Violence

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Rien n’est plus dissemblable que le meurtre et le sexe. Le meurtre est répréhensible, mais décrire un meurtre ne l’est pas. Le sexe n’est pas répréhensible, mais décrire un acte sexuel l’est toujours.

Vendredi soir, après une dure journée au travail et une heure de bouchon sur l’autoroute, Molly s’écrasa sur son fauteuil, zappa quelques secondes, s’arrêta sur Fox News et se prépara enfin à relaxer un peu.

En manchette: un lutteur professionnel tue sa femme et ses enfants avant de s’enlever la vie. Deux élèves d’une école secondaire du Dakota du Nord abattent treize de leurs camarades et trois agents de police avant de retourner leurs armes contre eux-mêmes.

Molly grommela. Mais dans quel monde vivons-nous? Elle éteignit son téléviseur et attrapa le journal.

En une: Quatorze marines et deux cent trente Iraqiens morts lors d’une attaque-surprise. Un père en tue un autre pendant le match de hockey de leurs fils de huit ans. Page deux: une mère se noie avec ses trois enfants. Le président rend hommage aux soldats sacrifiés pour la patrie et déclare que la guerre doit se poursuivre coûte que coûte.

Hochant la tête de dépit, Molly lança le journal dans le bac à recyclage et soupira; le monde serait-il devenu complètement fou?

Après quelques lamentations, elle décida de se tourner vers quelque chose de plus léger. Sur HBO, il y avait une série policière: deux meurtres, du sang, des funérailles, de la haine, des blagues idiotes. Sur Showtime, il y avait un film d’horreur où un gaillard cagoulé débitait en rondelles une famille de suburbanites avec sa tronçonneuse.

Après avoir fait les cent pas dans son living room, Molly chercha dans sa bibliothèque son exemplaire de The Pearl. Bien calée dans son fauteuil, elle feuilleta un peu le bouquin, retrouvant grâce à sa reliure fendue son passage préféré. Puis, comme à son habitude, elle caressa de sa main droite un de ses seins, joua avec le téton jusqu’à le faire dresser, puis recommença la même manoeuvre sur l’autre. Molly pétrit ensuite ses seins à pleine main, tirant sur leurs pointes durcies. Elle laissa ensuite sa main descendre lentement sur son ventre et la fit glisser sous l’élastique de sa culotte jusqu’à sa chatte, qu’elle trouva moins humide qu’à l’habitude. Son index s’attarde sur mon clitoris, pour le faire gonfler; elle le fit rouler sous ses doigts, jusqu’à ce qu’il se dresse, se durcit. Elle le caressa doucement, le fit tourner entre ses doigts, jusqu’à ce qu’elle ressente le frisson familier.

Étrangement, elle ne tira aucun soulagement de cette petite séance qui pourtant suffit habituellement à la rasséréner.

Molly se leva, marcha jusqu’à sa chambre à coucher puis extirpa sa panoplie masturbatoire du tiroir de sa table de chevet et étala ses outils sur son lit: un Doc Johnson Studed Sunrise, un Vivaldi Lady Pulsating Finger, un long Slimline G Spot Electro-Stimulator, un gros Eclipse Ultra Dolphitronic 2000 et un petit Pink Jelly Anal Picket Blaster. Elle se déshabilla et, après avoir méticuleusement plié ses vêtements, se coucha près de ses appareils. Elle en choisit un de taille raisonnable et fit passer la pointe de plastique sur le bout de ses seins dressés, le lécha un peu puis, doucement, l’enfonça entre ses cuisses. Molly agita ensuite son poignet en faisant varier le rythme. Après quelques minutes, elle changea de modèle pour en prendre un plus gros après avoir humé et léché celui qui venait de sortir, tout tiède et tout mouillé, de son entrecuisse. Après quelques va-et-vient peu convaincants, elle décida de jouer le tout pour le tout; elle tâtonna ses draps à la recherche du bon calibre puis, une main passée dans le dos et l’autre collée au bas du ventre, elle entreprit de se baiser et de se sodomiser en ondulant frénétiquement du bassin.

Hélas, toujours aucun soulagement. Étendue immobile dans sa chambre, elle écouta le vibromasseur ronronner doucement du fond de ses entrailles. Agacée, elle se leva, essuya minutieusement sa quincaillerie, se rhabilla, ramassa ses clés puis sortit.

Les doigts crispés sur le volant, Molly roula jusqu’au shopping mall. À la radio, la speakrine annonçait sur un ton posé et impersonnel la découverte de trente cadavres en Afghanistan. Elle se gara en double file, entra chez Henry’s Sporting Goods et, d’une voix vacillante, dit au commis:

— J’ai besoin d’un revolver, quelque chose de léger, qu’une dame pourrait utiliser.

J’avais faim d’un homme. Le dernier en date remontait à plus d’un an, à l’époque où, en rémission, j’avais succombé aux formes appétissantes d’un pompier volontaire de Laval. Je l’avais sucé jusqu’à la moelle des os, c’est dire à quel point je m’étais régalée.

Il fallut donc que je fusse en rechute pour que l’appétit me revienne. Comme je savais pertinemment que mon docteur me l’interdirait, j’attendis la fin des visites pour arracher de mon bras le tube et l’aiguille, pour jeter aux ordures cette affreuse jaquette informe au bleu vague et crayeux, pour revêtir dans les toilettes mes vêtements de chasse et peindre à mon visage ces couleurs de guerre qui dissimulent si bien cernes violacés et teint de cadavre.

En prenant bien soin d’éviter le poste de l’infirmière de garde, je fuis l’hôpital par l’escalier de service, traversai le boulevard en slalomant entre les voitures et sautai dans le premier taxi venu qui me déposa près de l’autoroute, devant ce motel cheap et crasseux grouillant de gibier banlieusard et adultère.

Au bar, je rencontrai Gérard, un vendeur de téléphones portables dans la trentaine, tout mignon et rondouillard. Épaules larges, nuque épaisse, fesses fermes et charnues — en plein mon genre. Après un court échange de banalités, je me mis à lui mordiller le lobe de l’oreille en tâtant la marchandise avec avidité. Fus-je trop directe, trop empressée? Il me prit pour une pute et m’offrit deux cent dollars pour monter avec lui. N’ayant pas de temps à perdre en mises au point interminables, je glissai les billets dans mon soutif, lui roulai une pelle et le suivis jusqu’à sa chambre.

Dès que la porte fut refermée, je le renversai sur le lit, arrachai sa chemise, dégrafai sa braguette et léchouillai sa triste bistouquette. Lorsqu’il se mit à soupirer, je fis promener délicatement ma langue jusqu’à son nombril… puis mordis sauvagement son ventre, à le faire éclater. Il s’est débattu un peu, évidemment. Mais à force de pisser le sang comme un taureau qu’on égorge, il finit par s’évanouir. Je pus ainsi ronger et mastiquer sa carcasse avec délectation, de l’estomac jusqu’au cœur, tout chaud et palpitant — ma partie préférée.

Comme le dit ma mère, le chemin menant au cœur d’un homme passe par son estomac.