Annie, prématurément flétrie par le temps,
Vit seule dans un minuscule appartement.
Avant d’aller se coucher, elle vérifie
Toujours si un homme se cache sous son lit;
Un second plumard elle aurait même acheté
Pour que ses chances d’en trouver un soient doublées.
Textes portant l'étiquette « Vieillesse »
24 novembre 2009
(avec un flask de gros gin et deux vieilles lesbiennes)
Dans leurs bigoudis, leurs robes un peu trop élimées et leurs bas un peu trop filés, Anne et Sophie étaient assises dans leur fauteuil à bascule sur le perron de leur bicoque hors d’âge, les jambes un peu trop écartées, avec une bouteille de gin frelaté pour regarder passer les machines. Anne sortit une indienne de son sac et l’alluma.
― Tu as vu les deux filles au snack-bar ?
― Ouais, répondit Sophie.
― Elles n’arrêtent pas de se lécher la fente en cachette depuis que la plus jeune est mariée.
― Tu me niaises ?
― Pas du tout, poupée.
Sophie cracha son chewing-gum dans le buisson puis regarda, inquiète, son amante.
― Chérie, tu ne devrais pas fumer en tenant ta bagosse aussi près de toi.
― Ha ! Ça fait plus de trente ans que je le fais ! Il n’arrivera rien, t’inquiète, rigola Anne. S’il y a trois choses que je connais, c’est le moonshine, les cigarettes de contrebande et les brouteuses de carpette. Tu connais la femme du maire ?
― La fausse blonde avec les seins qui lui tombent au nombril ?
― Elle-même. Je sais qu’elle visite quotidiennement la culotte de la petite brune du dépanneur.
― Et comment madame sait-elle une chose pareille ? railla Sophie.
― C’est mon petit doigt qui me l’a dit. Et laisse-moi te dire qu’il sent la chatte bien baisée !
― Plus ça va, plus tu deviens vulgaire, ma pauvre Anne.
― C’est pour ça que tu m’aimes, chérie ! Hey, tu vois la pétasse qui sort de la voiture ?
― Laquelle ?
― De l’autre côté de la rue, à la station-service. Paraît qu’elle a la plotte la plus hot en ville.
Alors que Sophie plissait les yeux pour mieux voir, un bruit terrible accompagné d’un nuage de fumée se fit entendre, faisant sursauter tout le patelin. Sophie se tourna et vit sa gouine le visage enduit de suie noirâtre, les cheveux hérissés et fumants, avec une relique de clope pendant au bout de ses lèvres. Elle prit une gorgée de bibine, se cala dans la chaise berçante et dit simplement :
― Je crois que c’est maintenant toi qui l’as, la plotte la plus hot en ville, chérie.
Je me sens si vieille, ce matin. On dirait que j’en suis arrivée au moment de ma vie où j’ai tant connu de gens que toutes les nouvelles personnes que je rencontre me font penser à quelqu’un d’autre.
— Je crois qu’on ne devrait pas célébrer mon anniversaire, dit-il d’une voix étouffée par les plis de ma cracouillette.
— Et pourquoi donc? soupirai-je, émue par sa caresse buccale. Soixante-treize ans, ça se fête, non?
Il fit glisser sa langue à l’intérieur de ma cuisse, la fit vriller un peu sur mon ventre, puis vient amoureusement téter la pointe de mes seins, en passant de l’un à l’autre, dans une douce indécision.
— Depuis… «l’accident», je ne veux surtout pas tenter le destin, avoua-t-il en plaçant le bout de sa queue viagratisée sur le palier de mon petit intérieur.
— Et tu crois qu’une surprise-partie a plus de chance de te tuer que ce que tu es en train de me faire? lui demandai-je alors qu’il me baisait de plus en plus vite, de plus en plus fort.
Ses yeux se révulsèrent et ses traits se figèrent lorsqu’il se répandit au fond de mon intiminet. «Il faut vraiment que j’apprenne la RCR», me dis-je avant de jouir à mon tour.
Après quelques minutes, des doigts se crispèrent contre des cuisses décharnées, des respirations s’affolèrent, des joues ridées s’enflammèrent.
— Merci docteur, dit le vieillard, rayonnant, en aidant sa dame à se rhabiller.
Le médecin enleva ses lunettes et frotta ses yeux en soupirant.
— Écoutez, je vais être franc avec vous. Trois fois vous avez pris rendez-vous auprès de ma secrétaire. Trois fois vous avez fait l’amour sur ma table d’examen et vous m’avez demandé d’observer vos ébats. De toute évidence, vous êtes parfaitement en santé et particulièrement en forme pour votre âge. Je ne vois pas du tout où est le problème. Dans ces conditions, je ne comprends pas ce que vous voulez de moi.
— Doc, Mariette et moi sommes mariés… à d’autres personnes. Notre relation est strictement clandestine.
— D’accord, mais je ne comprends toujours pas…
— C’est pourtant simple. Une chambre d’hôtel coûte au bas mot quatre-vingts dollars et à ce prix, on est loin du Ritz. Mais dans votre cabinet, c’est couvert par l’assurance maladie…
— … Sans compter que c’est beaucoup plus excitant lorsqu’il y a quelqu’un qui regarde, ajouta Mariette en gloussant.
La mâchoire du bon docteur tomba de stupéfaction.
— Merci pour votre aide, Doc. On se revoit la semaine prochaine?
La Triumph Bonneville grimpa en pétaradant la rue paisible du quartier de banlieue, puis se gara dans l’entrée asphaltée d’une petite maison aux briques roses. Bardé de cuir, le motard retira son casque, recoiffa sa chevelure blanche, puis frappa à la porte de sa main gantée. Après une longue série de bruits de serrures, de chaines et de loquets, une dame portant chignon et tablier de dentelle finit timidement par ouvrir.
— Madame Malenfant?
— Oui.
— Vous ne me connaissez pas, mais il y a quelques années — en fait, plusieurs années , puisque c’était en juillet 1957 — je faisais de la randonnée dans le parc de la Gatineau quand j’aperçus un couple s’apprêtant à faire l’amour. La fille était debout sur un rocher, nue, si fière et si magnifique dans le soleil couchant et… je… j’ai encore cette image gravée dans l’esprit. Elle était si belle…
— Oh!
— Je sais, vous allez dire que j’étais fou, mais j’étais obnubilé par cette image. J’ai réussi à découvrir qui elle était, quelle école elle fréquentait, où elle habitait. Hélas! Lorsque j’eus enfin le courage de lui parler, ce fut pour apprendre qu’elle allait se marier avec le jeune homme du parc. Ce fut le jour le plus noir de mon existence — depuis, je suis resté célibataire.
— Mon Dieu!
— Vous avez bien compris, cette fille, c’est vous. J’ai appris l’an dernier à la même date la mort de votre mari et après avoir respecté votre deuil pendant quelques mois, j’ai pensé… vous savez, je sais ce que c’est que d’être seul au monde, Michelle…
— Oh!
— Je… j’espère que je ne vous ai pas ébranlée… je peux partir, si vous le souhaitez.
— Non, je vous vous en prie, entrez, Monsieur… euh…
— Je me nomme Hervé. Sans vouloir être présomptueux, je me demandais si… si je pouvais… est-ce que je peux vous voir nue, Michelle?
— Et bien… euh… Hervé… c’est que… mon corps n’est plus ce qu’il était.
— Ça ne fait rien, chérie, mes yeux non plus.
Sale temps pour les provocatrices. J’ai beau me décarcasser pour scandaliser les biens pensants, raconter des horreurs scabreuses mettant en scènes des clebs et des morveux, je n’arrive plus à faire sourciller le moindre petit-bourgeois.
Voilà pourquoi je me suis décidée à explorer la sexualité des vieillards, un des derniers grands tabous de l’occident. À venir sur cet écran: des cheveux blancs, des peaux flétries, des cannes, des couches d’incontinence et beaucoup, beaucoup de viagra.








