Textes portant l'étiquette « Pornographie »

Sale obscur

29 janvier 2009

― Je ne comprendrai jamais les straights, soupira Pierre en remuant son café.

― Bon, voilà l’hétérophobe qui recommence! commentai-je en levant les yeux au ciel.

― Je me suis rendu dans un cinéma porno le week-end dernier. Un cinéma où on présente des films hétéro.

― Ça existe encore? demandai-je, surprise. Internet ― non, les magnétoscopes! ― ne les a pas déjà tous tués?

― Apparemment non. Et laisse-moi te dire que l’action était plus intéressante dans la salle que sur l’écran!

― Connaissant ton aversion pour le sexe féminin, je ne suis pas trop surprise… surtout lorsqu’il se fait bourrer en gros plan!

― Tu parles! Lorsque mes yeux se sont habitués à la noirceur, j’ai vu qu’au fond, dans les derniers rangs, il y avait des vieux qui visiblement se polissaient le chinois de concert. Il y avait aussi un jeune latino aux cheveux longs qui n’arrêtait pas d’amener des mecs aux toilettes à l’avant, sur le côté droit de l’écran.

― Rien de bien surprenant. Je ne vois pas pourquoi tu en fais tant un plat, dis-je avant de croquer dans mon spéculos.

― Attends la suite. Il y avait un jeune, plutôt beau gosse, assis directement devant moi. Lui aussi se branlait, évidemment. Après quelques minutes, un costaud vêtu de cuir de la tête aux pieds est venu s’asseoir à côté de lui. Ça n’a pas été bien long avant que le lascar ne prenne les choses en main; le kid a fini par lui mettre une main sur la nuque et tirer sa tête vers le bas…

― Et tu ne t’es pas jeté dans la mêlée? Franchement, ça me surprend de toi…

― Disons que j’étais trop stupéfait pour réagir. Sur l’écran, une plotte se faisait farcir en gloussant pendant que juste en dessous, au vu et au su de tous, une demi-douzaine de mâles suçaient les queues qui voulaient bien se présenter à eux. Lorsque l’un deux remonta l’allée pour quitter, il avait encore la barbe engluée de foutre.

― Je ne vois toujours pas pourquoi tout ceci te bouleverse à ce point. À ce que je sache, tu as participé à des orgies autrement plus déchaînées avec tes petits copains, lui dis-je en étouffant un bâillement.

― En sortant, j’ai discuté avec le bonhomme du guichet, qui s’est avéré être le proprio. Il m’a dit que la scène dont j’avais été le témoin n’avait rien d’inhabituel. En fait, je n’avais rien vu; le soir précédent, un jeunot s’était foutu à poil sur la scène et s’était fait enculer par tout l’auditoire. Mais tu sais ce qui est le plus choquant?

― Non, quoi?

― Il m’a dit que la seule fois qu’il a osé projeter un film gay, toute la salle est sortie pour se plaindre. Certains ont même réclamé un remboursement!

Interloquée, je fixai mon ami.

― Je ne comprendrai jamais les straights, soupira Pierre en remuant son café refroidi.

Le terrible incident du mah-jong de Terrebonne

8 décembre 2008

«Marjorie est enfin partie au mah-jong… parfait!»

Roger installa La revanche des naines partouzardes dans son lecteur DVD, étala ses numéros préférés d’Amputées asiatiques sodomisées sur le parquet, se glissa dans la robe du dimanche de sa femme, ajusta avec précaution sa perruque blonde, tartina ses lèvres d’une généreuse couche de rouge puis enfila son masque à gaz. Ensuite, il lubrifia consciencieusement Tonnerre noir puis, à force de grimaces et de soupirs, réussit tant bien que mal à l’enfoncer dans son derrière jusqu’à la garde. Devant lui, langoureusement étendue sur le fauteuil de cuir noir, Dolly la brebis gonflable le regardait d’un œil concupiscent.

«Tu es certaine que ça ne dérangera pas Roger si nous utilisons ton salon pour notre partie de ma-jong?» demanda Rita, qui suivait Johanne, Agnès et Emma dans l’entrée du bungalow. «Pas du tout!» répondit Marjorie, trousseau de clés à la main. «Il sera enchanté et agréablement surpris.»

Le mot, l’image et la sécrétion

15 septembre 2007

Dans ma courte existence, j’ai dû lire des milliers et des milliers de pages de littérature obscène, mais — je l’avoue bien humblement — je n’ai consommé que très peu de pornographie audiovisuelle.

Pour ce que j’ai pu en observer, une des différences fondamentales entre les deux genres est l’absence flagrante, dans les vidéos, de ces détails triviaux que sont la morve, la sueur, le cérumen, le sang, les excréments. Par exemple, les rapports anaux sont étonnamment propres, faciles, aseptisés même. En fait, la seule humeur qui semble avoir le droit d’exister au grand jour est le sperme, à un tel point qu’il est inimaginable, dans ce genre de représentation, d’oser éjaculer ailleurs que sur le visage de sa partenaire.

Oh, et la salive me semble particulièrement sous-exploitée. Pourtant, que serait l’amour sans elle?

On the road

25 juin 2007

En balade avec Simone et Lou, je suis fascinée par les trois lettres qui apparaissent sur les plaques minéralogiques. Hélas, je n’ai pas encore vu le CON, le CUL ou le ZOB, ni le ASS, le CUM ou le SEX, mais je ne désespère pas.

Procrastination

18 mai 2007

Simone m’a fait remarquer que j’invente chaque trimestre une nouvelle façon de perdre mon temps pour éviter de corriger les copies de mes étudiants. Je déclare donc officiellement que mai 2007 est le mois officiel de la typornographie.

Ma vie secrète

5 mai 2007

Je suis la pornographe du typographe et je ne manque pas de caractères.

Cheap thrill

2 mai 2007

Assise ce midi sur les marches de l’escalier du collège pour prendre un peu d’air. Sur le trottoir, quelques pages arrachées d’une revue pornographique qui baignent à moitié dans une flaque d’eau, dont une photo en très gros plan d’une baveuse fellation. Je mastique mon sandwich en comptant les passants qui ralentissent le pas, les yeux rivés sur le sol.

Prête à tout pour être satisfaite

18 avril 2007

C’est alors qu’elle le surprit à zieuter de la pornographie sur Internet: une fille au postérieur particulièrement rebondi se faisant écarquiller par derrière et en gros plan par un mat de cocagne aux veines violacées; des doigts bizarrement manucurés agaçant la connette béante avec la passion de celle qui en a vu d’autres.

— Qu’est-ce que c’est que ça? dit-elle, attrapant ses épaules par derrière, sur un ton feignant impeccablement l’indignation outrée.

— Ce n’est rien. Juste… des trucs, répondit-il, penaud.

Sur l’écran, l’oignon plissé se faisait bourrer de plus belle.

— Juste des trucs?

La pimbêche numérique se mit à couiner son plaisir virtuel.

— Elle a l’air d’aimer, articula-t-il timidement. Je ne sais pas… peut-être qu’on… qu’on pourrait essayer…

Elle se glissa devant lui et s’assit sur ses cuisses.

— Tu crois? dit-elle, sentant la trique sous ses fesses prendre la forme de celle qui s’agitait les pixels sur l’écran.

Les deux hommes soupirèrent.

— Pour tout de suite, essayons plutôt ceci… dit-elle en tapant « tiffany.com » dans la fenêtre du fureteur.

Prière de la pornographe

24 janvier 2007

Sainte Marguerite de Cortone
Patronne des prostituées
Toi qui t’abandonnas toute entière aux exigences impétueuses de la chair,
Toi qui connus toutes les joies sublimes et foudroyantes de la débauche,
Toi qui fus vierge, mère, maîtresse, mystique, putain et stigmatisée
Toi qui te fis refuser le voile parce que tu étais trop belle
Toi qui trouvas ton amant assassiné au pied d’un arbre
Fais que je sois toujours pleine de désir

Sainte Marguerite de Cortone
Patronne des érotographomanes
Toi qui, pour racheter tes errements, fis pénitence publique
En te promenant dans les rues, montée par un ânier
Qui dans les rues criait ton passé en n’omettant
Aucune impudeur, aucune obscénité
Apprenant ainsi aux bourgeois effarés
Une multitude de péchés délectables
Qu’ils n’auraient jamais eu la liberté
Ou même l’imagination de commettre
Fais que je puisse toujours crier mon désir

Amen.