La conférence interrompue

«Commence une mélodie étrange, celle de l’amour à six. On dirait une pièce de musique concrète de Pierre Schaeffer : percussions rythmées produites par le matelas et le lit, grognements graves des hommes qui répondent aux plaintes flûtées des femmes. Le rythme fluctue, tout en accélérant. Les voix se tissent, se nouent et se défont autour de ce martèlement, jusqu’au cri final

* * *

Je suis en plein processus de réécriture de mes anciens textes. Ça peut sembler étrange, mais cela fait selon moi partie de l’auto-publication sur le web: il n’y a jamais de version définitive, chaque oeuvre est un chantier perpétuellement ouvert et ce n’est que lorsque je serai définitivement partie pour Croatan que ce que j’aurai écrit se fixera – ou sera atteint de rigidité cadavérique.

Je vous soumets donc aujourd’hui la seconde version de ce texte qui date de 2010. Intitulé La Conférence interrompue, il s’agit d’une pièce érotico-philosophique sous forme de transcription de fichiers audio (qui, vous vous en doutez bien, n’existent pas). La prémisse est la suivante : après une nuit passée chez son amant, une femme prépare une conférence sur l’anarchie qu’elle doit donner le soir même. Elle est toutefois continuellement interrompue dans son travail par une série de personnages dont le comportement, par inadvertance, vient illustrer le propos de la conférence – comme si la vie, foisonnante et incontrôlable, faisait irruption dans la théorie.

Pour cette deuxième version, j’ai corrigé une quantité stupéfiante de coquilles et de fautes, en plus d’ajuster un peu le vocabulaire pour le rendre un peu plus «oral» (même si personne ne parle comme ça, j’en suis bien consciente). J’ai aussi ajouté quelques répliques, histoire de rendre les transitions un peu plus naturelles.

Prenez et téléchargez-le tous, ceci est mon pdf, livré pour vous.

Gainsbourg et la Mélodie du bonheur qui se côtoient dans la même grille : pas mal, non ? Je ne suis pas trop mécontente de cette grille, même si elle est un peu lourde côté cases noires, puisque pour une fois, j’ai une belle potence et j’ai évité les chevilles.

(Votre devoir pour ce soir: allez vérifier ce qu’est une potence et une cheville quand on parle mots croisés.)

Une cruciverbiste m’a fait remarquer qu’il est maintenant usuel d’écrire anulingus plutôt qu’anilinctus comme en 2.1.v. Je lui ai répondu que c’est toutefois le terme utilisé dans la plupart des manuels de sexologie et dans le Dictionnaire des fantasmes et des perversions de Brenda B. Love, faque hého, hein, tsé. Enfin, pour ceux et celles qui ne savent toujours pas à quoi h.11.1 fait référence, je vous déconseille fortement de vous frotter à l’oeuvre psychopathe, anthropophage et franchement misogyne de Dolcett.

* * *

Toujours est-il que nous avons une championne ! Lison Beaulieu a été la première à me faire parvenir la solution et a été intronisée, lors d’une cérémonie privée, dans le très Noble et Ancien Ordre Lubrique des Masturbatrices Compulsives à titre d’Amazone des dortoirs, deuxième classe, avec tous les honneurs et privilèges dus à son rang – dont une copie dédicacée du Carnet écarlate, le livre dont tout le monde parle (du moins, c’est ce que font les voix dans ma tête).

Rendez-vous le mois prochain pour une autre grille… et une autre copie dédicacée à gagner !

Je me nomme AA et je suis une verbicruciste anonyme.

Je croise les mots depuis que je sais que les mots peuvent se croiser. Enfant, je dessinais des grilles pendant que mes petits camarades griffonnaient des soleils et des maisons. Mais c’est à la puberté que caresser la case devint pour moi une obsession. Je me réfugiais souvent dans les toilettes pendant des heures pour contempler des grilles à l’abri des regards. Ma mère, inquiète de cette sale manie, consulta un médecin qui prescrit des activités plus saines pour une fille de mon âge, comme l’application de vernis à ongles sur les doigts de pieds, la lecture de Filles d’aujourd’hui et la stimulation de l’entrejambe par la station assise sur les radiateurs. Hélas, c’était plus fort que moi. Je ne cessais de me cacher, dictionnaire à la main, pour me vautrer dans ma perversion verbicruciste.

Évidemment, ma vie sentimentale en a beaucoup souffert. Je fus systématiquement ostracisée par les jeunes de mon quartier, qui m’affublaient de sobriquets tous plus vils les uns que les autres : io, uri, if, lo, eesti et même oc. J’eus donc à porter les stigmates d’une vile manie qu’on ne tolère que chez les gardiens de nuit, les fonctionnaires tablettés et autres usagers des salles d’attente des hôpitaux.

La chance de ma vie fut de rencontrer une jeune cruciverbiste qui me redonna le goût de vivre, moi qui en était arrivée à vouloir me pendre à ma propre potence (sans cases noires, évidemment). Je lui fis une cour assidue en lui dédiant des grilles passionnées, pleines de mots de douze lettres et de chevilles aux définitions folles. Depuis, nous formons un couple heureux, basé sur une saine complicité : je lui parle par énigmes et elle remplit les blancs.

* * *

Vous savez quoi? Cette fois-ci, le prix en vaut la peine ! La première personne qui m’enverra la soluce au anne@archet.net, en plus d’être intronisée dans le très Noble et Ancien Ordre Lubrique des Masturbateurs Compulsifs se méritera une copie dédicacée du Carnet écarlate, le plus-que-célèbre livre qu’il faut lire pour pouvoir se vanter de l’avoir lu!  Je compte qu’en offrir trois d’ici la fin de l’année, alors aiguisez vos crayons à mine HB et téléchargez cette grille en format pdf tout de suite avant qu’il ne soit trop tard !

Ce soir a eu lieu le lancement du Carnet écarlate. Vous n’y étiez pas? Vous avez manqué quelque chose – je n’y était pas moi non plus et ce fut marvoulousse, croyez-moi sur parole. La divine poétesse Pascale Bérubé (envers qui je serai éternellement reconnaissante), qui avait été mandatée de me représenter, a lu un petit mot que je m’empresse de partager avec vous.

Dédicace

Bonsoir à tous et à toutes. Je m’appelle Pascale Bérubé et je suis Anne Archet. Depuis des années, à l’insu de mes proches, de mes amis, de ma famille, des forces de l’ordre, du petit Jésus et même de moi-même, je mène une double vie en perdant un temps incommensurable sur internet.

Bin Non. Je blague. Je ne fais que lire ce qu’Anne nous a écrit. Vous pouvez bien rigoler : je suis autant soulagée que vous. Parce que moi, je sais qui c’est et sincèrement, vous ne voudriez pas être coincée dans un ascenseur avec elle.

En tout cas. Le reste va comme suit :

«Chères amies, je vous présente toutes mes excuses. Encore une fois, je brille de la seule façon que je le peux – c’est-à-dire, par mon absence. Vous attendiez-vous vraiment à me voir ce soir? Vous pensiez qu’une petite chinoise maigre comme un jour de carême finirait par se pointer pour faire une crise de panique et d’incontinence urinaire live, devant vos yeux ébahis? Bien sûr que non. Allez, avouez que vous n’êtes pas surprises si j’ai préféré rester terrée dans mon mythique demi-sous-sol du vieux Hull, en compagnie de mes chats, de mon Hitachi Magic Wand modifié et de ma maladie mentale. Meilleure chance la prochaine fois. Tourlou, merci d’être venus, bonne soirée et portez-vous bien.»

Voilà. C’est tout ce qu’elle nous a écrit. Je ne sais pas ce que vous en pensez, mais moi, je trouve ça franchement irrespectueux envers nous tous. Une auteur a le devoir de se présenter devant ses lectrices pour dédicacer des livres, répondre aux questions des journalistes et faire semblant que Guy A Lepage est comique. C’est pour cela qu’après mûre réflexion, j’ai décidé ce soir de la démasquer. Vous voyez la femme qui est à l’arrière, à côté du rayon des nouveautés…? Oui, celle qui fait semblant que ce n’est pas elle et qui fait non de la tête. Eh bien, croyez-le ou non, Anne Archet, c’est ELLE. Allez, Anne! Viens me rejoindre, ne sois pas timide. On l’encourage par une bonne main d’applaudissement ! Mesdames et messieurs, ANNE ARCHET!

Ha, ha, ha. Évidemment, ce n’est pas vrai pantoute, je suis encore en train de lire la note qu’Anne nous a fait parvenir. Je ne contrôle absolument pas ce que je dis, c’est elle qui me met les mots à la bouche : noune, plotte, totons, clitorissse, pwel, fromage de batte, glaire cervicale. Yesss ! Je me sens comme une ventriloque TOUTE PUISSANTE ! Je suis DIEU ! Wooohooo! Je suis presque aussi omnipotente que Fabienne Larouche et juste une peu moins épeurante!

Trêve de gnéseries. Que peut-on dire au sujet du Carnet écarlate… Vous avez lu la quatrième de couverture? Je pense que tout est là : c’est «le meilleur de moi-même». Je suis une femme de peu de talents : j’aurais aimé savoir résoudre des intégrales quadruples, cuire un soufflé qui ne s’effouère pas lamentablement, trouver un vaccin contre la fièvre Ebola ou simplement être douée pour vivre comme une personne normale et saine d’esprit – vous savez, le genre qui se présente en personne dans les lancements pour grignoter des petits fours. Hélas, je ne sais que faire de l’esprit, si possible en mots de cinq cents mots. Vous avez donc entre vos mains le meilleur de moi-même, mon moi profond, l’essence de mon être – et je vous prierais de ne pas vous servir de mon moi profond comme sous-verre, mon âme est déjà assez tachée par le vice pour en plus se retrouver avec des cernes de boisson.

Le Carnet écarlate est une collection de petits textes érotiques écrits sur une très longue période de temps. Les plus anciens datent du siècle dernier, c’est dire à quel point ils sont old school. Depuis que je sais écrire en lettres attachées, je remplis des carnets avec tout ce qui me passe par la tête. Ma puberté ayant été fort précoce, ce qui me passe par la tête s’est mis assez rapidement à s’organiser autour d’un thème unique : ce qui se passe dans et autour de ma culotte. Lorsque les dynamiques et séduisantes éditrices du Remue-ménage m’ont demandé si j’avais quelque chose qui traînait dans mes tiroirs, j’ai pris une grande respiration et j’ai plongé dans cet océan de lambeaux de textes pour en extraire la substantifique moelle, celle que je vous invite aujourd’hui à sucer sans vergogne.

(Ha ! Je lui ai fait dire : «sucer sans vergogne!»)

Le Carnet écarlate parle de sexe et comme la sexualité humaine, il est parfois drôle, parfois tragique, parfois jouissif, parfois traumatisant, parfois tendre, parfois cruel – parfois érotique, tendre et angélique, parfois porno, crade et vulgaire. Je vous invite à l’aborder comme un catalogue inachevé et (dé)raisonné de l’amour physique entre femmes. Comme une boîte de chocolats assortis dont certains sont à la ganache et d’autres au poivre noir. Comme un écrin à bijoux contenant des perles et des œufs de cafard.

Je voudrais en terminant remercier toute l’équipe du Remue-ménage, en particulier Valérie Lefebvre-Faucher qui m’a fait bénéficier de ses conseils et qui m’a permis de rendre ce fouillis libidineux publiable. Aussi bien l’avouer, puisque c’est un secret de polichinelle : Anne Archet, en réalité, c’est elle. Je m’en voudrais de ne pas remercier Anne Migner-Laurin, sans qui le bouquin n’aurait jamais vu le jour et qui depuis si longtemps se cache derrière le pseudonyme d’Anne Archet. La coquine : comment être surprise? Un immense merci à Mélanie Baillargé, l’extraordinairement talentueuse illustratrice du Carnet écarlate; je dirais bien qu’elle aussi est Anne Archet, mais ça serait faire trop d’honneur à ma petite personne. Disons le franchement : Mélanie est Anne Archet, mais en beaucoup, beaucoup mieux. Je tiens aussi à remercier Stéphane Rivard, alias SS Latrique, alias Anne Archet, mon partenaire dans la terreur et dans le crime qui a tant travaillé avec Mélanie pour organiser ce lancement. Enfin, merci à la Librairie Le port de tête de nous avoir accueilli ce soir ; dorénavant, je ne volerai plus jamais de livres chez vous. Promis.

Bonne soirée. Je vous embrasse, tous autant que vous êtes.

Anne Archet

* * *

Le Carnet écarlate est en vente chez tous les bons libraires et même les mauvais, en format papier, epub et pdf.

— Anne Agace-Pissette !

Je me retourne. C’est ce demeuré de Steve Ménard, entouré de sa bande de copains lèche-culs. Encore.

— Comment tu m’as appelée?

— Agace-pissette.

— Et pourquoi tu m’appelles comme ça?

— Parce que c’est ce que tu es. Rien qu’une querisse d’agace.

Deux de ses grouillots se mettent à rigoler comme des crétins.

— Et qu’est-ce qui te fait dire que je suis une agace, au juste?

— T’as pas vu de quoi t’as l’air? Comment tu portes ton uniforme? Comment tu frottes tes cuisses pis que tu grouilles ton cul quand tu marches dans la caf’ ?

J’entends un autre de ses larbins siffler : « Estie de plotte».

— Je porte mon uniforme exactement comme toutes les autres filles. Et si je frotte mes cuisses en marchant, c’est parce que je suis faite comme ça, c’est tout.

— C’est ce que je disais : agace-pissette. Salope et stuck-up, en plus.

— Je vais te montrer ce que ça fait, une agace-pissette stuck-up, gros moron.

Je le pousse contre le casier, puis je me jette à genoux devant lui. Il porte un survêtement de sport, alors la surprise aidant, c’est un jeu d’enfant de le déculotter suffisamment pour me permettre d’arriver à mes fins.

Je sors sa bite de son caleçon. Il tremble.

Je le prends dans ma bouche. Il frissonne.

Je fais aller et venir ma tête d’avant en arrière. Il gémit.

J’agite la langue. Il vient.

Le tout en moins d’une minute, top chrono.

Je me relève, puis lui crache son foutre à la figure. Ses trouillards de potes sont trop stupéfaits pour dire ou faire quoi que ce soit. Lui-même est tétanisé et hagard, des larmes de sperme sur les joues.

— Je ne suis pas une agace, dis-je avant de tourner les talons.

Du moins, c’est ce que je fantasme depuis vingt ans d’avoir fait.

Tu es derrière le comptoir au Café Atmosphère
L’artiste du latté aux yeux d’azur
Le maestro du sandwich sur pain intégral
Au tablier taché de foutre en mayonnaise
À la beauté blanche, diaphane et fragile

Tu es si sexy avec ta viande froide
Et ta baguette de six pouces
Avec ton minois de minet sans défense
Que tu éveilles en moi des pulsions
Contre-nature de conquérante
(Si je me fie à ce que j’ai lu
Dans le dernier Cosmo.)

Laisse-moi être ton héroïne
Laisse-moi être ta guerrière viking
Laisse-moi t’emmener loin d’ici
Laisse-moi te sauver de ton boss bedonnant
Laisse-moi t’enlever en vélo
À défaut d’un blanc destrier

Tu es si suave et exquis
Si tendre et si vulnérable
Je veux être ton chevalier servant
Je veux être ta championne obligée
T’acheter des fringues hors de prix
Du parfum et des bijoux
Jeter ma veste dans la boue
Pour que tu puisses marcher sans salir tes pieds
Baiser ta main fuselée
Essuyer ton sexe avec mes cheveux
Passer mes mains dans tes boucles blondes
Jusqu’à ce que tu t’endormes

Ton prénom caresse mon oreille
Et suffit à lui seul à me faire mouiller
Oublie ce que j’ai commandé
Laisse tomber l’allongé-deux-crèmes
Viens chez moi viens dans ma chambre
Viens que je te lise des poèmes enflammés
Viens que je te présente à mes parents
Viens que je te passe la bague au doigt
Viens que je t’apprenne ce qu’est le plaisir
Viens que je chérisse chaque parcelle de ton corps

Je veux laisser courir mes ongles
Affutés comme des rasoirs sur ta peau
Je veux te voir à ma merci
Vêtu d’un short noir et rien d’autre
Ligoté sur une chaise de bois
Je veux arracher un à un
Les poils blonds et follets de ton ventre
Et les garder précieusement sur moi
Comme une sainte relique
Je veux oindre mon front
De ta salive et de ton sperme
Je veux te prendre par tous tes orifices
Faire de toi ma poupée de plaisir
Je veux te révéler à toi-même
Te faire connaître l’extase suprême
De ne plus t’appartenir
De n’être que pur objet de désir
De n’être plus qu’une idole de chair
Entièrement dédiée à ma vénération
Et mon envie folle de te posséder

Laisse-moi te sauver
Et sauve-moi par le fait même
De ce monde qui n’est fait
Que pour les demoiselles en détresse
Que pour les princesses en mal de délivrance
Laisse-toi devenir ma proie
Ô mon Adonis
Du Café Atmosphère

— Qu’est-ce qu’il y a là-dedans? me demande-t-elle en feuilletant le carnet écarlate.

— Le meilleur de moi-même.

— Vraiment ? Alors je dois lui faire l’amour.

Elle lèche une page comme s’il s’agissait de mon sexe, effaçant petit à petit de sa salive tout ce que j’avais écrit, puis offre à ma bouche un petit bout de langue bleue.

Le carnet écarlate

Voilà, c’est enfin officiel : mon nouveau (et premier, du moins sur papier) bouquin sera disponible en librairie le 14 octobre prochain. Ça s’intitule Le carnet écarlate, c’est publié par les Éditions du remue-ménage et c’est constitué de très courts textes érotiques – certains aussi courts qu’une phrase – illustrés par la sublime (et esssstrêmement talentueuse) Mélanie Baillargé. Un gros cent quarante pages d’amour saphique décliné sur tous les tons.

Il y aura un lancement à Montréal, à la Librairie Le port de tête le 15 octobre à 18h00. Si vous faites partie de ce 123% de la population mondiale qui s’est inscrit sur Facebook, vous pouvez y trouver les détails. Ce sont Mélanie, le ténébreux SS Latrique et mes gentilles éditrices féministes qui l’organisent. Vais-je être présente? Qui sait… peut-être arriverai-je à y débouler en cassant un talon pour faire tout un scandale induit par la dose massive d’anxiolytiques que j’aurai préalablement ingérée pour me donner le courage initial de sortir de mon demi sous-sol.

Ou alors je trouverai une pulpeuse Anne Archet de rechange et je la chargerai de vous transmettre toute mon affection émoustillée.

On verra.

Le cimetière tranquille cuisait sous les derniers rayons du soleil d’été.

— Installons-nous sous cet arbre, l’ombre a l’air délicieuse, dit-elle.

Ils tombèrent dans les bras l’un de l’autre et se déshabillèrent mutuellement en s’embrassant avec passion.

— Wow… tu es trop bandante… murmura-t-il.

— Baise-moi bien fort, répondit-elle laconiquement.

Elle planta ses ongles dans son dos pendant qu’il la prenait vigoureusement, presque furieusement. Elle jouit la première, en renversant sa tête en arrière et en criant son plaisir aux nuages. Il grogna quelques secondes plus tard en déchargeant son foutre, le gland buté contre le col de sa matrice.

— C’était fantastique, haleta-t-il. Quelle semaine incroyable.

— Les amourettes de vacances, y’a que ça de vrai, ajouta-t-elle en souriant.

— C’est vraiment plate que tu doives partir demain. Tu ne peux pas rester plus longtemps?

Elle secoua la tête.

— Non. Mon mari est un vieux barbon, mais il est friqué. Je n’ai pas envie de le contrarier – ou pire, d’éveiller ses soupçons.

— Dommage.

— Hey, ne fais pas cette tête. Les vacances ne sont pas encore tout à fait finies, Don Juan. Il nous reste quelques heures : faisons-le encore, maintenant. Et encore une fois – toute la nuit.

Ils baisèrent alors plus lentement, plus tendrement, sur une pierre tombale gentiment chauffée par le soleil. Lorsqu’il jouit à nouveau, elle eut un bref moment d’inquiétude en pensant à la vasectomie de son mari. Un peu de calcul mental la rassura : pas de souci à se faire, elle était dans la zone.

En se levant, elle ne remarqua pas l’empreinte rougie que la pierre avait laissée en relief sur ses fesses. En lettres inversées, on pouvait lire : «espérance d’une vie nouvelle».

Dans la foule qui tapisse les rues, il y a un homme qui marche, nu. Il n’est visible que par intermittence, comme une apparition surnaturelle, entre les rangs entrelacés de marcheurs en veston-cravate, en jeans déchirés, en robe soleil, en costume de clown et en uniforme de milice d’extrême droite. L’homme nu ne provoque aucune émotion, pas même un seul regard amusé ou agacé; il jouit d’une immunité étrange, voire suspecte.

Sa nudité n’est pas sans attrait; ses muscles se meuvent avec grâce au rythme fluide de sa marche. Ses fesses se tendent en alternance, ses mollets se tendent et se relâchent comme une mécanique soigneusement huilée et ajustée. Quant à son sexe, il est légèrement dressé et sautille entre ses cuisses légèrement poilues. Son visage est de ceux qu’on voudrait spontanément embrasser si on se donne la peine de le contempler comme il le mérite. Or, il n’y a dans cette foule de quidams occupés et bien nourris personne qui n’a le temps pour ce genre de frivolité.

L’Oneiric Cafe est au coin de la rue. Ses tables s’étirent le long du trottoir; chacune d’elle est coiffée d’un parasol jaune et blanc qui émet une étrange lueur, comme s’il était fait de peau de ver luisant. À la table du coin, celle qui est la plus proche de la foule écumante, une femme est assise, nue elle aussi. Elle lit le journal et sirote un café au lait. Sa nudité est tout aussi attirante que celle de l’homme qui marche ; ses seins sont denses et mûrs, ses jambes sont généreusement galbées, son regard laisse à peine transparaître la lourde sensualité – voire la profonde indécence – de ses désirs. Son visage est aussi de ceux qu’on voudrait spontanément embrasser, comme celui de l’homme qui marche, mais pour des raisons forts différentes et beaucoup moins avouables.

En levant les yeux de son journal, la femme nue aperçoit l’homme nu se frayant peu à peu un passage parmi la masse informe et vêtue. Elle écarquille légèrement les yeux – parce qu’elle est surprise ou parce qu’elle le reconnaît? – et l’observe s’approcher d’elle, le visage pudiquement caché par son bol.

C’est alors que je prends soudainement conscience de ma présence dans cette scène. Je crois que je suis une serveuse, car je tiens un plateau sur lequel est déposé une rose noire. Je suis terrassée par le coup de foudre, c’est l’amour, le pur, le vrai – mais je me réveille avant de savoir lequel de ses deux êtres est l’objet de cet embrasement.

Je n’arrive pas à y croire que je me retrouve encore dans cette situation. Décidément, il n’y a qu’à moi que ça arrive.

— Anne, je suis désolé. Je ne voulais pas te faire de fausses promesses et encore moins te faire du mal. Je tiens beaucoup à toi.

— Pourquoi est-ce fini, si c’est le cas? Ce fut la nuit la plus parfaite de toute ma vie. Personne ne m’a jamais fait l’amour comme tu l’as fait.

— Tu dis ça juste parce que…

— Parce que rien. Tu ne m’as pas juste baisée, tu m’as aimée, passionnément, avec tout ton corps et tout ton âme. Je t’en prie, ne gâche pas ce que nous avons vécu en n’en faisant qu’une histoire d’un soir. Je ne crois pas que j’arriverai à m’en remettre…

Et c’est à ce moment que je me suis mise à pleurer comme une idiote. Il m’a alors prise dans ses bras et a tenté maladroitement de me rassurer.

— Ce n’est pas une histoire d’un soir quand c’est le destin qui nous sépare, mon amour. Si je reste, je te ferai du mal.

— Ça y est, voilà la vieille rengaine qui arrive : «Je ne suis pas bon pour toi, je vais te faire souffrir, tu mérites mieux, et patati et patata… » lui ai-je dit en me dégageant de son étreinte.

— Tu dois me croire. On ne peut pas faire autrement, je te supplie de me croire.

— Voilà une nuit qui aurait pu être parfaite qui se termine. Le soleil se lève. J’aimais tant les aurores, avant.

— Moi aussi, a-t-il dit en essuyant une larme.

Il a pris ma main et m’a entrainée jusqu’au balcon. Devant le soleil levant, il m’a embrassée tendrement, puis m’a murmuré à l’oreille :

— Adieu, Anne.

Il s’est ensuite instantanément embrasé jusqu’à ce qu’il soit réduit à un petit tas de cendres grisâtres, sa dernière larme bouillonnant en s’évaporant sur la rampe du balcon.

C’est toujours la même histoire. Les meilleurs mecs sont tous mariés, gays, ou alors des salopards de vampires.

Ainsi se termine l’édition 2014 de la Nuit de la comptine. Un immense merci à tous ceux et celles qui ont mis des sous dans mon chapeau; vous êtes des amours en sucre d’orge.

Rendez-vous dans un jour ou deux pour télécharger la nouvelle édition augmentée des Comptines pour ne pas dormir, qui inclura des illustrations originales par votre athlète de la gnéserie cochonne préférée.

Comme le dit toujours mon agent de libération conditionnelle: c’est un dossier à suivre.

Dodo Berline
Sainte Catherine
Endormez-moi cette enfant
Quelle récupère de ses tourments

Ce soir on l’a fustigée
Pendue à l’envers par les pieds
Laissée à baigner dans sa pisse
Baisée par tous les orifices

Dodo Berline
Sainte Catherine
Endormez-moi cette enfant
Quelle récupère de ses tourments

Si l’enfant s’éveille
Coupez-lui l’oreille
Si l’enfant dort bien
Elle aura un gros câlin

Nous n’irons plus au bois
Pour aller faire baiser
La belle que voilà
Par des tas d’étrangers

Sortez votre bite
Si on vous y invite
Dans les fourrés
Fourgonnez qui vous voudrez

La belle que voilà
Par des tas d’étrangers
Car du dogging elle a
Fini par se lasser

Sortez votre bite
Si on vous y invite
Dans les fourrés
Fourgonnez qui vous voudrez

Car du dogging elle a
Fini par se lasser
Le samedi restera
Sage devant la télé

Sortez votre bite
Si on vous y invite
Dans les fourrés
Fourgonnez qui vous voudrez

Le samedi restera
Sage devant la télé
Et j’irai, quant à moi
Seule aller prendre mon pied

Sortez votre bite
Si on vous y invite
Dans les fourrés
Fourgonnez qui vous voudrez

 

C’est Gugusse, avec son aiguillon
Qui fait jouir les filles
C’est Gugusse, avec son aiguillon
Qui fait jouir les filles et les garçons

Mon papa il ne veut pas
Que je jouisse, que je jouisse
Mon papa il ne veut pas
Que je jouisse entre ses bras

C’est Gugusse, avec son aiguillon
Qui fait jouir les filles
C’est Gugusse, avec son aiguillon
Qui fait jouir les filles et les garçons

Il dira ce qu’il voudra
Moi je jouis, moi je jouis
Il dira ce qu’il voudra
Je vais jouir entre ses bras.

 

I went to the bordel
Pour boucler la fin du mois
The first guy I met
M’a prise pour une fille de joie

I love you
Vous ne m’aimez guère
I love you
Vous n’m’aimez pas du tout

Mam’zelle what have you got
Sous ce beau petit jupon-là?

I’ve got a bubble butt
Ne l’achèteriez-vous pas?

I love you
Vous ne m’aimez guère
I love you
Vous n’m’aimez pas du tout

Oh ! Let me fuck you now
C’est ma femme qui vous paiera

I went to see his wife :
La salope n’y était pas !

I love you
Vous ne m’aimez guère
I love you
Vous n’m’aimez pas du tout

* * *

Aidez cette pauvre artiste flouée par son client. PayPalez-lui un dollar ou deux, elle pourra prendre le bus et retourner à la maison.

Faudra-t-il les ramasser ?
Les tortiller ou les nouer ?
Les jeter par-dessus l’épaule ?
Les laisser tremper dans un bol ?
Les faire sécher sur le comptoir ?
Les remiser dans une armoire ?
Aller les inscrire à la bourse ?
À la fac ou au champ de course ?
Les faire bénir par le pape ?
Ou les faire passer à la trappe ?

 

Sur le fil à sécher le linge
Il y a une p’tite culotte
C’est à mon amie Charlotte

Sur le fil à sécher le linge
Il y a une cagoule
C’est à mon voisin Raoul

Sur le fil à sécher le linge
Il y a un gode-ceinture
C’est à la maîtresse d’Arthur

Sur le fil à sécher le linge
Il y a un string à bretelles
C’est à la tante à Isabelle

Sur le fil à sécher le linge
Il y’a une poche à lavement
C’est à grand-papa Armand

Sur le fil à sécher le linge
Y’a des capotes usagées
C’est à mon cousin Roger