Quand Annie eut finalement sa promotion
À la direction de la planification,
Elle changea illico l’organigramme
Et ordonna qu’on n’embauche que des femmes,
Éliminant ainsi le plafond de verre
Pour celles prêtes à lui lécher le derrière.
Textes portant l'étiquette « Travail »
5 novembre 2009
— Peut-être si vous m’expliquiez précisément ce que vous recherchez… lui dit la vendeuse, excédée.
Chloé écumait les boutiques des Galeries Chagnon depuis la matinée. Lasse d’avoir à répéter continuellement les mêmes explications, elle déposa une pleine brassée de vêtements sur la chaise de la cabine d’essayage, puis grommela:
— Le directeur de la boîte qui m’emploie a eu l’idée géniale de réviser le code vestimentaire des employés… depuis, exit les jeans!
— Vous voulez donc un pantalon plus formel, pour le bureau? Ou alors une jupe? J’ai ici quelque chose qui pourrait…
— Pas de jupe. J’ai besoin d’un pantalon avec une large braguette et surtout une fermeture à glissière bien épaisse. Tiens, peut-être ceci…
— Une fermeture éclair? J’ai bien peur que…
— Écoutez, je suis coincée derrière un bureau du matin au soir et croyez-moi, le temps est long, surtout l’après-midi. Or, après des mois d’exercices de Kegel je suis devenue plutôt experte pour contracter mon muscle pubo coccygien, ce qui me permet de… vous comprenez?
— De contracter votre…?
— Mais pour que ça fonctionne, j’ai besoin d’un pli!
Elle tendit un pantalon de toile kaki à la vendeuse, qui rougissait comme une écrevisse.
— Je m’ennuie déjà de mes Levi’s… soupira-t-elle.
Elle: Je ne lis plus ton blogue au bureau.
Moi: Ah?
Elle: Non seulement te ne cesses de parler de fesses, mais en plus, ton dernier texte sur le travail m’a rendue complètement improductive.
Moi: C’est que j’essaie de donner un nouveau sens à l’expression NSFW…
Parfois, je me demande quelle serait l’attitude de mes contemporains par rapport à l’esclavage s’il n’avait pas été aboli au XIXe siècle.
(Vous allez me dire, avec raison, que l’esclavage existe toujours — pas besoin de chercher bien longtemps pour trouver des esclaves, on n’a qu’à penser aux «aides domestiques» et aux «danseuses exotiques» immigrantes de ma ville — mais prenons quand même pour acquis, pour les besoins de ma démonstration, qu’il ait été effectivement aboli.)
Imaginons que les esclaves, au lieu d’adopter la seule attitude saine d’esprit (qui consiste à s’enfuir dès que l’occasion se présente pour cesser d’être des esclaves) aient plutôt décidé de former des syndicats. Les esclaves auraient fort probablement réussi, à force de luttes épiques et tragiques, à améliorer leur sort. Ils auraient obtenu des congés, la diminution des coups de fouet, l’amélioration de leurs logements, de leur nourriture, peut-être même la possibilité de choisir avec qui ils peuvent se marier. Avec un peu de chance, ils auraient aussi pu former des partis politiques défendant leurs intérêts, agissant au nom de la classe esclave et faisant d’elle l’agent historique du changement social. Les esclaves auraient fini par chérir leur situation et même craindre de la perdre, de subir l’exclusion et de rejoindre les rangs du lumpen-esclavage. Bref: ils seraient devenus les premiers défenseurs de l’esclavagisme par leur incapacité d’imaginer un monde débarrassé du travail servile.
Serait-ce possible que nous souffrions du même manque cruel d’imagination en ce qui concerne le travail salarié? Serait-ce parce que le travail tue en nous toutes nos facultés à imaginer une vie par delà le travail?







