Sexe oral

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Elle préparait son examen de français langue seconde. Nous parlions chaque jour une heure au téléphone et elle me payait vingt dollars par appel. Après deux mois, nous sommes devenues de bonnes copines, même si nous ne nous sommes vues qu’une seule fois.

— Je suis comme un vieux creep qui paie pour parler à une fille, me dit-elle un jour en blaguant.

— Ne t’en fais pas, je suis habituée de vendre mes organes à la minute.

You are not saying that you are a part time hooker, aren’t you?

— En français… lui rappelais-je gentiment.

— Je sais, je sais. Tu dis pas que tu es sexe travailleuse, quand même.

— «Tu NE dis pas», et «travailleuse du sexe». Pour répondre à ta question: non – du moins, plus maintenant. Aujourd’hui, je me contente de vendre mon ouïe et ma voix. Et aussi ma maîtrise de la langue.

God… Je aurais bien de besoin de une personne qui maîtrise sa langue right now.

— Je vais mettre ce sous-entendu graveleux sur le compte de ton français hésitant.

— Je ne te fais pas mal à l’aise quand je parle à ce sujet, j’espère…

— Mais non, pas du tout. Mais je dirais «Je ne te rends pas mal à l’aise quand je parle de ce sujet», par contre.

— Trouver un homme qui est prêt de utiliser sa langue, you know? C’est très dur.

— Ils ne savent pas ce qu’ils manquent, Kimberly.

Ok, now I need to know if you are coming on to me.

— En français, peut-être.

Jamais sur terre il n’y eut, de mémoire de dévergondée, quoi que ce soit qui puisse rivaliser avec ta bouche sur ma peau. Voilà. Je crois que tout est dit.

En réalité, rien n’a été dit du tout. Voilà des jours et des nuits que j’essaie désespérément, sans l’ombre du début d’un succès, d’énoncer la sensation de ta bouche sur ma peau dans un langage clair et audible, dans une langue que tu pourrais comprendre et que je pourrais articuler d’une façon qui ne trahirait pas tout ce que je ressens, tout ce qui me chavire. Tes lèvres si joliment ourlées sur mes nymphes? Tes muqueuses orales sur mon appareil reproducteur externe? Ta criss de langue baveuse sur ma plotte de salope? J’ai beau le formuler en des termes soigneusement choisis, avec des épithètes fleuries, ou encore l’éructer avec toute la vulgarité de l’urgence immédiate, mes mots n’arriveront jamais à te donner au mieux qu’une vague idée de l’effet de ta bouche sur ma peau.

Tu m’as vaincue. Tu as tué en moi la fillette orgueilleuse qui conférait un pouvoir magique au mots, qui croyait sottement les tenir en laisse et qui pensait savoir leur faire faire des pirouettes à volonté, comme des caniches. Tu m’as bien baisée, je suis foutue, les mots ont pissé sur le tapis et se sont enfuis. Qu’ils aillent au diable, ils ne valent pas tripette pour rendre compte de ce qu’est l’amour. Ils sont même déficients pour décrire quelque chose d’aussi trivial que la volupté d’avoir des organes génitaux et de s’en servir.

Je voudrais te parler avec des images sublimes et simples, mais infiniment chargées de sens – comme celles que je te vois contempler des heures durant sur les lames de ton tarot. Je voudrais pouvoir ciseler des mots comme des joyaux irisés dont le reflet incandescent serait à l’image de notre passion. Fuck, je me contenterais même de lancer vers le ciel ces litanies ordurières que tu aimes tant, celles que tu voudrais parsemées de culs, de cons et de dèche, ces tirades que je n’arrive jamais à prononcer au bon moment, lorsque mon corps entier bascule sous tes caresses. Je suis damnée, maudite, car qu’ils soient enveloppés de soie ou trempés de foutre et de merde, mes mots ne savent que crier mon désir – ils ne savent ni aimer, ni jouir.

Ma parole n’est que pur désir, elle est un chant, un rituel au service de ton culte, une liturgie qui t’est entièrement dédiée. Elle ne sert qu’à abdiquer ma volonté et ma peau à ta bouche souveraine, comme la mystique stigmatisée à son dieu. Jamais n’arriverai-je par ce chant à t’exprimer l’ampleur du moindre frisson que tu me procures. Tout ce que je peux espérer, c’est qu’il te convainque de revenir à moi. Je te veux. Je veux tes mains autour de mon cou. Je veux défaillir dans tes bras, dans l’anticipation de ta caresse. Tu m’entends? Tout ce que j’arrive à faire, c’est te servir de plates descriptions, de pâles fantômes du feu que tu m’instilles et qui brûle chaque fibre de mon être. Je t’en supplie, fais-moi jouir, fais-moi jouir encore, toi qui y arrives sans faire le moindre effort, par de simples frôlements du bout de ta langue. Lorsque tu la fais courir dans mon cou, je la reçois comme une promesse, comme un rappel de ton omnipotence, de ton pouvoir de faire de moi une petite chose tremblante, baveuse, vaincue. Et lorsque ta bouche se pose sur la chatte, lorsque ta langue s’insinue dans les replis de ma moule, je… je…

Fuck this. Je suis fourrée, par tous les orifices – surtout la bouche. Je suis fatiguée de me battre avec les mots, avec cette jouissance indicible que tu me prodigues nonchalamment, comme si ce n’était rien, presque distraitement, comme si c’était tout naturel. Jamais je n’arriverai à te faire comprendre, à te faire ressentir ce que je ressens par ma parole. Mais peut-être réussirais-je par ma bouche; offre-moi ta peau en sacrifice.

Cent plis au coin des yeux quand tu fronces les sourcils
À la vue de ma main sur sa bite furieuse et courroucée
Que j’ai enjôlée et ointe de mille promesses folles
Afin qu’elle prenne enfin l’ampleur et la forme de tes envies
Afin qu’elle lève la tête aux cieux de tes désirs carnés
Afin qu’elle soit prête pour toi, chipie boudeuse et angélique

Cent plis à la commissure de tes lèvres obstinément closes
Quand j’y frottai son gland épaté pour y forcer un passage
Jusqu’à ce que tu cèdes, mal lunée, mais complaisante
Lui abandonnant les clés du palais baveux et soyeux
Creusant les joues pour te faire petite, toute petite
Chair convulsée qui se noue au va-et-vient du nœud

Cent plis de peau où son odeur de foutre exhale
J’en lèche une perle sur ton oreille offerte comme un sexe
Et une longue coulure le long de ta nuque de traînée
Salope éblouissante tu transpire encore le mâle
Qui t’a ouverte et prise et couverte de rage
Qui t’a labourée et enduite de ses sucs vénéneux

Cent plis de putain orageuse où je sens sa présence
Laisse-moi m’y frotter longtemps à m’en brûler la langue
Laisse-moi m’infuser de ce poison viril qu’il t’a instillé
Qui a fait paraître ta chair rouge et comme enflammée
Ce soir ta peau encore en est tout embaumée
Laisse-moi en respirer sur toi l’odorant souvenir.

Je voudrais vraiment sentir ses doigts glisser dans ma chatte, sa bouche s’accrocher à mes seins, mais elle est tendue, fébrile et en manque ce soir, elle a quelque chose de trouble qui la tord au plus profond d’elle et qui a besoin d’être soulagé; voilà pourquoi je baigne dans la pénombre humide de ses draps, mes mains posées à l’intérieur de ses cuisses et ma langue fouillant les plis de son sexe, à la rencontre de son clitoris. Sous sa peau satinée, ses muscles se crispent; la saveur piquante et amère de son plaisir envahit mon palais alors que j’enfonce mon majeur et mon index jusqu’à sa matrice. Bientôt, elle sera mienne.

Je voudrais vraiment enfoncer ma queue dans son cul, l’immobiliser sur le lit en lui enfonçant la tête dans l’oreiller et me perdre dans ce sphincter hypnotique et délicieux, mais il est tendu, fébrile et en manque ce soir, il a quelque chose de trouble qui le tord au plus profond de lui et qui a besoin d’être soulagé; voilà pourquoi je suis à genoux sur la moquette, entre ses cuisses écartelées, sa verge palpitante et congestionnée glissant entre mes lèvres. De mon pouce et mon index, je fais un anneau qui enserre la base de son membre, juste au-dessus de ses couilles; je le presse et le pompe pendant que je le suce et que je taquine son gland du bout de ma langue. Il soupire, les muscles de ses cuisses se tendent. Bientôt, il sera mien.