Objets

3 textes sous la rubrique Objets

Suzie étant ce qu’elle est, je ne fus pas surprise outre mesure de la surprendre dans mon lit en train de se masturber. Je détournai immédiatement le regard en lui disant:

— Oh, excuse-moi ma puce, je vais revenir quand tu auras terminé.

— Non, reste, rétorqua Suzie. J’essaie quelque chose de différent ce soir. Regarde, c’est vraiment fort.

Elle souleva les couvertures, et je vis un petit bonhomme vert qui se tordait, enfoncé jusqu’à la taille dans son vagin qui le dévisageait avec ses yeux globuleux.

— Bonjour m’sieur Gumby… le saluais-je poliment. Quelle sensation ça vous fait de patauger là-dedans?

— Si j’écarte suffisamment les cuisses, je peux marcher en le gardant bien enfoncé en moi, dit-elle en sortant du lit.

Elle sautilla sur place comme pour faire la démonstration de la justesse de ses dires. Gumby s’accrochait toujours dans sa cachette, la tête à l’envers et le regard ahuri.

— Décidément, je n’ai jamais rien vu de tel – et je suis abonnée à Télétoon Retro. Que sait-il faire de plus?

— Gumby a l’épiderme très lisse, avec juste assez de friction pour le rendre adorable. Je suis accro, je crois que je vais le demander en mariage: ses caresses me rappellent celles de la gomme à effacer Staedtler.

— Tu te rappelles la fois où on s’était amusées avec des gommes à effacer? Les blanches, celles au bout des crayons, et puis la rugueuse qui sert à effacer l’encre…

— Ouais. Mais pas la grosse rose, celle qui s’effritait dans ma chatte…

— Oui! Elle faisait des miettes qui se mêlaient à ton jus et allaient se coincer entre mes dents.

— On dirait bien que ce n’est pas un problème pour ce cher Gumby, qui m’a tout l’air de savoir garder toute sa contenance dans les situations les plus délicates…

— Ça ne te dérange pas si je lui serre la main, pour le féliciter?

— Pourvu que tu la lui serres vigoureusement et longuement, moi ça me va.

– Anne… nous ne devrions pas être ici…

– Avoue que c’est excitant!

Émilie hocha la tête. Depuis son embauche au collège comme prof de comptabilité, j’avais pris sur moi de l’entraîner toujours un peu plus loin sur la pente du vice, l’initiant à des actes pervers qu’elle n’avait jamais osé imaginer commettre même dans ses rêves les plus fous, comme boire son café en classe et porter des jeans ajustés le vendredi. Entrer nuitamment et par effraction dans le bureau du directeur des études représentant évidemment un pas supplémentaire et décisif sur le chemin de l’enfer.

Voyant qu’elle hésitait à plonger tête première dans l’antre du malin, je la pris par la main et lui dit :

– Allons Émilie, tu sais que cet homme est un immonde salopard.

– Je sais qu’il te harcèle sans raison au sujet de ton enseignement, mais… nous risquons toutes les deux d’êtres foutues à la porte, non?

– Tu t’inquiètes encore pour rien. Qu’est-ce que tu peux être godiche, chérie! Nous allons seulement jouer un peu à cache-cache avec ses accessoires directoriaux, c’est tout.

– Même quand j’étais à la petite école, je détestais ce jeu. J’étais toujours la première à me faire attraper.

– Émilie, c’est avec moi que tu joues maintenant. Impossible de perdre.

Je laissai ma main s’aventurer sur son flanc. Émilie frissonna et ferma les paupières en soupirant. Je fis sauter les deux derniers boutons de sa blouse pour me donner suffisamment d’espace pour caresser son ventre soyeux, puis ses seins si menus qu’ils ne pourraient jamais justifier un budget trimestriel de fine lingerie. Tout en poursuivant mes explorations mammaires, je glissai ma main gauche entre ses cuisses et pinçai la couture double de l’entrejambe de son jeans. Émilie ouvre les yeux et me regarda d’un air désapprobateur, en hochant de la tête.

– Je sais que tu en as envie, lui dis-je tout simplement en parcourant du doigt la couture qui séparait, sous le tissu, les plis de sa chatte.

Elle referma les yeux, ce que je reçus comme un blanc-seing. Je frottai ainsi vigoureusement la toile rude et souple du denim avec trois doigts, en accélérant la cadence, jusqu’à ce ses muscles se tendent, que son bassin s’agite.

– Tu vois? lui soupirais-je à l’oreille. Pour être contentée, il faut parfois laisser tomber un peu les comptes en T.

Émile trembla, crispée, le souffle coupé et le visage écarlate. Lorsque son corps se fut relâché, je lui demandai:

– Alors? Le bilan de l’exercice est-il positif?

–Ouf! soupira-t-elle pour seule réponse.

– Trêve de badineries, il est l’heure de jouer à chache-cache! ajoutai-je.

– Je te l’ai dit, je déteste ce jeu, commenta Émilie en reprenant son souffle.

– Pfff. Tu n’aimais probablement pas non plus dépasser les lignes dans ton cahier à colorier quand tu étais petite. Mais ne vois tu pas à quel point dépasser les bornes peut être agréable?

Émilie me sourit puis attrapa le coupe-papier du directeur. Sa poignée était longue, douce et épaisse.

– Je connais la cachette parfaite pour ce truc, me dit-elle en souriant malicieusement.

J’avais dix-sept ans lorsque j’ai rencontré Monsieur Bleubleu. J’étais alors obsédée par mon prof de philo, folle à lier d’amour. Je guettais son arrivée chaque matin, monopolisais ses heures de bureau, buvais chacune de ses paroles, riais comme une idiote à toutes ses blagues. Une vraie midinette.

Un jour, il se présenta en classe avec Monsieur Bleubleu, un gros feutre à encre permanente en métal avec une pointe biseautée de marque Dixon. «Demandons à Monsieur Bleubleu de nous épeler ce mot difficile» nous disait-il en rigolant, chaque fois qu’il écrivait au tableau à feuilles. Ce surnom enfantin, ajouté au caractère éminemment phallique de l’objet, me fit craquer. J’adorais le voir manier Monsieur Bleubleu de sa main robuste, lorsqu’il l’empoignait virilement pour le faire glisser sur la feuille vierge.

Lorsque quelques cours plus tard il plaça Monsieur Bleubleu dans la poche avant de son jean, créant une protubérance des plus suggestives, ma cervelle flancha. Les nerfs à vif, je profitai de la pause pour chaparder Monsieur Bleubleu, avec l’intention confuse de le conserver comme une relique. L’objet du délit dissimulé dans ma manche, je me faufilai discrètement dans le couloir. L’excitation du vol, ajoutée à celle de la leçon, empourprait mon visage. J’allai me réfugier dans les toilettes, où je m’installai dans la première cabine disponible pour contempler mon butin.

Assise sur la cuvette, Monsieur Bleubleu à la main, qu’avais-je d’autre à faire? J’ai relevé ma jupe, retiré mes sous-vêtements et me suis assise sur la cuvette. J’ai étendu mes jambes autant que je pouvais et ai commencé à faire glisser Monsieur Bleubleu, le dos appuyé contre le réservoir de la chasse d’eau, pour faciliter la besogne. My gode! Que Monsieur Bleubleu se sentait bien au chaud en moi! Il me baisait comme un chef. Et, heureusement pour moi, il s’est abstenu éjaculer son sperme indigo lorsque je déclarai forfait.

Mon crime accompli, je me demandai ce que je devais faire de Monsieur Bleubleu. Le rendre innocemment à son propriétaire, dans l’espoir qu’il le porte à sa bouche? Le donner à ma copine Nadine, aussi folle que moi du beau Trang? En faire don à l’Armée du Salut pour les enfants nécessiteux? Après avoir longuement réfléchi à ce dilemme moral, je décidai tout simplement de le garder avec moi. Depuis, Monsieur Bleubleu viste régulièrement les toilettes publiques en ma compagnie. Son encre s’est tarie depuis longtemps, mais il reste le compagnon tout désigné d’une femme de lettres.