Voyeurisme

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Assise sagement sur la chaise de rotin qui crie comme un bébé chaque fois que je tortille un peu mon cul, j’écoute la pluie marteler la fenêtre sans relâche. Je pourrais sentir l’odeur de sa chatte à trois mètres… Au bord de l’abandon, ses paupières sont crispées et sa bouche figée entre le sourire et la grimace. C’est remarquable à quel point le plaisir peut défigurer, rendre à la fois difforme et sublime.

Son visage à lui, par contre, reste de marbre. Il n’arbore aucun signe d’émoi, mis à part une érection si ostentatoire qu’elle semble presque douloureuse. Les hommes ont cette habitude d’arborer leurs faiblesses et d’enfouir leurs vertus au plus profond d’eux-mêmes. Ou alors, serait-ce qu’il a trop vu de porn et s’est convaincu qu’un vrai mâle doit avoir l’air blasé au moment d’éjaculer?

Je ne devrais pas penser à de telles choses. Je ne devrais pas porter de jugement, car après tout, ils ont la générosité de me laisser regarder.

— Est-ce que je peux garder ma culotte? avait-elle demandé.

— Qu’est-ce que j’y gagne? lui avait-il répondu sèchement.

Évidemment, lorsqu’il s’est mis sérieusement à la baiser avec sa culotte simplement poussée sur le côté, j’ai compris que ce n’était pas par pudeur qu’elle avait formulé cette demande. Je suis certaine qu’elle voulait la garder pour moi, pour le spectacle, pour le scandale de ce tissu noir fendant sa chair et accentuant la rondeur de ses fesses.

«Ce qui me fait jouir, c’est le désir. Le spectacle du désir…» leur avais-je dit, quelques heures auparavant. Ça l’avait bien allumé et c’est pourquoi il avait accepté de m’inviter à assister à leurs ébats. Mais maintenant, il fait tout pour me cacher son désir. Ce n’est pas bien grave: sa respiration le trahit, même si elle est presque couverte par le son de la pluie.

Le désir est chose étrange et fort complexe. Comme un mécanisme d’horlogerie, il est un assemblage délicat d’une multitude de menus détails qui doivent être correctement arrangés pour que l’ensemble se mette en marche. Comme il serait simple si ce que nous voulions se résumait à baiser! Comme il serait simple s’il suffisait d’insérer un organe dans un autre! En réalité, nous voulons tous beaucoup, beaucoup plus. Chacun d’entre nous veut un arrangement particulier, unique à nous seuls, et nous voulons l’occuper comme un territoire, comme un souverain règne sur son royaume. Mais ce n’est pas tout: nous voulons aussi faire partie de l’arrangement de l’autre, voir nos failles et nos faiblesses sublimées par le feu de l’altérité de son désir. Le désir est une construction fragile qui peut s’effondrer à tout moment comme un château de cartes, au moindre regard déplacé, au moindre mot maladroit. Le fait qu’il puisse se déployer est en soi prodigieux; le fait qu’il soit si commun tient carrément du miracle.

Mon propre arrangement n’est pas particulièrement complexe, mais néanmoins difficile à obtenir. J’ai besoin de gens véritablement amoureux, de personnes qui ne simulent pas le désir – ou du moins, qui soient de si habiles comédiens qu’ils arrivent à me convaincre parfaitement de la sincérité de leurs élans. Croyez-moi, de telles créatures d’exception ne sont pas faciles à trouver – et lorsque je les trouve, je fais tout pour les garder. J’ai besoin d’être la témoin émue de la passion pour basculer moi-même dans l’orgasme.

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Plus je deviens agoraphobe, plus mon voyeurisme s’aggrave. Je crois que je glisse lentement vers la folie.

* * *

Ce matin, Tommy est venu frapper à la porte de mon voisin d’en face en compagnie d’une jeune femme que je ne connaissais pas. Je les ai vus de ma fenêtre : il était tout de noir vêtu. Elle portait quant à elle une jupe grise déraisonnablement courte et un chemisier bleu échancré. Une barrette bleue retenait ses cheveux, sur le côté gauche.

Personne n’a répondu et ils s’en sont allés. Je me suis demandée s’ils ne s’étaient pas trompés d’adresse et ce n’était pas plutôt moi qu’ils venaient rendre visite. J’ai hésité une bonne heure, puis j’ai réussi à me convaincre que lui envoyer un texto serait la bonne chose à faire.

* * *

I knew you would come, me dit-il sur le ton de l’évidence en m’ouvrant sa porte.

— Ne sois pas si sûr de toi. Je sors de moins en moins de mon demi-sous-sol.

You’ve seen her, right?  I knew that it would be enough to wake up the beast inside you.

Sur la moquette du corridor derrière lui, une microjupe grise.

* * *

Le premier baiser est tendre et léger. Elle semble très nerveuse. Peut-être même effrayée.

Le second est plus long, plus profond : irrésistible. Autant pour lui que pour elle.

* * *

Il fait noir comme dans un four. Ou alors, comme dans l’antre d’un loup. Je sais que ces expressions sont des clichés usés, mais c’est pourtant exactement comment je me sens. La noirceur, ce n’est pas pratique pour moi, mais c’est ce qu’ils aiment et je ne crois pas être en position d’exiger quoi que ce soit. Je m’efforce donc de les observer à la lueur de mon iPhone.

Elle est sur le ventre, nue, avec les hanches poussées vers l’arrière. Tommy, la baise lentement, avec une patience et une adresse d’artisan pendant qu’elle soupire, le visage enfoui dans les oreillers. Il a placé une main entre les cuisses de la jeune femme et caresse son pubis, juste au-dessus du clitoris, avec un vibromasseur minuscule.

Je me demande s’il peut sentir les vibrations à travers la chair, jusque qu’à la hampe de son sexe.

* * *

Vient le moment insupportable où je ne peux plus en prendre, où tous mes sens sont saturés du plaisir des autres, où mon corps se tord et tremble de désir et que mon esprit me crie de fuir, de sauver ce qui me reste de contenance, de courir à un endroit où je trouverai calme, silence et eau fraîche.

Quand Tommy vint me trouver dans mon refuge, son amante avait eu le temps de partir et moi, j’étais déjà venue trois fois — juste assez pour reprendre forme humaine.

* * *

Tommy se masturbe sous la douche. Eau chaude et savon non parfumé. Ses doigts sont longs, minces et couleur café. Il travaille son manche avec désinvolture et dextérité, on croirait Jimi Hendrix interprétant Voodo Chile.  Au moment de jouir, son sourire reste calme et entendu.

Les serviettes sont blanches. La porcelaine est froide sous mes fesses nues. Ma volonté est en miettes, éparpillée sur le carrelage de céramique.

Il fait sombre, mais une lueur diffuse venue de quelque part éclaire suffisamment le dortoir pour que je puisse observer tout ce qui s’y passe sans trop faire d’efforts. Dans le lit d’à côté, Pierrot est couché sur le dos. Il ne porte que le t-shirt jaune-canari réglementaire du camp – mais la nuit, tous les t-shirts sont gris. Les yeux fermés, la main enroulée autour de son pénis en érection que dans son demi-sommeil il caresse paresseusement de haut en bas. Ce cher, ce tendre Pierrot.

Isabelle, sur son lit, s’est soulevée sur un coude. Sa nuisette arrive à peine à contenir ses seins lourds et la lueur de la lune se reflète dans ses yeux. Elle contemple fixement Pierrot, sa main, ses cuisses musclées, la cambrure veineuse de son membre.

Je veux la voir se lever pour le rejoindre dans son lit, je veux la regarder l’enjamber, relever son baby doll, écarter ses lourdes cuisses et remplacer la main maigre de Pierrot par la dense volupté de son sexe. Ou alors, glisser dans un demi-sommeil et mêler mes rêves alors grognements et à leurs soupirs pendant qu’ils baisent l’air étouffant d’humidité du dortoir, dans le lit juste à côté de moi.

Mais nous sommes beaucoup trop fatiguées, elle comme moi, pour consentir à un tel effort. Elle va comme moi se contenter de le regarder se caresser jusqu’à ce qu’il jouisse, jusqu’à ce qu’il se répande et s’essuie sur ses draps tachés, jusqu’à ce que nous nous endormions tous les trois dans l’odeur aigrelette de son foutre.

Demain, demain peut-être – si les petits monstres ne vampirisent pas toute notre énergie, comme ils l’ont fait chaque jour depuis trois semaines.

— Quelqu’un t’accompagne à la soirée, vendredi?

— Je te vois venir avec tes gros sabots. Épargne ta salive, c’est non.

— Un gars s’essaie, hein.

— Pour tout dire, je pensais inviter Édith.

— Édith-la-salope ?

— Hey ! Qu’est-ce que c’est que ce langage de macho à la noix ?

— Je n’ai strictement aucun préjugé envers les salopes, tu sauras. Je ne fais pas de slut shaming; je fais plutôt du slut worshipping. Et puis, si je n’aimais pas les salopes, jamais je n’aurais envisagé de t’inviter à la soirée.

— Parce que moi aussi, je suis une salope ?

— La reine des salopes. Prends-le comme un compliment, parce que c’en est un.

— Je suis prête à admettre que je suis une salope, mais Édith, franchement…

— Je vous ai vus ce matin, déjeunant les yeux dans les yeux… ne me dis pas que tu es amoureuse?

Édith était la seule autre personne matinale de ce tout inclus tropical où je m’étais impulsivement retrouvée après une crise aiguë de ras-le-bol contre l’hiver. Je la voyais chaque matin dans la salle à manger de l’hôtel et nous ne faisions qu’échanger des sourires furtifs et polis. Il m’avait fallu quatre jours pour avoir le cran de m’inviter à sa table.

— Il se trouve que j’aime avoir de la compagnie quand le mange et que vous êtes toujours trop saouls, tous autant que vous êtes, pour vous lever à une heure raisonnable.

— Pffff. Je parie que tu penses à déguster autre chose que des toasts au beurre de pinotte quand tu es avec elle, Anne-la-salope.

— Arrête de m’appeler comme ça, crétin…  Qu’est-ce que tu fais ?

— Je l’appelle, tiens. Ça n’a pas été bien difficile d’obtenir son numéro de cell, imagine-toi.

— Je…

— Yo Édith ? C’est Mike. Comment va ?… Ouais… Écoute, je suis avec Anne, ta copine de déjeuner, au bout de la plage, tu sais, près de la crique, à l’écart… On sirote quelques drinks. Ça te dirait de te joindre à nous? C’est que j’ai quelque chose à te demander… Oui… Oui… Vers dix heures ? Super. Ok, à tantôt. Bye !

— Veux-tu bien me dire ce que tu as en tête?

Il se tourna vers moi et me dit, avec son air d’abruti triomphant:

— Je vais me la taper devant toi, ici, sur la plage, devant toi. Tu vas voir.

— Pfff. Je vais plutôt voir si l’eau est bonne.

J’enlevai mon paréo et marchai jusqu’à la mer. L’eau était froide et les vagues peu vigoureuses. Je fis quelques brasses, nageai un peu sur le dos, puis me laissai un peu bercer par la houle. Quand je sortis de l’eau, Édith était là, debout en face de Mike, dos à la mer. Je m’approchai d’eux.

— La voilà qui revient ! s’écria Mike, assis comme un prince dans sa chaise de plage.

— Salut Anne ! me dit Édith en se retournant vers moi.

Je pris ma serviette et m’essuyai le corps et les cheveux.

Le vent fouettait ses longs cheveux dorés qui flottaient autour de son visage. Elle portait un maillot sport deux pièces – pas un bikini, plutôt un costume de volleyeuse de plage. Elle le portait sacrément bien, d’ailleurs. Sa peau portait le hale de la fin des vacances et ses mamelons pointaient légèrement à travers l’élasthanne du soutien-gorge.

— Je me rendais à la piscine avec Pascale quand ton chum m’a téléphoné.

— Ce n’est pas mon «chum», protestai-je faiblement.

Je lui souris timidement et haussai les épaules. Elle plissa le nez de façon malicieuse.

— Hey Édith… dit Mike. Je t’ai appelée parce que je me demandais si tu avais envie de baiser.

— De baiser?

Ses yeux s’écarquillèrent.

— Ouain, tsé. Baiser.

— Comme ça ? Sur la plage ?

— Pourquoi pas ?

Il sourit et écarta ses cuisses velues comme un ours. Nous pouvions toutes deux voir la bosse dans son short de bain. Elle me regarda de nouveau, je haussai encore les épaules.

— Et bien… est-ce que tu es un bon coup, au moins ?

Il éclata de rire.

— Bébé, je suis le meilleur.

Il tortilla sur cul sur la chaise et fit glisser son short jusqu’à ses chevilles. Sa queue à moitié bandée reposait sur sa cuisse.

— Elle n’est pas bien grosse, dit Édith, les mains sur les hanches et le bout de la langue passant distraitement sur ses lèvres.

— T’inquiète pas, elle va grossir, grogna Mike en faisant courir ses mains épaisses contre ses cuisses poilues.

— Et qu’est-ce qui pourrait la faire grandir ?

Elle s’avança et jeta une de ses longues jambes bronzées par-dessus les genoux de Mike, pour l’enfourcher. Un bras de chaque côté de la tête de l’homme, elle agrippa le dossier de sa chaise. Il osa à peine la regarder dans les yeux. Mike a beau être un trou du cul, reste que c’est aussi un sentimental.

Ils restèrent immobiles un long moment, leurs corps plaqués l’un contre l’autre et leurs visages caressés dans le vent salin. Soudain, elle l’embrassa légèrement sur le côté de la bouche, puis elle l’embrassa à nouveau, un peu plus fort. Et une troisième fois, les yeux fermés. Il posa une main derrière la tête d’Édith. Leurs lèvres étaient ouvertes et luisantes de salive. Je vis que sa bite se raidissait. Édith ouvrit les yeux et recula en souriant, à bout de souffle et le rouge au front.

Édith tendit une main vers le bas et enroula ses doigts autour du sexe rigide. Elle me regarda de nouveau en souriant bizarrement, on aurait cru qu’elle cherchait à obtenir mon approbation. J’opinai donc de la tête et admirai son corps et son visage. Une étrange sensation de chaleur déferlait en moi. Elle ferma les yeux et l’embrassa de nouveau, glissant sa langue dans sa bouche; quant à Mike, il caressait de ses mains énormes la poitrine de son amante et pinçait de temps à autre ses mamelons. Il finit par glisser ses mains sous le haut de son maillot.

Il tira le tissu vers le haut et libéra les seins. Il les pelota tout en baisant délicatement les paupières d’Édith qui poussa un profond soupir. Elle se dégagea de son étreinte et se releva.

— Ok, dit-elle. Je crois que tu peux me baiser.

Elle fit glisser gracieusement le bas de son maillot le long de ses jambes fuselées, le plia soigneusement et le rangea dans mon sac de plage. Elle retira ensuite le haut, découvrant ainsi complètement ses seins. Lorsque ce fut fait, elle se rassit sur les genoux de Mike, face à lui, la base de sa queue nichée dans la fourrure de son entrecuisse.

— Vas-y lentement, je ne suis pas très mouillée.

— Qu’est-ce qui te ferait mouille? Demanda-t-il d’une voix étrangement gutturale, en caressant les seins d’Édith à pleines mains.

Elle voûta son dos pour mieux s’offrir à la caresse et il en profita pour embrasser son cou. Il ouvrit sa bouche, et se mit à sucer le mamelon gauche du bout de ses lèvres. Elle haletait et agitait ses hanches, se frottant contre la verge gonflée. Il embrassa l’autre sein et mordilla le mamelon. De ses mains, il caressa les épaules et la nuque d’Édith dont le corps ondulait rythmiquement sur ses genoux.

— Bon, ok, ça va… Je mouille en masse maintenant, dit-elle en soupirant.

Elle posa encore sa main entre eux et se souleva juste assez pour que le bout du pénis puisse glisser dans l’obscurité de ses cuisses. Il grogna et saisit les bras d’Édit des deux mains. Elle se laissa choir lentement, laissant ainsi le pieu frayer un passage dans les replis brûlants de sa chair. Lui, soupirait, bouche ouverte.

Ils se mirent à baiser avec une lenteur presque insoutenable pour la spectatrice que j’étais, en s’embrassant les joues et la bouche, en haletant et en prononçant des paroles délirantes qui se perdaient dans le vent marin. Quelques instants avant de jouir, elle ouvrit les yeux et me regarda, le visage en feu et extatique. Ma chatte était humide, elle palpitait dans mon maillot, mais je me suis bien gardée d’y glisser les doigts. Je me mordais les lèvres quand elle me regarda. Elle ferma les yeux de nouveau et attrapa Mike par le cou comme le ferait une noyée à une bouée lorsqu’elle sentit monter l’orgasme en elle. Lui, prit ses fesses et les pétrit. Elle cria et se raidit lorsqu’il grogna et éjacula son foutre en elle.

Elle l’embrassa une dernière fois, longuement, langoureusement, puis tira lentement ses hanches vers l’arrière, jusqu’à ce que la bite baveuse glisse hors d’elle. Elle se leva, les jambes un peu tremblantes, elle récupéra le bas de son maillot, nous sourit, puis s’en fut sur la plage. Nous la regardâmes enfiler son costume en marchant pour ensuite plonger dans les vagues. Mike eut un soupir de contentement. Quant à moi, le grognai de déplaisir et retournai sans mot dire à ma chambre où m’attendait mon vibro et un peu de soulagement.

— Tu penseras à mon offre pour vendredi ! me dit Mike dès que j’eus le dos tourné.

Je n’eus même pas la politesse de me retourner pour lui tendre mon majeur. Qu’il aille se faire foutre, ce trou du cul.

Lorsque je m’éveillai le lendemain matin, je ne savais pas si elle serait au petit déjeuner. Mais elle y était et je me suis assise à sa table. Nous avons bavardé, comme d’habitude. Et j’ai trouvé que de l’avoir vu nue, que d’avoir vu la bouche de Mike sur ses seins, que d’avoir vu son cul faire des bonds de cabri alors qu’elle se faisait sauter par ce fâcheux, que tout cela ne signifiait tout compte fait pas grand-chose. Ce que je voulais d’elle allait au-delà de tout ça. Je désirais quelque chose de plus profond, quelque chose qu’une bite ne peut jamais atteindre.

J’ai un job de merde, mais je reste pour les avantages sociaux. Voilà ce que je me disais quand Léo est venu cogner timidement à la porte de mon bureau.

— Entrez, Monsieur Lebeau-Brunet. Et refermez derrière vous, je vous prie.

Je regarde le jeune comptable marcher d’un pas craintif vers moi. Je ne comprends pas comment le porteur d’un si mignon petit cul a pu se retrouver dans une profession aussi ennuyante, mais au fond, je m’en moque. Il n’y a que deux hommes qui travaillent dans ce bureau pourri et j’ai le bonheur, depuis la dernière restructuration organisationnelle, d’être leur supérieure hiérarchique. Bien entendu, Léo ne sait pas que Julien, son chef d’équipe, est déjà là, accroupi sous mon bureau, comme le petit chien obéissant qu’il est devenu depuis que j’ai la responsabilité de superviser son travail. Ce cher Julien… il peut bien passer au bureau pour un mâle alpha, avec ses pectoraux saillants et sa mâchoire de brute, mais moi je sais qu’il n’en est rien, car je n’ai eu qu’à claquer des doigts pour qu’il se retrouve nu, à genoux devant mon fauteuil de direction.

— Asseyez-vous, Leo. Ça ne vous dérange pas que je vous appelle Léo, n’est-ce pas ?

Je reste debout et lui fais signe de poser son mignon petit arrière-train sur mon fauteuil. Il me jette un regard inquiet, puis obtempère sans mot dire. Il a l’air drôlement impressionné, mais c’est bien compréhensible, puisque je porte mon uniforme de chasseresse : une jupe serrée qui tombe quinze centimètres au dessus de mes genoux, un chemisier négligemment déboutonné et ouvert sur un soutien-gorge de dentelle noire assorti avec un string que je lui montrerai sûrement tout à l’heure et surtout, les talons aiguilles les plus vertigineux qu’on puisse imaginer. Une tenue fort peu professionnelle, je l’admets volontiers, mais des plus adaptées à l’affaire qui m’occupe aujourd’hui.

— Vous êtes ici depuis quoi… trois semaines, Léo ? Je crois qu’il est temps que nous ayons une discussion franche et honnête.

Je m’assois sur le bureau, juste à côté de lui, en prenant bien soin de relever un peu ma jupe, pour lui montrer un peu plus de chair. Il se met à rougir, c’est trop mignon ! Léo est un employé modèle, toujours ponctuel, toujours bien coiffé et rasé de près, toujours empressé et désireux de plaire. Bref : l’employé soumis par excellence et le candidat idéal pour combler mes désirs. Alors que je lui parle, j’entends le bruit d’une fermeture à glissière et je le vois qui sursaute légèrement. Je me penche alors vers lui, l’obligeant à plonger son regard dans mon décolleté plutôt que de jeter un coup d’œil à ce qui se passe à l’étage du dessous.

— L’économie et le marché de l’emploi étant ce qu’ils sont, vous vous doutez bien que tous nos postes sont par définition précaires. Vous comprenez, Léo ?

Je lui déballe alors le baratin habituel du patron en situation de force, en lui faisant comprendre à mots plus ou moins couverts que son emploi ne tient qu’à un fil, qu’il doit faire preuve de polyvalence et de flexibilité – autrement dit, qu’il a intérêt à se plier à tous mes caprices. Alors que je lui sers mon laïus, j’entends de bruits baveux de succion en provenance de sous le bureau. Ce brave Julien s’est mis à l’ouvrage et lui suce la queue. Je me félicite alors de l’avoir si bien dressé. Léo se tortille le cul sur le fauteuil et je sens le besoin de rediriger son attention sur moi.

— Léo, regardez-moi et surtout écoutez-moi bien. Je vais vous laisser seul quelques instants pour que vous puissiez réfléchir à mon offre. Offre que je vous conseille fortement d’accepter, il va sans dire.

Je ne lui ai bien sûr fait aucune offre et je savoure son regard de naufragé qui tente désespérément de garder la tête hors de l’eau – et de se souvenir de ce que j’aurais bien pu lui offrir. En me relevant, je laisse tomber à escient mon stylo sur le plancher et je prends tout mon temps pour le ramasser, histoire de le laisser zieuter mes cuisses et mes fesses. Je quitte ensuite le bureau et ferme la porte en l’abandonnant aux mains – et à la bouche – de Julien.

Je me rends alors dans la pièce d’à-côté, les toilettes des hommes. Je ne risque pas de m’y faire surprendre, puisque je sais que les deux seuls employés de sexe masculin du bureau sont en « réunion ». Dans la première cabine, bien caché derrière une affiche, se trouve un trou que Julien a percé à ma demande et qui donne sur mon bureau. Je m’y colle l’œil après m’être assise sur la cuvette et je savoure le spectacle qui s’offre à moi : Léo, qui s’est déjà rendu compte (avec stupeur, sans nul doute) que c’est son collègue qui le suce, a le dos écrasé dans le fauteuil et les pantalons roulés autour des chevilles. Julien, qui ne porte que sa cravate, est à genoux devant lui, à peine sorti de sous le bureau. Quel contraste son corps offre-t-il avec celui de Léo ! Alors que le jeune comptable est mince, pâle et juvénile, Julien est baraqué, basané, poilu et presque caricaturalement viril. Ça ne l’empêche toutefois pas de pomper cette bite comme si sa vie en dépendait. Le voilà qui échappe la verge de Léo — peut-être pour reprendre son souffle… fuck ! Quel engin ! Qui aurait cru que le petit comptable cachait un tel monstre dans son caleçon ? Je comprends pourquoi Julien semble avoir mal aux mâchoires. Et cette courbe… je suis certaine que je pourrais en faire bon usage.

Julien se remet à sucer son collègue. C’est trop pour moi, j’ai l’entrecuisse qui baigne, il faut que je relâche la pression. Je relève ma jupe, j’envoie valser mon string et je glisse deux doigts sur mon pauvre clito qui commençait à se sentir un peu négligé. Patience, je vais avoir ma part du gâteau bien assez vite. Parlant de gâterie, voilà que Julien cesse sa fellation et se relève. Bien ! Tout se déroule exactement comme je l’avais prévu ! Il attrape Léo par le veston, le remet sur ses pieds, puis lui enlève ses vêtements un à un. Il se met ensuite à agacer les mamelons du jeune comptable, ce qui le fait soupirer assez fort pour que je puisse l’entendre à travers la cloison. J’espère que les filles des finances, qui travaillent de l’autre côté, ne l’entendent pas…

Julien couche Léo à plat ventre contre le bureau. Il s’agenouille ensuite derrière lui et se met à gentiment lui lécher l’anus. Je me demande pourquoi on appelle ça faire «feuille de rose»… le petit trou de Julien a plutôt l’air d’une étoile sombre… je crois que je lis trop de romans pornos. Visiblement, ce genre de truc plaît au petit nouveau : son visage est béat et il bave un peu sur mon sous-main (qui heureusement en a vu d’autres). Après quelques minutes de ce manège, Julien se relève et glisse un condom sur sa queue. Nous en sommes enfin au clou du spectacle ! Il retourne ensuite Léo comme une crêpe et relève ses jambes. C’est l’heure de la chevauchée sauvage ! Je me branle frénétiquement pendant que mon esclave salarié préféré glisse sa bite épaisse et bien bandée dans le cul de Léo, avec une lenteur presque insoutenable pour la spectatrice que je suis. Les traits du comptable se crispent, il s’accroche aux bords du bureau… et voilà que la pine est enfoncée jusqu’à la garde. Je soupire de plaisir en contemplant un autre employé non syndiqué se faire entuber par la gestion. Vive le capitalisme !

Je les regarde avec tendresse s’escrimer pendant quelques minutes avant de me relever, de réajuster ma tenue – sans toutefois remettre mon string, que je glisse dans la poche de mon tailleur – et de retourner dans mon bureau. Une fois entrée ; je feins la surprise :

— Quoi ? Mais qu’est-ce que je vois ? J’ai le dos tourné quelques minutes et vous voilà en train de faire des saloperies… et sur mon bureau en plus !

Léo, paniqué, tente de se relever, mais il est trop profondément embroché sur Julien pour espérer se dégager de son étreinte. Je m’approche donc de lui et je lui enfonce ma culotte dans la bouche.

— Petit dévergondé ! Après l’offre généreuse que je viens de te faire… comment me remercies-tu ? En te tapant ton chef d’équipe ! Quelle ingratitude !

Julien ponctue chacun de mes mots d’un coup de boutoir qui fait gémir Léo de façon audible malgré la culotte qui le bâillonne. Je me tais et je contemple un instant le spectacle attendrissant qui s’offre à moi. D’abord, mon jeune comptable, le cul écrasé sur mon bureau, les larmes aux yeux et la pine dressée d’où s’écoulent quelques gouttes de sperme. Puis mon adjoint, penché au dessus de lui et le ramonant vigoureusement en ahanant comme une bête. Ça me donne des idées pour le prochain party de Noël, tiens.

Je me débarrasse de mes escarpins, je relève ma jupe et me hisse sur le bureau. Accroupie au dessus du visage de Léo, je le enlève la culotte qui lui obstrue la bouche, puis je lui présente ma chatte comme un problème de comptabilité à résoudre.

— Lèche-moi de façon convaincante et peut-être vais-je décider de ne pas te congédier.

Son regard croise le mien, je crois qu’il tente de deviner si je blague ou si je suis sérieuse. You bet que je suis sérieuse, joli cœur ! Il se résout donc à glisser sa langue dans ma fente sans trop grimacer. Ouf ! Il est doué, le petit salopard ! sa langue s’enroule autour de mon clitoris avec juste assez d’insistance que j’en tremble de bonheur. Voyons maintenant jusqu’où il peut aller sans s’étouffer… je m’assois carrément sur son visage et son nez s’écrase contre mon pubis. Sa langue se glisse dans mon vagin, elle se courbe et vient me caresser juste au bon endroit… et chaque coup de reins que Julien assène à Léo la fait pénétrer un peu plus, comme si je me faisais baiser par une bite miniature.

Après un orgasme du tonnerre de dieu, je fais signe à Julien, qui se retire sans avoir joui – il n’aurait jamais osé le faire sans ma permission, je l’ai fait expressément inscrire dans son contrat de travail. Léo se relève péniblement, je prends sa place sur le bureau, puis je lui ronronne à l’oreille:

— Viens ici et baise-moi, mon minet.

Sans surprise, il ne se laisse pas prier et le voilà sur moi en moins de temps qu’il le faut pour dire « rapport trimestriel », bandant comme un âne dans sa capote, prêt à m’offrir ses services professionnels. Alors qu’il me baise avec enthousiasme, je glisse deux doigts sur mon clito, histoire décoller en vitesse et ne pas m’écraser en plein vol. Quant à Julien, il s’est placé debout sur le bureau, au dessus de ma tête, et offre sa queue à Léo pour qu’il la tète. La vue d’ici est imprenable et suffit à me faire basculer une fois de plus dans l’orgasme.

Après avoir repris mes sens, je constate que ce vaurien de Julien en a profité lui aussi pour jouir, sans avoir obtenu au préalable ma permission. Il a tellement éjaculé dans la bouche de Léo que le menton et la joue gauche du comptable sont barbouillés de foutre. Ce geste d’insubordination ne restera pas impuni, il ne perd rien pour attendre celui-là. Je crois que je vais lui faire une déduction sur son salaire.

— Prenez congé le reste de la journée, Monsieur Lebeau-Brunet. Allez ouste, hors de mon bureau et je vous attends demain matin à huit heures précises pour terminer cet entretien. Soyez à l’heure, c’est dans votre intérêt.

Il ramasse ses fripes en vitesse et s’habille maladroitement, la bite si raide qu’il a du mal à remettre son pantalon. Il a le visage couvert de sperme séché, ça lui donne un petit air de…

— Nadine ! Nadine !

La secrétaire sursauta à l’appel de son nom. Devant elle se tenait le comptable et il n’avait pas du tout l’air content.

— Ou… Oui Monsieur Lebeau-Brunet ?

— Encore en train de rêvasser, à ce que je vois. As-tu fini de préparer le tableau que je t’ai donné ce matin ? J’ai rendez-vous avec notre chef d’équipe dans dix minutes et il me le faut absolument.

— C’est que… je… je croyais que j’avais jusqu’à demain matin, et…

— Dois-je comprendre que ce n’est pas prêt ?

— Je vais le faire avant de partir ce soir, je vous le promets.

— Tu as intérêt à le faire. Et tu peux oublier les heures supplémentaires, même si tu n’es pas sortie d’ici avant minuit. Je suis déçu, Nadine. Très déçu. Je vais le mentionner à Julien et on en discutera certainement lors de ton évaluation probatoire.

Le gringalet lui lança une moue dédaigneuse et lui tourna les talons. «Quel beau salopard !» se dit Nadine en reluquant furtivement son popotin. «Dire qu’il a au moins dix ans de moins que moi et qu’il a déjà dix fois plus de pouvoir que moi dans ce bureau pourri… crisse que j’ai hâte à la retraite !»

Elle ouvrit alors Excel et se remit au travail.

C’est toujours quand je m’y attends le moins que l’homme qui habite en face de chez moi se met à se masturber devant la fenêtre de sa chambre.

La première fois que c’est arrivé, j’en ai perdu tous mes moyens. Je crus d’abord qu’il ignorait que je pouvais le voir, alors je fis celle qui n’avait rien vu et je fuis illico ma propre chambre en éteignant la lumière derrière moi. Ce qui me troublait particulièrement, c’était que ce type n’était pas un parfait inconnu. Je l’avais déjà croisé sur le trottoir, je l’avais même déjà salué à quelques reprises alors qu’il rentrait chez lui avec sa femme. Il me semble même avoir enseigné à son fils il y a une dizaine d’années, quoique je n’en sois pas certaine – je crois bien l’avoir déjà croisé à une rencontre de parents. À ce moment, j’étais convaincue qu’il serait mort de honte s’il avait su que je l’avais vu se polir l’engin.

La deuxième fois que c’est arrivé, il était debout devant sa fenêtre et je pouvais le voir de profil. Je l’ai observé pendant trois ou quatre secondes et j’ai ensuite éteint la lumière. Mais cette fois-là, au lieu de tourner les talons et quitter à la hâte ma chambre, j’ai plutôt fermé la porte et je me suis doucement approchée de ma fenêtre pour le regarder. La sienne étant plutôt une porte patio, je fus à même de l’admirer de pied en cap et de constater que son pantalon était autour de ses chevilles. Il finit par se tourner et je pus constater à quel point il était velu : des poils sombres et touffus couvraient sa poitrine, son ventre et son pubis. J’aime beaucoup les hommes poilus, j’aime la sensation sur ma peau. Et je pouvais voir sa queue, bien entendu. Elle était longue et bien épaisse, comme la main qui était enroulée autour d’elle et qui la caressait de haut en bas. Son regard était sérieux et concentré sur ce qu’il faisait. Le mien aussi : je n’en manquais pas une miette. J’eus une bouffée de chaleur et de désir quand je le vis renverser la tête vers l’arrière, ouvrir la bouche comme s’il faisait mine de crier. Ma main se fraya inconsciemment un chemin entre mes cuisses, sous ma culotte. Je mouillais abondamment. J’ai joui quelques instants après lui.

La troisième fois que c’est arrivé, il faisait carrément face à ma fenêtre. J’avais placé un fichu de coton rouge sur ma lampe de chevet pour tamiser la lumière juste assez pour me sentir en sureté, mais de façon à laisser aussi assez de clarté pour qu’il puisse m’observer à sa guise. Je portais un string en dentelle et un soutien-gorge transparent. Fébrile comme une pucelle lors de son premier rendez-vous, je tremblais comme une feuille. J’étais déjà sur le point de jouir au moment où mon doigt se posa sur mon clitoris et j’eus le temps de venir trois autres fois avant qu’il n’éjacule. Cette fois-là, je vis son foutre éclabousser la fenêtre comme mille gouttes de pluie opalines. Lorsque ce fut fait, nos regards se croisèrent pendant un long moment. Il ne souriait pas – moi non plus. Il sortit de sa chambre sans éponger la vitre; moi, je restai longtemps assise sur mon lit, troublée par ce qui venait de se produire, me demandant d’où pouvait bien provenir cette tendance au voyeurisme incongrue qui ne s’était jamais manifestée chez moi par le passé.

La quatrième fois que c’est arrivé, nous étions tous les deux nus. Mes mamelons étaient durs et je les pinçais pendant qu’il me regardait. Je le voyais caresser sa bite qui lentement se gorgeait de sang en relevant fièrement la tête. Je posai un pied sur la chaise de la coiffeuse et adoptai une posture qui lui permettrait d’avoir une vue imprenable sur ma chatte qui s’était éclose juste pour lui. Je le voulais dans la chambre, avec moi, je le voulais à l’intérieur de moi – je le voulais plus que tout ce que j’avais pu vouloir auparavant. Ses mouvements étaient plus lents que la fois précédente, comme s’il voulait se laisser tout le temps de me regarder. J’eus un orgasme, puis deux, puis trois en ne quittant pas sa main et son sexe des yeux. J’aurais voulu me mettre à genoux entre ses jambes et prendre dans ma bouche. J’aurais voulu le goûter. Ma bouche s’ouvrit machinalement lorsqu’il jouit, comme si j’avais pu attraper son foutre qu’il étala, encore une fois, sur la fenêtre. Les scénarios les plus fous envahirent mon esprit : s’il ouvrait sa fenêtre, si j’ouvrais la mienne…

La dernière fois que c’est arrivé, c’était le premier orage du printemps. Il pleuvait si fort qu’on voyait à peine à travers les fenêtres. J’ai fini par me retrouver, comme lui, écrasée contre la vitre et lorsque nous eûmes tous deux joui, les fenêtres étaient maculées de bave, de foutre, de cyprine, de sueur et de la brume de notre souffle oppressé. Du bout du doigt, je traçai en lettres inversées « XU∃V ∃T ∃ᒐ ». Il me répondit « MOI AUSSI ». Un étrange sentiment d’intimité partagée m’envahit, même si deux vitres, une dizaine de mètres et des trombes d’eau me séparaient de l’objet de mes désirs.

Depuis, chaque fois que je le croise dans la rue – la plupart du temps en compagnie de sa légitime – nos regards se fuient, ne se rencontrent jamais. Je souris à sa femme et je les salue, mais nous agissons, lui et moi, comme si nous étions de parfaits étrangers. Pourtant, je me sens chaque fois le rouge me monter au front et ma culotte s’imbiber de mouille. Je jette alors un regard furtif sur sa braguette dans l’espoir d’y détecter la bosse qui trahirait son désir. Parfois, elle est là. Parfois, il se place afin qu’elle soit moins perceptible. Toujours est-il que je suis continuellement dans un état d’excitation insoutenable. J’attends impatiemment que le soleil se couche, que vienne l’orage, que nous puissions nous unir fois de plus. Et surtout, je me demande si, un soir de pluie, il viendra maculer ma fenêtre ou si je serai celle qui prendra les devants et irai mouiller la sienne.