle voulait toujours du nouveau, de l’inédit, de la perversion à profusion, toujours renouvelée.

Je me suis longtemps demandé pourquoi une femme de sa stature et de son tempérament avait choisi de se faire dominer par une fille comme moi, qui avait si peu la vocation de dominatrice. J’en suis arrivée à la conclusion que ce qu’elle aimait de moi, c’était mon imagination débordante. Pour elle, j’ai écrit mes plus belles œuvres, les plus sublimes, les plus cruelles. Celles que je ne publierai jamais et qui seront éternellement dédiées à sa plus grande gloire.

J’avais beau avoir de l’imagination, il y avait quand même toujours dans tout ce que je pouvais imaginer une part que je ne pouvais accomplir : tout ce qui aurait risqué de la blesser gravement, de la mutiler — voire de la tuer. Il fallait aussi que j’évite tout ce qui pouvait la marquer, du moins sur les parties les plus visibles en société de son corps, car elle avait une vie professionnelle et une respectabilité à préserver, ainsi que de distingués collègues et une famille ultra-catho à ménager.

Je me souviens d’un matin, alors que j’avais passé la nuit précédente à la punir de  mille manières. Elle me dit d’un air déçu, pendant que je la libérais finalement de tous ses liens:

— Tu ne t’es pas servie des aiguilles chauffées à blanc…

— Tu sais que j’ai horreur des aiguilles, c’est un traumatisme d’enfance. Et puis je t’aurais fait des marques compromettantes qu’il t’aurait fallu expliquer à ta mère et au docteur machin-chouette.

Elle soupira.

— Triste monde que celui où une femme ne peut vivre pleinement la sexualité de son choix.

— Pfff. Ta sexualité, tu pourrais la vivre à ta guise si tu n’étais pas si obsédée de respectabilité bourgeoise.

— Ah! Si on pouvait vivre notre amour comme ça, tout simplement, au grand jour, sans craindre l’opprobre…

— Tu pourrais commencer par me demander de t’accompagner au party de Noël de ton département et me présenter à tes parents. Ce serait un bon début…

— Et comment je te présenterais? Comme une amie? Comme une coloc?

— Ce serait plus exact de me présenter comme ton amoureuse, ta maîtresse… ou même ta tortionnaire sadique et cruelle…

— Aussi bien les achever tout de suite d’un coup de revolver.

— Si on se mariait? Tu pourrais me présenter comme ta gentille épouse.

— Tu envisagerais vraiment de…

— Si tu acceptes, je t’attache nue sur la poubelle et je te livre aux éboueurs du quartier pour qu’ils nous fassent un enfant.

Elle me regarda, songeuse, visiblement tentée.

Je suis souvent revenue à la charge avec cette proposition par la suite. L’idée lui plaisait — celle de l’insémination par éboueurs interposés, pas celle du mariage. Je n’ai jamais réussi à la trainer devant un juge de paix, mais elle a fini par me présenter à ses parents. Ils encaissèrent la nouvelle de l’homosexualité de leur fille avec beaucoup moins de difficulté que celle de sa grossesse de père inconnu.

L’accouchement fut la seule occasion où je la vis souffrir physiquement de maux que je ne lui avais pas infligés. Lorsque je pris Louise-Michelle, notre fille, pour la première fois dans mes bras, je compris soudainement que sa maman avait dorénavant une nouvelle tortionnaire.

Si tu trouves sur la plage
Un très joli coquillage
Sur un ventre, bien attaché
Qui sent le varech, la marée
Passe ta langue sur le bouton
Doucement, avec attention
Et le coquillage nacré
Va s’ouvrir à tous tes baisers
Tu pourras le limer souvent
Mais tu devras être patient
Car c’est seulement après neuf mois
Qu’le bruit d’la mère tu entendras.

Lou aura bientôt deux ans et parle de plus en plus. Ce matin, après son lait et ses céréales, elle me regarda droit dans les yeux et me cria: «Papa!» — ce qui, vous l’aurez deviné, me vexa un peu.

— Anne Archet est un homme! Même ta fille le dit! La vérité sort de la bouche des enfants! railla Simone, morte de rire, en faisant sauter sa fille dans ses bras.

— Le lait caillé aussi… commentai-je sur un ton détaché, après que Lou lui ait vomi son petit déjeuner à la figure.

Quand Annie accoucha de son premier poupon
Elle hurla pendant des heures à pleins poumons.
Son mari, plein de remords, lui dit tout penaud:
«Tout ça, c’est ma faute! Je ne suis qu’un salaud!»
Voulant le rassurer, entre deux contractions,
Elle lui chuchota: «Mais non, voyons, mais non.»

Lou est chez sa grand-mère pendant que ses deux mamans forniquent crapuleusement dans une chambre kitsch et romantique d’une petite auberge de campagne. Pénombre et bougies, corps enlacés, odeur de transpiration, de cyprine, de fauve. Les draps sont arrachés, froissés, tachés. Vers six heures, alors que je sombre finalement dans le sommeil, elle s’inquiète subitement:

— Qui fait le ménage, après? La patronne ou sa fille?