Virginité

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Désolée, je me préserve
Pour le danseur embauché par mes copines
Pour mon enterrement de vie de fille

Désolée, je me préserve
Pour les lesbiennes saoules qui me draguent
Au bar quinze minutes avant la fermeture

Désolée, je me préserve
Pour les adonis à moitié nus et luisants de sueur
Qui tondent la pelouse du parc devant chez moi

Désolée, je me préserve
Pour les dames BCBG qui m’invitent pour le thé
Et que je lape entre deux lampées de lapsang

Désolée, je me préserve
Pour tous les mecs sans visage de l’internet
Qui m’envoient des photos de leur bite cramoisie

Désolée, je me préserve
Pour les échangistes en string et en tongs
Qui organisent des orgies dans les sous-sols de Rawdon

Désolée, je me préserve
Pour les ménagères proprettes et quinquagénaires
Qui m’offrent à leur mari pour leurs noces d’argent

Désolée, je me préserve
Pour les types louches recrutés sur Craigslist
Qui viennent sonner chez moi à deux heures du mat’

Désolée, je me préserve
Pour les moustachus transgenres et tatoués
Qui me font monter bareback sur leur moto

Désolée, je me préserve
Pour les camionneurs qui me font sucer leur outil
À la queue-leu-leu dans la douche de la halte routière

Désolée, je me préserve
Pour la candidate conservatrice dans Yorkton-Melville
Qui m’enseigne à coup de gode les valeurs familiales

Désolée, je me préserve
Pour les vieux messieurs à l’haleine de bouc
Qui payent pour que je leur pisse au visage

Désolée, je me préserve
Pour Maîtresse Séverine qui m’a promis
De me marquer au fer rouge le weekend prochain

Désolée, je me préserve
Pour mon patron qui va me congédier
Si je refuse de le laisser me sauter dans son bureau

Désolée, je me préserve
Pour l’autel de Belzébuth, de Moloch et d’Asmodée
Sur lequel je serai sacrifiée lors de la prochaine pleine lune

Léa était la plus jolie fille du village. C’était une beauté gracieuse, délicate, presque irréelle, qui contrastait fortement avec son patelin natal, une campagne comme il en a tant où les hivers s’étirent à n’en plus finir. À la fin de février, alors que la neige a depuis longtemps perdu sa blancheur virginale et que la terre est enduite de cette souillure immonde et froide qui annonce — mais de loin seulement — le printemps, Léa n’avait qu’à paraître pour devenir le point focal de tous les regards, de toutes les attentions.

Ceci, évidemment, déplaisait au plus haut point à son père qui ne voyait pas d’un bon œil que tous les vauriens du canton rodent autour de son enfant chérie. Jaloux de la vertu de sa fille unique, il surveillait constamment ses fréquentations avec le zèle de celui à qui on aurait confié la garde des joyaux de la couronne. Il avait fait le serment qu’il la mènerait pure et sans tache à l’autel, le jour de son mariage; la seule pensée que son hymen puisse être abîmé de quelque manière que ce soit lui était tout simplement intolérable.

Voilà pourquoi il était si furieux ce jour-là, lorsqu’il frappa à la porte de son voisin.

— Tiens, bonjour Marcel… quel bon vent t’amène?

— Beaulieu! Ton fils est un salopard! Un dégénéré! Je t’avais dit de l’éloigner de ma fille! cria le papa courroucé, en guise de salutations.

— Mais… qu’est-ce qu’il a bien pu faire pour que tu te mettes dans un état pareil? demanda le voisin, soufflé.

— Il a écrit le prénom de ma fille en pissant dans la neige! Voilà ce qu’il a fait, ton cochon de fils!

— C’est tout? Mais voyons, Marcel, il n’y a pas de quoi en faire tout un plat! Ce ne sont que des jeux d’adolescent… une bêtise innocente, sans conséquence…

— Innocente? Innocente? Mais c’est l’écriture de ma fille! siffla-t-il, les dents serrées par la rage.