Textes portant l'étiquette « Nymphomanie »

Q.E.D.

1 octobre 2012

Je déteste les bagnoles. Je déteste le travail. Je déteste le centre-ville. Et surtout, je déteste attendre. Alors, imaginez comment je me sens quand je suis obligée d’attendre dans une Yaris garée dans un parking du centre-ville que ma chérie daigne quitter le bureau. Heureusement qu’il y a mon chéri pour me tenir compagnie… c’est d’ailleurs lui qui a aperçu Anais en premier, car moi, j’étais occupée à lui siphonner le bras de vitesse – on passe le temps comme on peut. Dès qu’il la vit, Pierre se rebraguetta à la hâte, et moi j’ouvris la portière pour la laisser s’asseoir sur le fauteuil avant. Je fis mine de l’embrasser, mais elle me stoppa net.

— Essuie-toi, tu as du foutre sur le coin de la bouche, me dit-elle.

— Ça ne te dérange pas, d’habitude, hein… et puis ce n’est pas du foutre, c’est du… comment dit-on « pre-cum » en français?

— On dit « liquide préséminal » et je t’en prie, mon quart de travail est terminé et je ne veux plus rien traduire jusqu’à demain matin.

Je m’installai à l’arrière et dès que Pierre eut démarré, Anais se immédiatement mit à râler.

— Quelle boîte minable! J’en ai plein le cul de ce job de merde !

— Quel est le problème? demanda Pierre.

— C’est ce connard de Sheldon ! Il ne manque pas une occasion de me tripoter ! Dans l’ascenseur, il a même sorti sa bite en me disant «How do you say “suck me off” in French ? » Mais pour qui il se prend, ce minable? Depuis qu’il a appris que je vis avec vous deux, il me prend pour une salope. Comment peut-il s’imaginer que je puisse être une Marie-couche-toi-là qui tombe la culotte pour un oui ou pour un non?

Pierre me regarda dans le rétroviseur et nous échangeâmes un regard inquiet. Voyant qu’il n’osait rien dire, je soupirai :

— Bien, tu sais, Anais, il est vrai que tu as…

— John ne compte pas, coupa Anais. Tout le monde finit par baiser avec son patron un jour ou l’autre.

— D’accord, mais il y a aussi le type des ressources humaines… celui que tu as sucé dans la salle de réunion…

— Ça ne compte pas non plus, répondit Anais sur un ton excédé. C’était avant d’être embauchée… c’est d’ailleurs comme ça que j’ai passé l’entrevue…

— Et il y a aussi la réceptionniste, non ? risqua enfin Pierre. Comment s’appelle-t-elle déjà? Lucie?

— Non : Leslie. Elle ne travaille même plus dans notre section, alors…

— Sans compter les deux livreurs, ajoutai-je. Tu ne m’avais pas dit qu’ils t’on fait une double pénétration sur les caisses de papier à photocopieuse?

— Shit, j’avais oublié… Sheldon m’a probablement surprise ce jour-là… dit Anais, pensive.

Après un long silence, Pierre ajouta:

— Chérie, je ne veux pas jouer les emmerdeurs, mais n’as-tu pas baisé avec Sheldon aussi?

— Peut-être une petite fois… ou deux…

— Comment dit-on «CQFD» en anglais ? lui demandais-je alors que Pierre éclatait de rire.

Le miroir du stupre

24 mars 2011

Nous sirotions toutes deux un latte lorsque ma chérie aperçut une de nos connaissances communes, une jeune femme toute blonde et toute menue qui nous sourit et nous salua de la main avant de quitter le café en coup de vent.

— Quand même, quelle salope… me dit-elle avec une moue dédaigneuse.

— Tu crois?

— J’en suis sûre. Ça se voit dans ses yeux.

— C’est drôle que tu en parles. Pas plus tard qu’hier, Marie ne tarissait pas d’éloges à son sujet. Elle me disait à quel point elle était gentille, serviable et raisonnable, à quel point elle aurait voulu qu’Anaïs, son ex, soit comme elle…

— Pfff. On voit bien que Marie ne l’a jamais vue à genoux derrière le comptoir du bar avec la queue d’un parfait inconnu dans la bouche.

— Oh!

— Et qu’elle ne l’a jamais vue se pencher, le chemiser ouvert, devant un groupe d’adolescents, en pinçant ses mamelons et en se léchant les lèvres d’un air lubrique.

— Vraiment?

— Elle ne l’a pas vue non plus sans sa culotte, couchée sur le dos les jambes en l’air sur le parquet, s’offrant à tous les hommes qui veulent bien d’elle et qui rigolent en se rebraguettant après lui avoir rempli la moniche de foutre.

— Et bien ça, alors…

— Et je parie que Marie ne l’a jamais vue jouir, la bave coulant sur ses joues comme une possédée, les yeux révulsés et les jambes s’agitant dans tous les sens, un juron à la bouche et une pine enfoncée dans son cul.

— Tu as vraiment tout vu cela? lui demandai-je, incrédule.

— Je te l’ai dit : ça se voit dans ses yeux, me répondit-elle avant d’avaler d’un trait son café refroidi.

Ballade printanière

22 mars 2011

Dès que je pose le pied sur le trottoir, je me prépare mentalement à jouer. À la base, le principe du jeu est simple : le premier homme que je croise, je le suce. Le second me baise et le troisième m’encule. Quant aux femmes, la première me fait minette, je lèche la deuxième et je prends la troisième avec mon gode ceinture.

Selon les règles strictes que je me suis imposées, j’ai le choix de commencer le jeu quand bon me plaît, mais je dois ensuite en assumer les suites : même si le second ou le troisième soit laid, vieux, puant et repoussant, je dois quand même les laisser me fourgonner. Idem pour la deuxième, que je dois gamahucher même si je soupçonne que ça chatte empeste le hareng saur défraîchi. C’est un sale jeu, va sans dire, mais je dois boire la coupe jusqu’à la lie, c’est une question d’honneur. S’il s’agit d’un groupe, la lecture se fait de gauche à droite. S’il y a ambiguïté de sexe chez un individu, comme cela arrive fréquemment, il/elle est valable pour les options orales et pour le gode ceinture, mais s’il/elle tombe sur «baise-moi» ou «encule-moi», il/elle passe son tour. Les enfants et les chiens sont exclus d’office, mais il m’est arrivé — à ma très grande honte — de faire entorse à ce règlement.

Le jeu se termine lorsque, de retour à la maison, je referme la porte derrière moi, la chair à vif et les nerfs tendus comme les cordes d’un violon.

« Toute l’écriture est de la cochonnerie »

15 novembre 2009

— Antonin Artaud, Le Pèse-Nerfs

J’ai les nerfs à vif, la cuisse tremblante et à la bouche ce goût métallique et animal qui annonce l’arrivée des copulations suintantes. Mon sexe est une bouche qui tète désespérément le vide qui l’entoure, il est une outre bordée de fines dentelles qui laissent s’écouler un filet d’encre chaude et dense qui trahit mon impatience. J’ai besoin de contacts appuyés, d’une langue conquérante capable de soumettre tous les plis de mon épiderme, capable de faire baigner de fluides tous mes engrenages. J’ai besoin de doigts frais comme des chairs d’enfants se déposant sur mes nymphes pour ensuite fouiller ma plotte et mon cul, mon arrière-train sans arrière-pensée, sans tenir rigueur de mes cris et de mes halètements. J’ai besoin d’une bite, d’une bite longue, noueuse et torturée comme un récit obscène, une queue dense et juteuse aussi effrayante que la pine odieuse de Lucifer, aussi impétueuse qu’une ode pindarique, un organe si démesuré qu’il serait capable à lui seul de faire basculer toute la civilisation dans la barbarie, dans la folie vénérienne et reptilienne, capable de dissoudre toute la littérature dans le flot acide de son suc séminal.

Ma vraie nature

9 janvier 2007

Ne croyez pas que je suis concupiscente. Non, je suis juste… serviable.

Printemps-été

18 février 2003

Quelle tragédie que cet hiver interminable pour une femme qui aime tant la rue! Et pas seulement pour y faire la révolution… que le printemps revienne pour que je puisse enfin être admirée comme je le mérite!

Mais ce qui m’allume, ce qui me rend folle, ce n’est pas tant les regards envieux que la facilité déconcertante de la séduction. Les possibilités sont carrément infinies. Tous ces hommes soumis à mon doigt, à mon œil, prêts à piétiner leur contrat de mariage pour cracher quelques gouttes de semence… un signe de l’index, une œillade et ces messieurs costumés et cravatés, court-le-fric fats et prétendument sérieux, se transforment en gamins lâchés dans une chocolaterie. Je les kidnappe, les emmène n’importe où pour faire n’importe quoi. Le lieu les indiffère: la chambre d’hôtel, la banquette arrière de la voiture, les toilettes du restaurant, le rayon lingerie des grands magasins, les cabines de vidéo-peep show, en autant qu’ils puissent mettre leurs vilaines papattes sur ma petite personne.

Ils ont tous les vices: l’exhibitionnisme tremblant, la tendresse lubrique, la culpabilité violente, le coït sportif, l’impuissance masochiste. Mais les plus émouvants sont ceux qui zieutent en cachette. Les frustrés, refoulés à lunettes, les inavoués, les escargots en détresse. Cachés derrière un journal, leurs yeux s’exorbitant vers moi, je suis leur rêve. Qu’ont-ils au foyer? Une épouse tout aussi fanée qu’eux, amère, déçue, désillusionnée, acariâtre peut-être. Ou bien tout simplement personne, rien que le triste lavabo avec la petite glace au-dessus dans laquelle ils contemplent leur solitude. Quand je leur adresse un sourire, ils s’éloignent, reviennent sur leurs pas, arpentent le trottoir. Éperdus, malhabiles, ils n’osent pas: je suis juste un peu trop. Trop belle, trop facile, trop gratuite, trop irréelle. Parfois, après avoir ramassé tout ce qu’ils ont de courage, ils se présentent à moi comme à l’autel de Vénus. «Où va-t-on?» bégaient-ils. «Pour quoi faire?» dis-je, hautaine… ils virent au rouge, transpirent. Leur faible chair s’abandonne à moi, déesse inespérée.