Saphisme

41 articles tagged as Saphisme

Un autre extrait de ce carnet qui date de la fin des années quatre-vingt-dix, qui raconte une anecdote encore plus ancienne – j’avais quinze ou seize ans, je crois.

Hier soir, je suis sortie du cinéma après la dernière représentation et j’ai marché vers l’arrêt d’autobus. Je n’arrêtais pas de penser à cette scène entre la dame plus âgée et la jeune héroïne. Il ne se passait pas grand-chose, mais la tension érotique entre les deux était palpable, presque insoutenable pour le public – en tout cas, elle l’était pour moi, ça c’est certain. Ça m’avait rendue tout chose / ça m’avait mise toute chaude / au point de sentir mes mamelons durcis frotter désagréablement contre mon chemisier. Et puis, je n’aurais pas dû porter ce pantalon, il est un point trop serré et ça contribuait à mon inconfort. J’aurais juré qu’on pouvait entendre le bruit de friction baveux que faisait ma chatte à chacun de mes pas. J’étais brûlante de fièvre – ou de désir. À moins que ce soit les deux à la fois.

La nuit était douce et les rues étaient mal éclairées, désertes, mais remplies d’ombres menaçantes. La peur s’est ajoutée à mon émoi, si bien que j’étais salement excitée, sous l’empire de l’instinct de conservation qui pousse la femelle à fuir et à copuler. Et puis il y avait ce foutu pantalon qui me sciait les fesses. J’ai essayé de marcher lentement, pour atténuer les sensations. J’espérais que toute cette sueur, que toutes ces humeurs qui suintaient de mon corps resteraient discrètes. J’ai tellement ralenti le pas que j’arrivais à peine à marcher. Tout ce que je voulais, c’était me rendre à l’abribus et m’asseoir pour me reposer pendant quelques minutes et reprendre un semblant de contenance. Retrouver une forme humaine.

Sauf qu’il fallait que j’arrive à temps pour ne pas manquer le dernier bus. Quand j’ai eu enfin la présence d’esprit de regarder ma montre, j’ai bien vu que j’étais en retard. Je me suis donc mise à courir.  Le tissu s’est remis à frotter sur ma chatte de façon insupportable. Je sentais mon excitation monter. J’ai regardé ma montre. Je me suis précipitée vers l’abribus; il y avait un banc libre. Trop tard : j’ai senti l’orgasme monter, exploser et irradier à travers mon corps. J’ai essayé de garder le silence et ma dignité, mais je savais que j’étais rouge, brûlante et en nage – et que mon pantalon était taché.

Je me suis assise sur le banc et quand j’ai levé les yeux, il y avait une femme me regardait en souriant.

Chloé était assise à califourchon sur mes cuisses et renversait son bassin vers l’arrière juste assez pour me permettre de fourrer vigoureusement mes doigts dans sa chatte. Quand elle se mit à gémir, je la bâillonnai avec ma main libre et lui sifflai un «chut!» réprobateur. J’attendis que ses soubresauts et ses tremblements de jouissance cessent avant de retirer mes mains de ses lèvres du haut comme celles du bas. Lorsque, blottie contre moi, elle eut repris son souffle, elle chuchota à mon oreille :

— Tu n’avais pas à faire ça. Il met des bouchons d’oreilles avant d’aller au lit. Et puis, il ne risque pas de se douter de quoi que ce soit; ça dépasserait son entendement.

— Parce qu’il croit que je suis la vieille amie que tu fréquentais à l’université – et non la petite amie que tu baisais avant d’obtenir ton diplôme et te convertir par magie à l’hétérosexualité?

— Es-tu en train de me traiter d’hypocrite?

— Non, Je suis seulement en train de te traiter de LUG. « Lesbian until graduation ».

— LUG… ça sonne un peu trop bois de chauffage à mon goût.

— Pourtant, je te trouve encore très chaude… pour une épouse de banlieue, s’entend.

— Ça ne me plait pas du tout, LUG. Ça sonne comme une insulte. Comme si on n’avait pas le droit dans la vie d’explorer sa sexualité et de changer de préférences.

— Meh. Who cares. C’est juste un mot, comme ça.

— Et puis, c’est en anglais. Je déteste ce slang américain qui vient continuellement salir notre belle langue française qui est si menacée au Québec.

— Bon. Tu es une LUG de souche, par-dessus le marché. C’est vraiment la fin des haricots.

— Ne te moque pas de moi!

— Je ne me moque jamais quand il s’agit de toi. J’ai eu de la peine quand on s’est perdues de vue, tu sais.

— Pfff. N’essaie pas de me faire croire que je t’ai brisé le cœur.

Mes yeux commençaient à s’humidifier un peu trop, alors je décidai de faire dévier légèrement la conversation.

— C’est un chouette mari que tu t’es dégottée là, dis donc.

— Oui, il est génial. Et vous avez eu l’air de bien vous entendre tous les deux, ce weekend. J’avoue avoir été agréablement surprise.

— Tu t’attendais à quoi? À un combat de coqs? Qu’on joue à celle qui pisse le plus loin? Je dis « celle » parce que je suis certaine que j’aurais gagné, hein…

— Nounoune!

— Tu aurais voulu que je te supplie de le plaquer là avec ses morveux et son split-level pour te sauver avec moi sur mon blanc destrier? Désolée chérie, mais je ne sors pas avec les filles straight.

— Tu ne fais que les baiser, à ce que je constate…

Je l’embrassai avec toute la tendresse dont j’étais capable, puis lui dit :

— Je voulais juste rappeler à la LUG ce qu’elle manque depuis qu’elle reste au foyer.

— Oh! Oh! Ok, ça suffit… je ne suis plus capable d’en prendre.

— Mais… tu avais dit que tu aimais le sexe oral !

— Bien sûr ! Sauf que… si je jouis ne serait-ce qu’une seule autre fois, je pense que je vais tomber dans le coma.

— Ben là… je ne faisais que commencer.

— Commencer? Ça doit faire une heure que tu me dévore le bonbon comme une ex-gréviste de la faim dans un Dairy Queen !

— J’ai commencé à trois heures.

— Et alors ?

— Il est seulement trois heures six.

— Ben là…

— Je peux continuer ?

— C’est le changement d’heure, nounoune! Tu m’as léché la fente pendant le passage à l’heure normale!

— Slurp slurp slurp !

— Oh! Oh!

Quand je suis allumée, quand j’ai le feu au cul
Je suis excitée en ton honneur.
Quand je cours me cacher dans ma chambre
Pour soulager la tension du mieux que je peux
Je verrouille la porte en ton honneur.
Quand je passe mon t-shirt par-dessus ma tête
Je l’envoie valser à travers la pièce en ton honneur.
Quand je laisse tomber mon vieux jeans sur le parquet
Je fais glisser ma culotte en ton honneur.
Quand je sors ma copie de Passions saphiques au collège
Du tiroir où je cache mes plus obscures perversions
Je lis un passage bien juteux en ton honneur.
Quand je m’assois sur le lit, jambes écartées
Sur l’édredon – cul nu calé contre l’oreiller
Je fais courir deux doigts sur ma fente en ton honneur.
Quand je glisse une main sous mon soutif
Je pince un mamelon tout durci en ton honneur
Quand j’attrape mon vibro préféré
Celui qui gronde comme les cavaliers de l’Apocalypse
Je l’enduis généreusement de KY en ton honneur.
Quand je le frotte tout autour de mon clito
Et que des ondes délicieuses me transpercent
Transverbérée par la pureté de l’amour charnel
Je me laisse bercer par la houle en ton honneur.
Quand j’échappe et laisse choir mon bouquin
Que j’imagine tes flammes capillaires soyeuses
Caressant l’intérieur de mes cuisses
Mes orteils se crispent en ton honneur
Quand je me sens tanguer comme dans un bateau ivre
Quand je bascule dans l’abysse aveuglant du plaisir
Quand le plaisir en cascades vient épicer mon sang
Je détrempe et embaume mes draps en ton honneur.
Et quand tout est rangé, que le tiroir est refermé
Que j’ai repris à peu près forme humaine
J’essuie tout ce charmant désordre en ton honneur.

— Encore en train de lire tes romans de dino-cul ? demanda Véronique.

— Pour ta gouverne, ça s’appelle de l’érotisme dinosaurien et c’est excellent, répondit Julie dans lever les yeux de son Kindle.

— Tu es trop weird pour cette planète, chérie.

— Je pense que tu n’as pas de leçons de normalité à me donner, madame je-couche-avec-n’importe-quoi-du-moment-que-ça-respire-encore.

— Je vais faire semblant que je n’ai pas entendu cette remarque: j’ai trop hâte de te donner ta surprise.

— Une surprise? Pour moi? Chouette! J’adore les surprises!

— Déshabille-toi et je te montre.

— Okidoki ! dit Julie en faisant glisser ses pantalons de survêtement.

Nue sur le lit, elle figea de stupeur en voyant Véronique revenir dans la chambre.

— Fuck ! Véro… où as-tu trouvé ce monstre?

— Le masque ou le strap-on?

— Les deux !

— J’ai commandé le gode-ceinture en ligne il y a quelque temps. Je suis allée le chercher au bureau de poste ce matin, répondit Véronique en badigeonnant généreusement le phallus factice de lubrifiant. Quant au masque de lézard… il était dans la boîte d’objets perdus du bureau depuis l’Halloween.

— Quelle forme bizarre, on dirait vraiment une bite de reptile.

— Merci mon dieu pour internet, qui rend accessible à masse tout ce qui est pervers, bizarre et ultra-marginal.

— Et aussi de trop grande taille. Ça ne rentrera jamais.

— Ben voyons. Tu es une athlète de la foufoune ; avec un peu de préparation mentale tu vas pouvoir la prendre comme une championne. Tu n’as qu’à imaginer que je suis le héros à cervelle de noix d’un de tes romans à la noix. Tiens, tu la vois, sa pine? Elle dégouline de liquide pré-éjaculatoire et préhistorique juste pour toi.

— Je ne sais pas, Véro, il est terriblement… OH !

— Tiens… c’est curieux, je n’aurais pas pensé pouvoir l’enfoncer si facilement.

— Shit, shit, shit, shit ! Je me sens sur le bord d’éclater.

— Tu veux que j’arrête ?

— Surtout pas ! Je veux pouvoir raconter à tout le monde que je me suis fait baiser par un Vérociraptor… soupira Julie en attrapant les sangles et en tirant son amante vers elle.