Muse

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(aubade)

Pas le temps de sucer ta queue
Car j’ai des poèmes à écrire
Il y a tant de papiers griffonnés
Entre les pages que mon carnet
Bubon trop mur sur le point d’éclater
S’effrite comme un lépreux sur le sol

Tu peux étendre ton foutre sur mon pied nu
Pourvu que mes mains restent sèches
Je dois retranscrire les odes sanitaires
Composées sur les murs des toilettes
Pas le temps de me faire bourrer le cul
Bientôt ma muse n’aura plus d’orifice intouché

Pas le temps de me faire ligoter
J’ai des vers célèbres au bout des doigts
Qui gémissent les musiques funèbres
Des sonnets blonds sur mes nymphes rougies
L’encre bleue des mille complaisances sous les ongles
Et celle des promesses à la saignée du coude

J’aurais bien aimé que tu restes plus longtemps
J’aurais bien frotté ma fente contre ton menton
J’aurais bien goûté au suc amer de ta veine noueuse
Mais j’ai des hymnes de chair et de tendons à écrire
Des fatrasies ululantes sous la lune oestromane
Des églogues gluantes de mouille et de rosée lubrique

« Mais où es-tu quand j’ai vraiment besoin de toi, sale traînée? » m’écriai-je après avoir contemplé la blancheur immaculée de mon écran pendant deux heures.

C’est alors que j’entendis un drôle de son, un bruit mouillé et obscène provenant du fond de ma chambre. Elle était finalement apparue, vêtue d’un bustier tubulaire constellé de tâches d’origine suspecte et d’une microjupe noire. Affalée sur mon pouf, la pouffe doigtait négligemment sa fente en tirant une dernière bouffée de sa clope. Les cheveux ébouriffés, les seins pendants et le ventre strié de vergetures, elle me souriait méchamment sans se soucier de sa dent en moins et des mailles dans ses bas résille.

— Te voilà enfin, grognasse, lui dis-je sur un ton mal assuré. Mais de quoi as-tu l’air! Tu t’es regardée dernièrement dans le miroir? Comment suis-je censée être inspirée par ça?

— Si ma vue ne te plaît pas, va te faire voir! Je te ferais respectueusement remarquer que tu es loin d’être un sex-symbol toi-même, poupée… me dit-elle en prenant la gomme à mâcher qu’elle avait collé derrière son oreille, pour usage ultérieur.

— Ne sois pas vache, je t’en prie. Je reste assise nuit et jour devant cet ordinateur de malheur. Je viens de terminer une histoire. Je fais ce que je peux. J’écris.

— Tu as terminé ce petit texte il y a une semaine, pauvre gourde. Rester assise devant un clavier ne fait pas de toi une écrivaine. D’ailleurs, aussi bien t’annoncer moi-même la nouvelle avant que les autres s’en chargent: tu n’es même pas une écrivaine. Après avoir tartiné une page de niaiseries et de banalités, tu n’as plus rien à dire.

— Je te demande bien pardon, mais j’ai mon style. Il se trouve que…

— Ton style? Parlons-en, de ton style. Tu n’as pas décrit un personnage correctement depuis des mois! Et tes scènes de sexe sont si elliptiques qu’on se demande parfois si tu ne parles pas d’origami ou de décoration intérieure! La seule chose que tu sais faire, c’est des jeux de mots minables, du genre « pouffe sur un pouf ». C’est ça que tu appelles du style? Idiote! Raclure de cul! Même les trisomiques se moquent de ton fameux style!

— Donne-moi une chance, bagasse! pleurnichai-je. Dois-je te rappeler qu’il s’agit d’un partenariat? C’est toi qui en théorie doit me fournir l’inspiration. Je peux savoir à quel moment tu vas enfin te décider d’honorer ta part du contrat?

— Quatre mots pour toi, connasse : fermer XTube, ouvrir Word! cracha-t-elle en riant.

Elle disparut ensuite, dans un cri de ménade au bord de l’orgasme, ne laissant derrière elle qu’une vague odeur de marihuana, de sueur et de parfum bon marché, ainsi qu’un cerne huileux en forme de demi-lune sur mon pouf.