Textes portant l'étiquette « Téléphone »

Comment faire rougir le homard avec un téléphone

22 septembre 2009

Les pêcheurs qui ne font plus de prises
Ont eu de l’aide téléphonique.
Ils eurent toutefois la surprise
De tomber sur la ligne érotique.

Urgence fringale

4 septembre 2009

Un drôle de quidam from Florida
Sans le sou et à l’appétit féroce
Deux fois au neuf-un-un téléphona
Pour qu’on le délivre d’une faim atroce.

Quinze minutes de gloire

1 août 2008

Je levai distraitement les yeux de mon roman lorsqu’une jeune femme sans parapluie ni imperméable — et donc ruisselante de pluie — entra dans le l’autobus. Au moment où elle s’assit près de moi, j’entendis, à mon grand désarroi, son portable hurler les notes nasillardes et métalliques de L’hymne à la joie.

— Allo…? Oui… Tu m’as vu? dit-elle en essuyant la goutte qui perlait au bout de son nez. Dans un bar? Ils avaient la télé, c’est ça… et tes copains étaient avec toi, par-dessus le marché? Mario y était aussi… je parie qu’il a adoré, ce salopard.

Elle ajusta sa coiffure imbibée d’eau, projetant de ce fait quelques gouttes sur les pages de mon bouquin.

— Comment voulais-tu que je devine qu’il allait pleuvoir… Quatre-vingts pour cent? Pffff. Ils ont dit ça tout l’été. Depuis quand les météorologues prédisent-ils le temps avec précision, hein…

Elle écouta les explications de son interlocuteur en fronçant les sourcils.

— Vraiment? Je ne pensais pas qu’ils pouvaient avoir raison aussi souvent. Qu’importe, j’étais beaucoup trop nerveuse pour regarder le bulletin de nouvelles.

Je relus trois fois la même ligne. Dieu que je déteste les cellulaires et leurs indélicats usagers!

— Non, pas trop satisfaite. C’était ma chance, j’aurais pu me faire remarquer et lancer ma carrière, mais j’ai tout foutu en l’air… Ne ris pas! Je n’étais pas au meilleur de ma forme, ma voix était enrouée, forcément, avec toute cette pluie… j’ai même trébuché sur le mot «ceint», la honte… Mais tu comprends que c’était le cadet de mes soucis… est-ce que ça se voyait beaucoup, à la télé…? Je ne veux pas savoir si c’était beau, je veux savoir si ça se voyait… Tu vas me répondre, à la fin?

Elle fit la moue, se mordit la lèvre inférieure, puis soupira.

— Cette blouse de soie blanche m’a coûté cent dollars et c’est la meilleure de ma garde-robe. Normal que j’ai voulu la mettre… Non, je n’en ai pas mis. Je ne voulais pas qu’on puisse voir les bretelles, à travers.

Titillée par cette conversation, j’abandonnai l’idée de lire et refermai mon livre.

— Oui, c’était des enfants. Je sais ce que «Peewee» veut dire, je ne suis pas conne. Mais il y avait aussi des adultes et c’était ma chance de faire bonne impression… On voyait tout? Vraiment? Oh mon dieu! Je comprends pourquoi l’entraineur ne cessait de me faire des clins d’œil en souriant comme un demeuré…

Long silence agacé.

— Cesse de rire, ce n’est pas drôle du tout! Au moins, tous tes amis étaient au bar avec toi… personne n’a pu enregistrer… Quoi? Ça se programme, ce machin…? Et sur You Tube, déjà? Tu aurais pu l’en empêcher, merde!

Je me penchai un peu vers elle et tendis l’oreille pour ne pas en manquer une miette.

— Ils l’ont montré combien de fois, à la télé? Quoi? Tant que ça… Merde! Merde! Tout le monde de la paroisse va appeler ma mère… TQS? Qu’est-ce qu’ils me veulent…? Ah non! Pas question! Ce n’est pas comme si j’avais fait exprès…

Inconsciemment, je me tournai carrément vers elle, suspendue à ses lèvres.

— Je ne serai plus jamais capable de regarder tes copains dans les yeux… Hey, ils ont intérêt à me regarder dans les yeux et pas plus bas, s’ils ne veulent pas recevoir un genou dans les couilles…! Ouais… c’est ça… on se voit à la maison.

Elle fit claquer le téléphone en le refermant, tourna les yeux et constata que je contemplais fixement les deux vedettes du jour depuis un bon moment.

— Qu’est-ce que tu regardes, toi? me siffla-t-elle, hargneuse, en serrant son sac à main contre sa poitrine.

Message vocal

11 juillet 2007

Anne, c’est encore moi
Je t’en prie, si tu es là, décroche
Il faut que je te le dise
Je dois le raconter à quelqu’un
Mario Bodard veut me prendre par derrière

Il est si insistant
Que je lui ai donné mon numéro
Mais maintenant je regrette
Dieu que je regrette
Car jour et nuit il m’appelle pour laisser
Sur mon répondeur de propos orduriers
«Quand pourrai-je enfin t’embrocher?»
«Je veux te sucer la pine, joli cœur»
«Viens gruger ma viande jusqu’à l’os»
Anne, il me fout la trouille
Car jamais n’ai-je été fourgonné
Par un garçon boucher

Anne, si tu savais, lorsqu’il m’appelle
Pour me dire qu’il veut
Bouffer mon trou de cul
Pour me dire qu’il bande comme un taureau
Qu’il astique son outil en pensant à moi
Qu’il crie mon nom en fourrant deux doigts
Dans son intérieur de ronde
Pour se vanter d’être un animal
Une bête de sexe
Je ne peux m’empêcher de penser
À son visage de bovidé
À ses mains larges et poilues
À la moiteur de ses naseaux
Quand derrière le comptoir
Il enveloppe en souriant mes escalopes

Mario Bodard veut mon cul
Il dit qu’il peut pistonner des heures durant
Comme une enfileuse à saucisses électrique
Si seulement je pouvais décrocher le téléphone
Si seulement je pouvais lui dire «oui»
Il me prendrait là, sur son bloc à découper
Sur sa planche à enculer
Mais je ne retourne pas ses appels
Je ne suis pas celui qu’il croit
Pas question de le laisser lécher mes amourettes
Pas question de le laisser fourrer mon andouille
Pas question de le laisser attendrir mon aloyau

Devrais-je faire retracer ses appels?
Devrais-je changer de numéro?
Devrais-je appeler les flics?
Anne, je ne sais plus quoi penser
Je n’ose plus aller à la boucherie
Tâter les côtelettes et les saucissons
Samedi après-midi avec mon petit mari

Attends, je te rappelle
J’ai quelqu’un sur l’autre ligne.