Répression

5 textes sous la rubrique Répression

Des amis à moi qui viennent d’avoir leur premier enfant se sont achetés une minifourgonnette. Ce qui, en soit, est dans l’ordre naturel et nord-américain des choses : d’abord, on forme un couple, ensuite, on tombe en cloque, on s’hypothèque une maison en banlieue et après, on se lance dans l’achat d’un véhicule familial dont la livraison précède de quelques jours l’accouchement. Ne reste plus ensuite qu’à se marier, se procurer un chien, des appareils électroménagers, un cinéma-maison et des anxiolytiques à profusion pour oublier la dépression nerveuse et voguer tranquillement sur le long fleuve tranquille du bonheur. Sur cette minifourgonnette, le concessionnaire à eu l’idée géniale d’apposer un autocollant arborant fièrement le slogan de son commerce: «La famille et l’amour, des valeurs sûres!». Lorsque je fis remarquer la chose à ma copine, elle fit la moue et me dit: «Je sais, c’est horrible d’associer des valeurs si belles et si fondamentales à un vulgaire paquet de tôle motorisé!»

Je n’ai pas osé la contredire, mais il est flagrant selon moi que ce n’est pas elle qui a raison mais bien Toyota Gatineau. Le consumérisme, la famille et l’amour sont bel et bien des institutions inextricablement liées, des mécanismes de pouvoir donc le but principal est de nous asservir. Si nous voulons vraiment nous réapproprier nos vies dans leur totalité, si nous voulons vraiment libérer nos désirs des griffes de la peur et de la domination, il est nécessaire de s’attaquer à ces institutions qui peuvent nous sembler à priori éternelles et immuables. Il faut s’y attaquer et les détruire comme nous le ferions avec toutes les autres institutions qui nous asservissent.

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Lorsque j’entends les autorités religieuses décrier obsessionnellement les relations sexuelles, je me dis qu’il y a là une leçon importante à tirer: il ne faut jamais avoir de relations sexuelles avec les autorités religieuses.

Ma petite cousine, ne sachant plus quoi répondre à l’infirmière scolaire qui ne cesse de l’assommer avec ses conseils d’un autre âge, a demandé à sa tante préférée de rencontrer cette harpie dans l’espoir qu’elle finisse par lui lâcher un peu la grappe.

Je tentai donc de lui expliquer qu’elle ne devrait pas parler seulement d’abstinence aux jeunes, mais aussi de contraception, de relations orales et anales, d’homosexualité et — tant qu’à y être — d’amour. Elle me répondit que si l’école se met à enseigner de telles choses, les adolescentes sexuellement actives seront de plus en plus nombreuses et de plus en plus jeunes… ce qui aura des conséquences funestes pour la société.

— Il ne faut pas que l’école donne aux jeunes le goût d’avoir des relations sexuelles avant le mariage, me dit-elle fermement, au moment de nous quitter.

— Si j’étais vous, je ne m’inquiéterais pas, lui répondis-je en souriant. L’école essaie de donner le goût de la littérature et des sciences aux jeunes depuis des décennies et ça n’a pas trop l’air de fonctionner…