Saphisme

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Un autre extrait de ce carnet qui date de la fin des années quatre-vingt-dix, qui raconte une anecdote encore plus ancienne – j’avais quinze ou seize ans, je crois.

Hier soir, je suis sortie du cinéma après la dernière représentation et j’ai marché vers l’arrêt d’autobus. Je n’arrêtais pas de penser à cette scène entre la dame plus âgée et la jeune héroïne. Il ne se passait pas grand-chose, mais la tension érotique entre les deux était palpable, presque insoutenable pour le public – en tout cas, elle l’était pour moi, ça c’est certain. Ça m’avait rendue tout chose / ça m’avait mise toute chaude / au point de sentir mes mamelons durcis frotter désagréablement contre mon chemisier. Et puis, je n’aurais pas dû porter ce pantalon, il est un point trop serré et ça contribuait à mon inconfort. J’aurais juré qu’on pouvait entendre le bruit de friction baveux que faisait ma chatte à chacun de mes pas. J’étais brûlante de fièvre – ou de désir. À moins que ce soit les deux à la fois.

La nuit était douce et les rues étaient mal éclairées, désertes, mais remplies d’ombres menaçantes. La peur s’est ajoutée à mon émoi, si bien que j’étais salement excitée, sous l’empire de l’instinct de conservation qui pousse la femelle à fuir et à copuler. Et puis il y avait ce foutu pantalon qui me sciait les fesses. J’ai essayé de marcher lentement, pour atténuer les sensations. J’espérais que toute cette sueur, que toutes ces humeurs qui suintaient de mon corps resteraient discrètes. J’ai tellement ralenti le pas que j’arrivais à peine à marcher. Tout ce que je voulais, c’était me rendre à l’abribus et m’asseoir pour me reposer pendant quelques minutes et reprendre un semblant de contenance. Retrouver une forme humaine.

Sauf qu’il fallait que j’arrive à temps pour ne pas manquer le dernier bus. Quand j’ai eu enfin la présence d’esprit de regarder ma montre, j’ai bien vu que j’étais en retard. Je me suis donc mise à courir.  Le tissu s’est remis à frotter sur ma chatte de façon insupportable. Je sentais mon excitation monter. J’ai regardé ma montre. Je me suis précipitée vers l’abribus; il y avait un banc libre. Trop tard : j’ai senti l’orgasme monter, exploser et irradier à travers mon corps. J’ai essayé de garder le silence et ma dignité, mais je savais que j’étais rouge, brûlante et en nage – et que mon pantalon était taché.

Je me suis assise sur le banc et quand j’ai levé les yeux, il y avait une femme me regardait en souriant.

Chloé était assise à califourchon sur mes cuisses et renversait son bassin vers l’arrière juste assez pour me permettre de fourrer vigoureusement mes doigts dans sa chatte. Quand elle se mit à gémir, je la bâillonnai avec ma main libre et lui sifflai un «chut!» réprobateur. J’attendis que ses soubresauts et ses tremblements de jouissance cessent avant de retirer mes mains de ses lèvres du haut comme celles du bas. Lorsque, blottie contre moi, elle eut repris son souffle, elle chuchota à mon oreille :

— Tu n’avais pas à faire ça. Il met des bouchons d’oreilles avant d’aller au lit. Et puis, il ne risque pas de se douter de quoi que ce soit; ça dépasserait son entendement.

— Parce qu’il croit que je suis la vieille amie que tu fréquentais à l’université – et non la petite amie que tu baisais avant d’obtenir ton diplôme et te convertir par magie à l’hétérosexualité?

— Es-tu en train de me traiter d’hypocrite?

— Non, Je suis seulement en train de te traiter de LUG. « Lesbian until graduation ».

— LUG… ça sonne un peu trop bois de chauffage à mon goût.

— Pourtant, je te trouve encore très chaude… pour une épouse de banlieue, s’entend.

— Ça ne me plait pas du tout, LUG. Ça sonne comme une insulte. Comme si on n’avait pas le droit dans la vie d’explorer sa sexualité et de changer de préférences.

— Meh. Who cares. C’est juste un mot, comme ça.

— Et puis, c’est en anglais. Je déteste ce slang américain qui vient continuellement salir notre belle langue française qui est si menacée au Québec.

— Bon. Tu es une LUG de souche, par-dessus le marché. C’est vraiment la fin des haricots.

— Ne te moque pas de moi!

— Je ne me moque jamais quand il s’agit de toi. J’ai eu de la peine quand on s’est perdues de vue, tu sais.

— Pfff. N’essaie pas de me faire croire que je t’ai brisé le cœur.

Mes yeux commençaient à s’humidifier un peu trop, alors je décidai de faire dévier légèrement la conversation.

— C’est un chouette mari que tu t’es dégottée là, dis donc.

— Oui, il est génial. Et vous avez eu l’air de bien vous entendre tous les deux, ce weekend. J’avoue avoir été agréablement surprise.

— Tu t’attendais à quoi? À un combat de coqs? Qu’on joue à celle qui pisse le plus loin? Je dis « celle » parce que je suis certaine que j’aurais gagné, hein…

— Nounoune!

— Tu aurais voulu que je te supplie de le plaquer là avec ses morveux et son split-level pour te sauver avec moi sur mon blanc destrier? Désolée chérie, mais je ne sors pas avec les filles straight.

— Tu ne fais que les baiser, à ce que je constate…

Je l’embrassai avec toute la tendresse dont j’étais capable, puis lui dit :

— Je voulais juste rappeler à la LUG ce qu’elle manque depuis qu’elle reste au foyer.

— Oh! Oh! Ok, ça suffit… je ne suis plus capable d’en prendre.

— Mais… tu avais dit que tu aimais le sexe oral !

— Bien sûr ! Sauf que… si je jouis ne serait-ce qu’une seule autre fois, je pense que je vais tomber dans le coma.

— Ben là… je ne faisais que commencer.

— Commencer? Ça doit faire une heure que tu me dévore le bonbon comme une ex-gréviste de la faim dans un Dairy Queen !

— J’ai commencé à trois heures.

— Et alors ?

— Il est seulement trois heures six.

— Ben là…

— Je peux continuer ?

— C’est le changement d’heure, nounoune! Tu m’as léché la fente pendant le passage à l’heure normale!

— Slurp slurp slurp !

— Oh! Oh!

Quand je suis allumée, quand j’ai le feu au cul
Je suis excitée en ton honneur.
Quand je cours me cacher dans ma chambre
Pour soulager la tension du mieux que je peux
Je verrouille la porte en ton honneur.
Quand je passe mon t-shirt par-dessus ma tête
Je l’envoie valser à travers la pièce en ton honneur.
Quand je laisse tomber mon vieux jeans sur le parquet
Je fais glisser ma culotte en ton honneur.
Quand je sors ma copie de Passions saphiques au collège
Du tiroir où je cache mes plus obscures perversions
Je lis un passage bien juteux en ton honneur.
Quand je m’assois sur le lit, jambes écartées
Sur l’édredon – cul nu calé contre l’oreiller
Je fais courir deux doigts sur ma fente en ton honneur.
Quand je glisse une main sous mon soutif
Je pince un mamelon tout durci en ton honneur
Quand j’attrape mon vibro préféré
Celui qui gronde comme les cavaliers de l’Apocalypse
Je l’enduis généreusement de KY en ton honneur.
Quand je le frotte tout autour de mon clito
Et que des ondes délicieuses me transpercent
Transverbérée par la pureté de l’amour charnel
Je me laisse bercer par la houle en ton honneur.
Quand j’échappe et laisse choir mon bouquin
Que j’imagine tes flammes capillaires soyeuses
Caressant l’intérieur de mes cuisses
Mes orteils se crispent en ton honneur
Quand je me sens tanguer comme dans un bateau ivre
Quand je bascule dans l’abysse aveuglant du plaisir
Quand le plaisir en cascades vient épicer mon sang
Je détrempe et embaume mes draps en ton honneur.
Et quand tout est rangé, que le tiroir est refermé
Que j’ai repris à peu près forme humaine
J’essuie tout ce charmant désordre en ton honneur.

Elle me laisse la plupart du temps la regarder.

Certains soirs, elle me permet aussi de m’étendre derrière elle, quand elle dort sur ​​le flanc gauche sous le drap couvert de son écriture en pattes de mouches, de ces poèmes indéchiffrables qu’elle tisse des nuits entières, Pénélope infatigable, en attente de l’arrivée de l’homme éternel, de l’homme archétypal et abstrait, celui qui saura la compléter, celui qui donnera un sens à son existence, celui qui lui permettra enfin d’atteindre la plénitude. Moi, je ne suis qu’une femme, alors je ne compte à ses yeux pour pas grand-chose, pour moins que rien, en somme. Voilà pourquoi je peux me plier autour d’elle et la serrer moi, pourquoi je peux enrouler mes bras autour d’elle son corps, toucher sa peau et poser ma main délicatement sur sa conque vierge et nacrée jusqu’à ce qu’elle se recouvre de rosée.

Parfois, elle me permet de l’embrasser.

Nellie était à deux doigts de tout envoyer valser et d’entrer au Carmel.

L’homme qui avait promis sur internet de lui donner une fessée dont elle se souviendrait toute sa vie s’est, de peine et de misère, rendu à la deuxième claque, puis s’est mis à pleurer. Quant à l’autre, celui avec qui elle avait eu de longues conversations téléphoniques qui lui avaient mis le feu aux sangs… il ne pensait qu’à une seule lorsqu’elle se retrouva nue devant lui : qu’elle lui pisse au visage. Sans parler de son sadique cyclothymique préféré qui était trop déprimé pour répondre à ses courriels. La factrice la trouva, en larmes, assise sur les marches de l’escalier menant à la porte d’entrée de sa maison.

— Mais qu’est-ce qui vous arrive, ma p’tite dame?

Nellie leva vers elle ses yeux d’un bleu étincelant.

— Personne ne veut de moi… du moins, personne ne veut de moi de la façon dont je voudrais qu’ils me veulent.

La factrice la regarda de haut en bas et esquissa un sourire en apercevant ses seins lourds et ses courbes généreuses. Elle prit sa main et la conduisit dans la maison en lui disant:

— Je me prénomme Auréa, mais tu peux m’appeler Maîtresse.

Calée dans un énorme fauteuil de cuir noir, des volutes de cigare flottant au-dessus de sa tête, elle écarte suffisamment les cuisses pour me permettre de deviner la présence du gode qu’elle a soigneusement harnaché à son bassin. Vêtue d’un complet de tweed, les cheveux gominés et lissés par en arrière, elle fume et me débite son évangile en me regardant me déshabiller.

« La nature même de la fessée est la répétition – une cuisante répétition.

La crainte et l’expectative rendent chaque claque plus facile, mais aussi plus difficile. La simple promesse d’une correction peut marquer la chair plus fortement que la main.

Faire rougir les fesses est une belle et bonne chose, mais les meilleures fessées se font sentir dans la moelle des os et le grincement des dents plutôt que sur la peau.

Quand ma main souffrira de chaque impact, quand tes soupirs seront plaintifs et oppressés, quand tu soulèveras ton derrière pour recevoir le prochain outrage, je pourrai me dire qu’enfin, nous y sommes.»

Je répondrais bien «Amen» si ce n’était de ce foutu bâillon.

Jessica se rendit à la hâte aux cabinets pour se préparer à son rendez-vous habituel du mardi matin. Elle changea les piles de son œuf vibrant, le fit ronronner, puis le glissa dans sa chatte. Elle ajusta ensuite sa jupe et son sarrau, retoucha son rouge à  lèvres et, satisfaite de son apparence, retourna à son poste de travail.

À dix heures précises, Anne Archet entra dans le salon et salua la réceptionniste. Elle balaya le salon du regard, aperçut Jessica près du bac de lavage, lui fit un léger signe de tête et, sourire en coin, s’approcha d’elle.

Sans mot dire, Anne s’installa dans le fauteuil et laissa Jessica ajuster la cape de coupe.

— Comment vas-tu aujourd’hui?

— Très bien, Madame Archet.

— Est-ce que tout… bourdonne d’activité en ce moment ?

— Bien entendu, Madame.

— Parfait… parfait.

Anne se pencha en arrière, et ferma les yeux. Jessica ajusta la température de l’eau. Le jet tiède vint fouetter le cuir chevelu de la cliente qui, instinctivement, se mit à contracter rythmiquement les muscles de ses cuisses et à tortiller son popotin. La cape lui offrant toute l’intimité voulue, elle glissa sa main dans sa culotte, sous le regard bienveillant et professionnel de la shampouineuse.

— Ça me fait un bien fou, confessa-t-elle, les joues rougies.

— Ça va de soi, Madame Archet.

Jessica ferma le robinet. Penchée au-dessus de sa cliente, elle massa les cheveux avec le shampooing, rinça, puis répéta le même manège avec le revitalisant – en prenant bien soin de pétrir longuement la nuque de sa cliente à cet endroit précis, cet endroit connu d’elle seule qui chaque fois faisait chavirer sa cliente.

Anne, les yeux mi-clos et le regard plongé dans le décolleté deJessica, huma son parfum. Bien cachés sous la cape, ses doigts terminaient le travail, jusqu’au bouquet final.

Lorsqu’elle eut enfin repris ses sens, Anne chuchota à l’oreille de Jessica :

— Tu es une bonne fille. Il est temps à présent pour toi de gagner ton pourboire.

Elle regarda Jessica trembler, sentit ses doigts se crisper sur sa tête et savoura l’orgasme silencieux de la jeune femme.

* * *

— Même heure mardi prochain, Madame Archet? demanda la réceptionniste.

— Bien sûr. Et veuillez remettre ceci à Jessica, je vous prie.

Elle déposa deux billets de vingt dollars sur le comptoir et sortit du salon.

— Veux-tu bien me dire qu’est-ce que tu lui fais pour qu’elle te donne des pourboires pareils ? cria la réceptionniste à Jessica qui balayait le plancher.

— C’est une plotte à shampoing, répondit-elle laconiquement.

Suzie étant ce qu’elle est, je ne fus pas surprise outre mesure de la surprendre dans mon lit en train de se masturber. Je détournai immédiatement le regard en lui disant:

— Oh, excuse-moi ma puce, je vais revenir quand tu auras terminé.

— Non, reste, rétorqua Suzie. J’essaie quelque chose de différent ce soir. Regarde, c’est vraiment fort.

Elle souleva les couvertures, et je vis un petit bonhomme vert qui se tordait, enfoncé jusqu’à la taille dans son vagin qui le dévisageait avec ses yeux globuleux.

— Bonjour m’sieur Gumby… le saluais-je poliment. Quelle sensation ça vous fait de patauger là-dedans?

— Si j’écarte suffisamment les cuisses, je peux marcher en le gardant bien enfoncé en moi, dit-elle en sortant du lit.

Elle sautilla sur place comme pour faire la démonstration de la justesse de ses dires. Gumby s’accrochait toujours dans sa cachette, la tête à l’envers et le regard ahuri.

— Décidément, je n’ai jamais rien vu de tel – et je suis abonnée à Télétoon Retro. Que sait-il faire de plus?

— Gumby a l’épiderme très lisse, avec juste assez de friction pour le rendre adorable. Je suis accro, je crois que je vais le demander en mariage: ses caresses me rappellent celles de la gomme à effacer Staedtler.

— Tu te rappelles la fois où on s’était amusées avec des gommes à effacer? Les blanches, celles au bout des crayons, et puis la rugueuse qui sert à effacer l’encre…

— Ouais. Mais pas la grosse rose, celle qui s’effritait dans ma chatte…

— Oui! Elle faisait des miettes qui se mêlaient à ton jus et allaient se coincer entre mes dents.

— On dirait bien que ce n’est pas un problème pour ce cher Gumby, qui m’a tout l’air de savoir garder toute sa contenance dans les situations les plus délicates…

— Ça ne te dérange pas si je lui serre la main, pour le féliciter?

— Pourvu que tu la lui serres vigoureusement et longuement, moi ça me va.

C’était la soirée de Festivus, un peu après minuit, à l’heure où tous les esprits s’échauffent, même ceux des souris. La perche d’aluminium, préalablement extirpée de l’entretoit où on l’avait rangée l’an dernier, trônait fièrement, dépourvue de cotillons et de clinquant (qui sont, comme chacun sait, beaucoup trop agaçants) au centre du salon. Sur la table, gisaient les reliefs du repas et il ne restait que des miettes du traditionnel gâteau surgelé McCain décoré avec amour avec des M&M’s par la maîtresse de la maison. La formulation des griefs s’était déroulée dans les cris et l’indignation amusée, les exploits de force s’étaient terminés dans la joie et le délire et les invités, tous passablement imbibés, avaient tous fui en taxi pour aller cuver leur vin à la maison.

C’était le moment qu’attendaient Ariane et Luce pour passer aux choses sérieuses. Étendue sur le dos, Luce se laissait aimer en soupirant. Lorsque ses cris flûtés se mirent à emplir l’air de la chambre, Ariane donna une dernière léchouille, puis fit remonter lentement sa langue vers les seins de son amante. Elles s’embrassèrent ensuite avec passion en s’échangeant salive et cyprine, puis se regardèrent dans les yeux, sachant que dans quelques instants, leur vie pourrait changer à jamais – car tel était le grand mystère de Festivus.

— Tu es prête? demanda Ariane, sachant que l’orgasme faciliterait grandement la délicate opération.

— Je crois que oui, répondit Luce en se tortillant sous le corps de son amante. Crois-tu que je suis assez mouillée ?

Ariane caressa la fente juteuse de Luce. Pas de doute, elle était à point.

— Ne t’inquiète pas, ma chérie, tu l’es beaucoup plus qu’il n’en faut.

Luce sourit nerveusement.

— Je veux vraiment que cela fonctionne cette fois, murmura-t-elle, comme si elle priait pour une intervention surnaturelle de l’univers.

Pour toute réponse, Ariane replongea entre les cuisses de son amante. Elle embrassa les plis soyeux de son sexe une dernière fois – pour la chance – pris la poire à dinde remplie de sperme et l’enfonça délicatement dans le vagin de sa bien-aimée.

— Prête, pas prête… je viens ! dit-elle avant de procéder à l’ arrosage.

Ariane retira la poire et Luce se mit à faire le poirier.

— Souhaitons maintenant un miracle de Festivus… conclut-elle, les deux jambes en l’air.

Je n’ai jamais été mariée, seulement fiancée. Jamais je ne l’oublierai. Jamais je ne pourrai oublier à quel point ses doigts savaient bien fouiller ma chatte. Elle maîtrisait parfaitement son art; c’était la meilleure branleuse de noune qu’il m’avait été donné de rencontrer. Vous comprendrez donc pourquoi je n’ai pas hésité une seconde avant de lui demander sa main.

Je me souviens de cette lueur de malice dans ses yeux lorsque je retirais ma culotte, comment elle salivait d’impatience, la bouche entrouverte, quand j’écartais les cuisses et qu’elle s’apprêtait à plonger. Elle commençait toujours par taquiner mes nymphes du bout de la langue, avant de délicatement poser ses lèvres sur mon clitoris, puis carrément le laper avec moult bruits baveux.

Après, elle relevait toujours le regard vers moi.

Elle me fixait toujours avec ces deux pupilles ténébreuses comme des diamants noirs, comme de lourds nuages annonçant l’orage. Je savais alors que les choses sérieuses allaient commencer, que j’allais passer à la casserole, qu’elle allait me baratter la motte, qu’elle ferait épaissir ma sauce.

Sa technique était toujours la même, bien qu’elle y apportait parfois quelques variantes, selon son humeur et la mienne. Habituellement, elle posait son index un long moment au sommet de ma fente en le bougeant à peine, pendant que de son autre main elle massait délicatement mon ventre. Souvent, je lui faisais résistance, je gardais les cuisses serrées et ne cédais que lorsque son majeur, plus long, plus adroit, glissait dans ma fente mouillée pour effleurer mon clito. Après cette première secousse, elle retirait presque toujours ses doigts pour les porter à sa bouche et savourer le parfum de mon sexe.

Ensuite, elle retournait inévitablement vers ma chatte, écartant mes cuisses, puis fouillait franchement ma fente en lissant les lèvres de ses doigts. Ses efforts se concentraient alors sur mon petit bouton; elle le faisait vibrer d’un doigt léger, le pinçait, le cajolait, le faisant palpiter pour faire naître la jouissance, pour accentuer les crispations de mon ventre, pour accompagner la vague déferlant dans mon corps en glissant sur les chairs trempées jusqu’à ce que, par pics successifs, le plaisir fasse jaillir de mon sexe ces petites gouttes de rosée qui annoncent les secousses majeures – celles qui, en rafale, tordent mon corps, en le lessivent et le broient, faisant de moi-même cette petite bête à bout de souffle, exsangue, qui tache le drap sous ses fesses.

Elle m’a quittée après une longue et cruelle maladie. Jamais n’aurais-je cru pouvoir survivre sans elle. Mais est-ce que celles qu’on a aimées avec tant de passion peuvent vraiment disparaître? J’ai demandé qu’on me laisse seule une dernière fois avec elle, juste avant que le feu la réduise en cendre. Elle est donc toujours avec moi, dans ma chambre; son urne est déposée sur une tablette et j’ai encore sa main, sa jolie main d’albâtre, avec ses doigts qui vibrent, qui pincent et qui cajolent chaque nuit mon sexe endeuillé.

Le jour de mon dix-septième anniversaire, tu m’as embrassée pour la première fois. Tu m’as révélé la passion secrète et interdite que tu camouflais jusqu’alors derrière un amitié de gamines. Le lendemain, je suis partie pour le collège et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon dix-neuvième anniversaire, tu m’as prise dans tes bras. Tu m’as fais culbuter sur le lit et j’ai connu le plaisir pour la première fois. Le lendemain, je suis partie pour l’université et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon vingt-cinquième anniversaire, tu es venue à mon enterrement de vie de jeune fille. Pendant que les autres encourageaient le danseur nu, tu as tenté de me convaincre que nous étions faites l’une pour l’autre. Le lendemain, je suis partie pour l’église et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon quarantième anniversaire, j’ai pleuré mon divorce dans tes bras. Tu as séché mes larmes et bu ma jouissance à grandes lampées. Le lendemain, je suis partie pour Vancouver et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon cinquante-deuxième anniversaire, tu étais dans ma chambre, à mes côtés. Tu as caressé les cicatrices qui déformaient ma chair à l’endroit où jadis trônaient les symboles défunts de ma féminité et tu as tenu ma main jusqu’à mon dernier souffle. Je suis partie en paix, tout doucement, et je t’ai laissée toute seule.

Depuis, tu es venue chaque anniversaire fleurir ma tombe. Tu essuies quelques larmes en caressant le granit rugueux de ma stèle, puis tu pars pour dieu sait où en me laissant toute seule.

— Je peux inviter une amie?

— Pour une fois qu’on a l’appartement à nous seuls, j’aurais pensé qu’on aurait pu… en profiter.

— Tu vas l’aimer.

— Elle est comment?

— Elle est grande, gentille et douce. Elle a les cheveux très courts et aime porter des chemises à carreaux.

— Ça ne me semble pas très prometteur. Je vais pouvoir la baiser?

— Non. Elle n’aime pas les hommes.

— Dans ce cas, qu’est-ce que j’y gagne?

— Bien… je vais la déshabiller, lui lécher la fente et lui enfoncer mon gode préféré, tu sais, le mauve que j’ai toujours dans mon sac… elle va mouiller, c’est certain, elle mouille toujours un jour d’avril, alors je vais boire à sa source, sans même laisser une seule perle de rosée sur le poil de sa chatte. Quand elle sera enfin satisfaire, elle déchirera mes vêtements, me ligotera sur le lit et t’invitera à m’enfiler pendant qu’elle s’assoira sur mon visage.

— Fuck! Tu… tu veux l’appeler maintenant?

— Pas besoin, elle sera ici d’une minute à l’autre.

Encore engourdie de sommeil, je pris d’abord conscience du bruit de la radio et de la lumière que j’avais laissée allumée avant de m’endormir sur le sofa. Quelques instant plus tard, je m’éveillai au contact de sa bouche contre la mienne, de son doigt glissant sous le coton de ma culotte.

Simone ne dit rien. Pourquoi l’aurait-elle fait? Elle savait que je savais. À sa seule façon de me toucher, je savais que quelqu’un venait de mourir.

La mort. Elle en avait été si souvent le témoin. Parfois sanglante, hurlante et obscène dans la salle d’urgence. Parfois discrète et douce, presque inaperçue au chevet d’un enfant. «Ce n’est pas tant le spectacle de la mort que la confrontation avec ma propre finitude qui me bouleverse» me dit-elle un jour, alors qu’un patient venait quelques heures à peine de mourir dans ses bras. Et chaque fois qu’au retour de l’hôpital elle me fit l’amour, sur le champ, sans me saluer ni même m’adresser une seule parole, je sus que je recevais l’étreinte de l’ange de la mort. En ces occasions, elle n’avait que faire de son propre plaisir. Sa bouche contre mon sexe, elle me buvait, frénétiquement, interminablement, n’arrêtant qu’au moment le plus extrême de son propre épuisement, me laissant pantelante, vidée de plaisir, dépourvue de la force et de la volonté même de respirer.

Ce soir-là, il n’y eut aucune séduction, aucun baiser volé dans le cou, seulement son désir de ma peau, douce, chaude, sans âge. Seulement ses doigts, s’agitant en moi comme à la recherche de mon pouls, me fouillant jusqu’au centre de mon être. Seulement sa bouche sur mon sein me tuant et me ressuscitant encore et encore, jusqu’à ce que l’air me manque, jusqu’à ce mon cœur vienne caresser ses lèvres.

Ayant accompli ce qui devait être accompli, Simone se laissa glisser par terre, agenouillée entre mes cuisses.

— Tu as un poil blanc, me dit-elle soudainement.

Elle fronçait les sourcils, comme si elle inspectait une blessure inusitée.

Dans cette position si vulnérable, ayant à peine repris mes sens, je fus incapable de trouver une répartie convaincante.

— Non… il est blond, c’est tout… murmurai-je, en regrettant amèrement de n’avoir pas éteint la lampe avant de m’endormir.

— Toi, blonde? Voyons donc… répondit-elle sur un ton dubitatif. Pas de doute, il est bel et bien blanc. Tiens, en voilà un autre. Ici aussi …

Elle se mit en chasse, écartant mes cuisses de ses deux mains. Je sentais son souffle familier contre ma peau, mais ses doigts étaient devenus froids, inquisiteurs, cliniques. Je restai donc ainsi, couchée sur le dos, regardant fixement les tuiles du plafond, pendant que Simone me manipulait avec un soin quasi archéologique, comme un artefact fragile et immémorial.

Je l’entendis même doucement compter alors que mon immortalité lentement s’évaporait.