Polis et eros

20 juillet 2010

As-tu réfléchi ne serait-ce qu’une minute aux conséquences politiques de ce que tu fais ?

Lorsque tu fermes les yeux et que tu laisses fondre ton corps contre le sien, lorsqu’il dégrafe ton soutien-gorge, quel pouvoir lui abandonnes-tu? Est-ce que tu te donnes à lui ou au rapport de domination patriarcale qu’il représente? Lorsque tu lui obéis, l’entrejambe trempé jusqu’aux cuisses, est-ce une capitulation? Une reddition sans condition au machisme ambiant? Comment sa main et ta lingerie fine sont-elles liées à la lutte séculaire des femmes?

S’il te renverse sur ses genoux pour te donner la fessée, s’il marque ta peau d’albâtre de zébrures écarlates, s’il te renverse sans précautions et te menotte pour t’écarteler sur le lit, s’il bande en te bandant les yeux, s’il te baise sans ménagement, longuement, vigoureusement, son menton râpeux irritant ton cou, s’il siffle à ton oreille que tu n’es qu’une catin, qu’une trainée, qu’une salope, toi qui pourtant est si douce, si sage, ligotée sans défense et à sa merci, que dois-je comprendre? Que dois-je comprendre de tes cris languissants? Que dois-je déchiffrer dans ce parfum dense de musc et de foutre qui alourdit l’air? Y’a-t-il quelques bribes de sens tapies dans l’ombre de ta chambre?

Et si je le prends par le bras, si je l’éloigne de toi, si je le gifle et lui crache au visage, si j’enfonce mes ongles dans les muscles de ses cuisses, si je le déculotte et le décalotte et le manipule jusqu’à ce qu’il raidisse, si je le prends en bouche et lui tords les mamelons, si je lui mets un doigt au cul puis toute ma main, si je fouille son fondement avec mes godemichés les plus démesurés, les plus improbables, jusqu’à ce qu’il demande grâce, jusqu’à ce qu’il implore ton pardon, jusqu’à ce qu’il verse foutre et larmes amères sur ton plancher, est-ce une victoire? Un coup porté contre l’oppression?

Moi aussi, j’aimerais te menotter, ficeler ton torse de larges rubans noirs qui écraseraient tes seins et feraient tourner tes aréoles au brun, te bâillonner et te baiser avec un cierge écarlate, sans bander bien sûr, mais aussi sans te bander les yeux, pour voir ton regard fuir et tourner. Mais ici, entre tes cuisses, ma langue recueillant les dernières perles de ton plaisir, je pense à toutes ces femmes, nos sœurs, qui ont été bâillonnées et baisées, à toutes celles qui ne voulaient pas subir ce que tu n’as de cesse de réclamer. Quand avec empressement tu vas chercher tes menottes dès qu’il en exprime vaguement le désir, quel rapport établis-tu avec elles? Est-ce que tu les humilies? Est-ce que tu les trahis? Est-ce que tu les venges? Est-ce que tu les sauves?

Ou, tout simplement, est-ce que tu les oublies?

J’ai rêvé la nuit dernière que tu étais à moi, toute à moi et rien qu’à moi. J’étendais du miel sur ton visage, sur tes seins et sur ta chatte. Ensuite, je me frottais nue contre toi et je te léchais, la bouche emplie de sucres lourds, pour ensuite pousser ma langue engluée dans ta fente et te sucer le bouton jusqu’à ce que tu cries de mots fous, des mots encore inconnus sur cette terre. Tu étais déchirante de beauté, ligotée avec des colliers de fleurs et les humains étaient loin, si loin.

Passez votre amour à la machine

9 juin 2010

J’ai lu quelque part que de sexologues américains, après de longues années de recherches, en sont arrivés à la conclusion que les hommes qui participent aux tâches ménagères sont ceux qui ont le plus de relations sexuelles. Selon eux, quand monsieur fait sa part des travaux à la maison, la perception de sa tendre moitié concernant l’équité et la satisfaction matrimoniale s’améliore. Le couple traverse donc moins de conflits et ainsi, les partenaires sont plus enclins à forniquer comme des lapins. Moi, ça me semble logique, mais je trouve dommage que ça ne puisse s’appliquer lorsque le couple est formé de deux femmes. Parce que le problème avec le couple lesbien, c’est que ce n’est jamais un homme qui se tape les tâches ménagères.

N’allez pas croire que je sois une maniaque du ménage, loin de là. Il m’arrive plus souvent qu’à mon tour de laisser trainer mes bas sur le plancher de la salle de bain. Les toiles d’araignée ne me font pas vraiment peur et je tolère même quelques miettes de pain séchées autour du toaster. Mais je n’aime pas qu’on me prenne pour une bonne, même si c’est pour porter un uniforme dans un jeu de rôle sexy. Madame n’avait qu’une seule responsabilité, la lessive; or, j’avais passé la journée au bureau sans culotte et ce n’était vraiment pas parce que j’avais l’intention de me taper le comptable. La scène de ménage fut donc terrible.

— Qu’est-ce que tu insinues? J’ai fait le lavage pas plus tard que la semaine dernière! répondit-elle nonchalamment à mes reproches.

Elle passait d’une salle de tchat à l’autre, reluquant les exhibitionnistes devant leur cam, tout en se masturbant mollement d’une main et en écrasant sa clope de l’autre.

— Si tu passais moins de temps à te branler sur internet, tu saurais que pas une seule brassée n’a été lessivée depuis au moins trois semaines, que le panier à linge déborde de fripes nauséabondes et qu’il y a belle lurette que je n’ai plus de chaussettes propres, répondis-je en tapant un pied nu contre le carrelage d’un air excédé.

— Hého, je viens de me trouver un nouvel emploi, je commence dans trois semaines et je n’aurai pas d’autres vacances avant un an. Tu peux me lâcher la grappe à la fin? Si ça se trouve, tu devrais me féliciter… me récompenser, même.

— Tu veux ta récompense? Tu vas l’avoir. Monte à l’étage, et que ça saute!

— Oh! La chambre à coucher! Cool! J’adore quand tu te fais directive et autoritaire…

— Justement: pas la chambre. La buanderie.

Immobilisée, ligotée, ficelée sur place, elle ne pouvait à peine bouger qu’un cil. Elle devait donc s’en remettre entièrement à moi. Ce qui ne semblait pas trop l’inquiéter, puisque je suis une bricoleuse hors pair — je n’ai pas eu le choix de le devenir, c’est moi qui fais tout dans cette satanée maison.

—  Hi hi hi hi! Je parie qu’aucun vendeur chez Nault et Bartineau ne fait valoir cette fonction lorsqu’il tente de fourguer ses machines à laver! rigola-t-elle alors que le serrais le dernier nœud.

— On se tait! ordonnai-je sur un ton sévère. Je vais t’apprendre à te servir convenablement de tes appareils électroménagers!

Elle voulut me répondre, mais le bâillon que je lui enfonçai dans la bouche m’épargna de ses sarcasmes habituels.

Après quatre brassées seulement, la machine se mit à dégager une chaleur presque intolérable; elle aurait juré que les lèvres de sa chatte fondaient en adhérant sur la fonte émaillée blanche de l’appareil. Elle sentit ensuite une main  se faufiler derrière sa nuque, pour la libérer de son bâillon.

— Non… je t’en supplie… pas encore! Je ne crois pas que j’arriverais à le supporter! gémit-elle.

— Tu y arriveras, j’en suis certain, répondis-je en ricanant. Cinquième brassée et ensuite, on entame le blanc. Lorsque nous en serons au cycle de rinçage de la huitième, tu auras la permission de jouir… peut-être.

Je fis tourner le cadran et son cliquetis discordant, les vibrations sur la tôle et la chaleur du jet d’eau suffirent à la mener au bord de l’orgasme.

— Oh… je… je vais…

— Ta ta ta. Pas tout de suite, j’ai dit.

Elle laissa échapper une plainte suppliante.

— Arrête de te plaindre, sinon je t’échange contre deux boîtes de savon à lessive d’une marque concurrente! Ordonnai-je sur un ton ferme.

Ses traits ses crispèrent, sa respiration s’accéléra et une drôle d’odeur, faite d’assouplisseur à tissus et de poissonnerie, emplit la salle de lavage.

Décidément, le vieil adage avait vachement raison : on n’est jamais mieux servie que par soi-même. Depuis que j’ai pris les choses en main, elle ne se plaint plus qu’elle n’a rien pour la mettre ou que je ne l’essore jamais.

Trichotillomanie thérapeutique

9 mai 2010

— Hum… il est anormalement allongé, madame Archet.

— Docteur, il est sur le point de me rendre folle. Il dépasse et frotte contre mon jeans — j’en arrive à jouir simplement en me promenant dans la rue.

— Je vous avais bien dit de le laisser tranquille. Vous devez cesser d’y toucher et de le tirer. Dites-moi, combien de fois par jour vous masturbez-vous ?

— Euh… je ne parlerai qu’en présence de…

— Vous n’êtes pas en état d’arrestation Anne. Ce n’est qu’une simple question.

— Je n’y peux rien docteur. Je collectionne les curiosa et j’écris des textes érotiques. Il faut bien que j’allège la tension d’une façon ou d’une autre.

— Mais êtes-vous obligée de tirer dessus ?

— Ça m’aide à me concentrer.

Ils se met à griffonner nerveusement et me tend une prescription : «La patiente se tortillera une mèche de cheveux au besoin.»

Confidences sur le carrelage

3 mai 2010

— Aie! Arrête! Je ne suis pas un soumis!

— Tu es sûr?

— Puisque je te le dis!

— Tu serais donc Dominateur…

— Ce n’est pas l’envie de te frapper qui me manque en ce moment, mais je suis à peu près certain que ce n’est pas sexuel.

— Fuck! On a tout essayé! Attends un peu… et ça, ça ne te fait vraiment rien?

— AIE ! Puisque je te dis que je n’ai aucun fétiche! Tu veux bien me foutre la paix ?

— Impossible. Tu en as un, ça ne peut pas faire autrement! Il s’agit de le trouver. Voyons… tu n’aimes pas les garçons, tu n’aimes pas les filles…

— J’aime les filles! Tu le sais très bien. Tu me dis cela uniquement parce que je ne t’ai jamais draguée!

— Tu ne dragues personne. Tu ne sors jamais avec personne : tu ne fais que les accompagner vaguement et leur servir de faire-valoir occasionnel. Tu n’aimes pas les filles, tu n’aimes pas les chèvres… est-ce que tu aimes les chèvres?

— Non!

— Il doit bien y avoir quelque chose qui t’allume…

— Pourquoi tiens-tu mordicus à me trouver un fétiche?

— Parce que c’est amusant. Parce que c’est excitant. Parce que ça procure le sentiment fugace d’être en vie.

— Je t’assure que je me sens suffisamment en vie. Tu me détaches?

— Le cuir : non. Le latex : non plus. Le Saran Wrap : encore moins. Le pudding au chocolat, les jeux de rôle, les petites culottes de dentelle, les escarpins, les épingles à nourrice, les films pornos, les couches de coton… que reste-t-il?

— Il reste à me détacher.

— Je sais! L’ondinisme!

— Pourquoi ne pas admettre tout simplement que j’ai une libido anorexique et un jardin secret désertique?

Elle s’accroupit au-dessus de son visage et l’asperge d’un jet ambré.

— Parce que c’est malsain et contre-nature.

Rock pour une fille de bécik

25 avril 2010

(Texte publié dans le dernier numéro du magazine FA, accompagné d’illustrations de Thierry Labrosse.)

Poussychatte avait les cheveux les plus courts et les plus roses, ainsi que le surnom le plus débile au nord du Rio Grande. Aussi rose que ses cheveux, sa langue, qu’elle n’avait pas dans sa poche, était ornée comme son nez, ses sourcils et ses oreilles d’un piercing argenté, ce qui lui permettait, selon ses dires, d’écouter la radio dans sa tête. «Je suis la seule à Terrebonne qui capte CIBL» avait-elle l’habitude de dire le plus sérieusement du monde.

Poussychatte aimait les tatouages, surtout les araignées, les scorpions et les lézards qui ornaient ses deux bras des épaules aux poignets, ainsi qu’une bonne partie de son dos, ainsi qu’Oscar, le crâne grimaçant qui ornait son pubis rasé. Poussychatte aimait le scotch, le rye, le bourbon et la bagarre, toujours dans le même ordre. Elle raffolait des bars crasseux où elle levait le coude en compagnie du premier venu jusqu’à ce que, fin saoule, elle se mette à frapper sans raison ledit premier venu. Poussychatte aimait les motos. Les grosses, les puantes, celles qui font potato-potato-potato en roulant. Elle les appelait «mes grosses cochonnes d’amour» et passait des journées entières à les cajoler, les lubrifier, les chouchouter, à se maculer de leur cyprine astringente et pétrolière. Poussychatte était un ange échappé de l’enfer, à défaut d’être une Hell’s Angel.

Et surtout, Poussychatte aimait les jeunes filles bien élevées, celles qui détestent le whisky, les tatouages, les motos et la castagne, celles qui portent des escarpins plutôt que des bottines de skinhead, celles qui préfèrent Lancôme à Quaker State comme crème de nuit. C’est que Poussychatte était une baiseuse à l’appétit vorace. Chaque fois que je visitais son garage, elle laissait de côté ses chéries à deux roues et pendant des heures, elle me faisait boire des alcools tous plus forts les uns que les autres. Elle me racontait alors les blagues les plus grasses de son répertoire et moi, pas plus brillante, je riais de son humour de garagiste comme la dernière des imbéciles.

L’issue de nos rencontres était toujours la même. Poussychatte m’entraînait en titubant vers sa chambre où elle me délestait de mon slip en m’embrassant tendrement. Elle entreprenait ensuite de me caresser le con avec un doigté, une patience et une précision dont seules sont capables les mécaniciennes amoureuses du travail bien fait. Lorsque je sentais mes fluides monter et asperger ma chatte, elle savait me tenailler le ventre pour faire ronronner mon moteur. N’y tenant plus, je la basculais sur son lit éternellement défait, faisant glisser la fermeture éclair de son jeans pour aller à la rencontre de ses lèvres chauves et ruisselantes de mouille. Pendant que je faisais promener mon index le long de la soyeuse moiteur qui tapissait immanquablement son entrecuisse, Poussychatte s’attaquait habituellement à mon chemisier pour mordiller la pointe de mes seins «durs comme des boulons un quart en titane» comme il lui plaisait de dire.

Poussychatte aimait se faire laper et moi j’aimais me délecter de l’innocente tendresse qu’offrait son adorable coquillage, qui contrastait tant avec ses airs de bum de cour à scrap. Je lapais donc, en poussant de petits cris d’animal affamé, son clitoris tendu comme une bite, parfois surprise par les frémissements qui accompagnaient à coup sûr certains élans maladroits de mes gestes sous l’emprise de la passion et de l’alcool. Nous finissions toujours par nous retrouver l’une sur l’autre, se bouffant le con avec force jappements, la mouille se mêlant à la salive, jouissant comme des possédées, aspirant goulûment nos clitoris traversés de spasmes fébriles. Ah ! Comme nous étions born to be wild!

La suite dépendait de notre degré d’ébriété. Lorsque nous étions encore raisonnablement lucides, Poussychatte s’en allait chercher dans sa boîte à outils un gode de bonne taille qu’elle faisait glisser entre ses cuisses couvertes de son huile à transmission. Lorsqu’elle frémissait d’excitation, elle se ceinturait de l’objet luisant de mouille en me suppliant de lui présenter mon cul. Elle y plantait alors sa langue pour taquiner mon périnée et réchauffer ainsi mon système d’échappement.

N’y tenant plus, je finissais toujours par saisir l’engin attaché à sa taille pour le fourrer directement dans mon conillon, tout en continuant de caresser ses lèvres et son clitoris. Poussychatte aimait me prendre avec force et vigueur. À quatre pattes, je m’efforçais de retenir le feu de l’orgasme qui grondait dans mon carburateur, jusqu’à m’en faire exploser la chatte. Observatrice experte, soucieuse d’éviter la surchauffe, Poussychatte choisissait toujours le bon moment pour interrompre le mouvement du piston. Elle s’en allait alors quérir un second outil phallique, de taille plus modeste que le premier, qu’elle installait sur sa ceinture en continuant de masser mon entrecuisse. Dans un embrasement de baisers et de hoquets de plaisirs, je plantais moi-même le gode dans mon petit trou, emportée par l’élan presque hystérique de mon désir, criant mon bonheur jusqu’au soleil couchant.

Et je me réveillais toujours en toussant, parce que Poussychatte oubliait systématiquement l’effet pernicieux de la fumée de ses Camel sur mon système de ventilation. Quand je lui demandais si nous allions nous revoir, elle me répondait toujours en remettant son jeans crasseux, la clope au bec, goguenarde: «Je recommande une nouvelle mise au point dans une semaine ou mille kilomètres».

Voulait-elle faire rougir ses tomates?

16 avril 2010

Les seins à l’air, elle aimait jardiner.
Son propriétaire, scandalisé,
Pour qu’elle se couvre, l’a poursuivie;
De s’exposer, la cour lui a permis.

La chatte à neuf queues

12 avril 2010

Elle était encore plus folle que moi, ce qui, vous l’avouerez, n’est pas peu dire.

Elle buvait et buvait et buvait, si bien qu’elle finissait toujours par s’écrouler dans un coma éthylique, sur le plancher ou dans les bras du premier venu. Dans ses robes longues, si décolletées que ses seins en étaient presque nus, elle faisait tourner toutes les têtes, la mienne peut-être encore plus que celle des autres. Habillée en diva, elle baisait des intellos, des skinheads, des banlieusards, des motards, des pimps, dans les toilettes des clubs branchés qu’elle fréquentait. Parfois dans la ruelle attenante, penchée sur une poubelle. Elle était fureur et destruction, elle était force et pouvoir, elle était le paratonnerre des désirs qu’elle accueillait dans sa chair comme des stigmates.

Moi, je buvais avec elle, je l’accompagnais dans son délire. Je courais avec elle dans la nuit, observant le chaos de son existence, sans jamais poser mes lèvres sur sa peau. Elle n’aimait pas les femmes: trop douces, trop tendres. «Je ne jouis que dans la convulsion», disait-elle chaque fois que je tentais de la toucher. «Seuls des bras noueux, une joue râpeuse et une queue bien raide peuvent me faire sortir de moi-même». Elle m’appelait «Anne, ma sœur Anne» et je la voyais toujours venir.

Parfois, quand nous étions seules dans sa chambre, elle se déshabillait. Elle disait: «Je fais ma danse des neuf lanières.» Avec son martinet, elle parcourait doucement son corps d’arabesques compliquées. Ces soirs-là elle peignait ses seins, ses ongles et ses lèvres de teintes sanglantes ou noires ou dorées, elle gardait des escarpins aux talons hauts et pointus, elle faisait hurler Nine Inch Nails:

My blood wants to say hello to you
My feelings want to get inside of you
My soul is so afraid to realize
How very little there is left of me

Lentement sa peau entrait en érection, ses mamelons se dressaient sous le fard, son clitoris pointait de sa fente rasée. Alors, elle se pénétrait avec le manche, et se branlait sauvagement dans un grand cri de ménade.

Un jour, je l’ai embrassée à la place du fouet, la douceur de mes lèvres effaçant la brutalité du membre de cuir noir. Elle me regarda, les yeux baignés de larmes, et me dit: «Si tu m’aimes, ne fais plus cela».

Son gros chat la regardait en silence, et moi aussi.

Confusion de boxon

7 avril 2010

Pensant se rendre à une partouse
Un tartempion se trompa de maison
Tâta la dame à travers sa blouse
Pour ensuite se retrouver en prison.

Pompons

1 avril 2010

Pompon. Le mot est délicieusement ridicule et décrit à merveille la nature profonde de l’objet auquel il se réfère. On a qu’à penser à « pompons » pour se sentir toute douce, toute légère à l’intérieur; impossible de rester sérieuse et grave lorsqu’on a le pompon au bout de la langue.

Peut-être est-ce un signe de ma nature intrinsèquement volage et frivole, mais j’adore ces grosses touffes soyeuses et sphériques. Je les appréciais particulièrement l’hiver dernier, alors qu’elles ornaient le bout des lacets des bottes des jeunes filles à la mode. Il y a un je-ne-sais-quoi de terriblement sexy avec les pompons: ils attirent le regard vers les bottes, les bottes attirent le regard vers les mollets, les mollets vers les cuisses, les cuisses vers le cul et le cul vers l’anatomie complète de la charmante propriétaire de bottes à pompons.

Je les ai observées tout l’hiver, par la fenêtre du bistro où j’ai brûlé chaque midi mes lèvres avec un café turc. Elles allaient et venaient sur le trottoir, les pompons dansant sur leurs chevilles comme quatre petits minets. La trajectoire de l’œil était toujours la même : bottes, mollets, cuisses, cul. C’était si croquignolet de les voir déambuler ainsi que je me mis à fantasmer chaque soir, seule dans mon lit, sur une femme, la femme, celle qui à elle seule incarnait toutes ces étrangères aux bottes si troublantes.

Je l’imaginais portant ses bottes à pompons et rien d’autre. Elle s’approchait lentement puis grimpait vers moi en faisant gémir le matelas. Levant un talon, puis l’autre, elle s’installait au-dessus de ma tête, de sorte que ses pompons venaient chatouiller mes joues et mes oreilles.  Là-haut, je voyais sa chatte, son adorable minou, qu’elle faisait légèrement bâiller en roulant de ses hanches. C’était toujours à ce moment que, dans cette fantaisie masturbatoire,  je lui demandais de s’accroupir — ce qu’elle faisait sans se laisser prier.

Apparaissait alors le cinquième pompon.

LIVE NUDE GIRLS

25 mars 2010

Le soir venu
La mer d’huile des trottoirs
Reflète des lèvres rougies par le stupre
Des seins à la pulpe licencieuse et dense
Et les promesses infinies
De jambes interminables
Pendant que le néon entre deux éclipses
Martèle un LIVE NUDE GIRLS
Qui réverbère le cri de tout ce qui crie grâce
De tout ce qui m’implore d’avoir la vie sauve
Dans la toundra de mon cœur

L’amour au temps du Twitt

18 mars 2010

Quatrième épisode, où il est discuté de bienséance nuptiale en ces temps troublés.

Ceci est mon roman, livré pour vous

17 mars 2010

Je ne sais pas ce que vous avez tous en ce moment, mais je ne cesse de me faire demander quand je vais finir par faire publier mon premier roman. Même ce midi, alors que je me promenais innocemment dans le parc près de chez moi, un individu aussi louche que de race caucasienne m’a abordée en me posant la sinistre question.

La réponse est bien simple : avant de faire publier un roman, il faut l’écrire et la chose est au-dessus de mes forces. Certaines personnes éprouvent du plaisir à écrire; en ce qui me concerne, chaque phrase qui m’est arrachée est un supplice tel que la seule pensée d’avoir à tartiner trois cents pages me fait tourner de l’œil. Je ne suis pas masochiste au point de vouloir subir une telle torture uniquement pour avoir le douteux privilège de me dire écrivain.

Mais ce n’est pas tout : je sais pertinemment que plus personne ne lit. Oh, vous achetez des livres, bande de petits coquins, c’est indéniable, car il faut bien remplir cette jolie bibliothèque Billy achetée pour trois fois rien chez Ikea. Mais de là à lire… Le plus simple est d’écouter ce qu’on en dit à Tout le monde en parle et à Christiane Charrette : ça permet d’être dans le coup et de montrer qu’on a des lettres sur Twitter sans avoir à s’esquinter la vue.

Épargnons-nous du temps, de l’argent et des souffrances inutiles. Je vous donne la quatrième de couverture de mon bouquin; vous faites semblant de l’avoir lu et moi, je fais semblant de l’avoir écrit.

Aliénée, roman

Par Anne Archet

Annie est belle, intelligente, cultivée et n’a jamais l’impression de ne pas se sentir fraîche. Tout lui réussit, mais sa vie amoureuse est hélas un désastre. Elle erre d’un amant à l’autre, se donnant impudiquement à qui le veut bien dans une frénésie sensuelle qui cache mal sa douleur de vivre et sa soif immense d’être aimée. Qui donc réussira à amadouer cette amazone farouche? Serait-ce Emilio, le ténébreux playboy millionnaire à l’hygiène buccale irréprochable? Ou alors le timide et maladroit Jean-François qui, sous des dehors de bon gars plate et sans saveur, cache un cœur en or qui saura enfin lui faire comprendre le vrai sens de l’amour et le plaisir de magasiner à deux un lave-vaisselle chez Costco? Trouvera-t-elle enfin un sens à son existence et un emploi à son utérus? Car la vie, contrairement aux romans des jeunes auteurs dans la trentaine, réserve souvent des surprises…

Anne Archet se plaît à se faire qualifier de « masturbatrice compulsive » ou, plus modestement, de « Petite mère des peuples et Grande timonière des masses ahuries ». Lorsqu’elle ne se fait pas prendre par tous les orifices par les grands noms de la littérature mondiale lors de partouzes improvisées dans son 3½, elle écrit des chefs-d’œuvre qu’il faut absolument avoir lus pour avoir ne serait-ce que l’ombre d’une chance de briller en société. Aliénée poursuit la saga commencée dans Dérangée et Débauchée, en reprenant essentiellement la même histoire, mais en changeant les noms.

Élévation du discours (à un niveau soutenu)

13 mars 2010

Elle était grande, brune, sculpturale, et retenait la porte de l’ascenseur de sa main pendant que je m’engouffrai à l’intérieur.

— Quel étage? me demanda-t-elle.

— Le vingtième, lui répondis-je timidement.

Je fixais les voyants lumineux des étages en écoutant une version pour orchestre de Question de feeling lorsqu’elle me demanda :

— Vous êtes Anne Archet, n’est-ce pas?

— Comment avez-vous deviné? lui demandai-je et plongeant mon regard dans ses yeux d’outremer.

— Vous ressemblez aux photos qu’on trouve sur votre site.

— Moi qui voulais les enlever… je vois que j’ai bien fait d’attendre!

Elle me sourit puis me tendit la main en me disant :

—Sophie Beaulieu. Je travaille ici comme traductrice. Et je vous lis depuis toujours!

— Enchantée, Sophie.

Elle avait les cheveux bouclés, en cascade sur ses épaules… et les seins si hauts perchés qu’ils auraient fait damner Saint Antoine, perché en haut du mont Qolzum.

— J’ai particulièrement aimé votre histoire avec le chien, ajouta-t-elle. C’était à la fois répugnant et étrangement excitant.

— C’est ce qu’on me dit toujours. Je suis contente que ça vous ait plu.

L’ascenseur s’immobilisa et un homme en sortit. Il ne restait plus que nous deux à bord de l’appareil.

— Je peux vous poser une question? me demanda-t-elle aussitôt que la porte fut refermée.

— Bien sûr.

— Pourquoi n’avez-vous jamais écrit d’histoire qui se passe dans un ascenseur?

Je soupirai.

— Probablement parce que c’est un des clichés les plus usés du genre.

— Ah?

— Oui. Le huis clos… la promiscuité et le désir qui monte alors que l’ascenseur lui, est immobilisé… sans compter la similarité lexicale entre l’élévation et l’érection… tout ça a été dit et redit cent fois.

— Vous croyez?

— Bien sûr. C’est aussi usé que le coup du livreur de pizza dans les films pornos des années soixante-dix. Vous mettez en contact deux étrangers qui en d’autres circonstances ne se seraient même jamais adressé la parole — et encore moins caressé l’entrecuisse. Ensuite, vous décrivez l’échange furtif de regards, l’amorce timide de la conversation, puis paf! La panne. C’est l’élément déclencheur, celui qui fait que, de fil en aiguille, les petites culottes volent, les muqueuses sont tripotées et les fluides corporels s’échangent.

Elle me regarda avec un drôle de sourire au coin de la bouche.

— Si je comprends bien, les clichés ne sont pas dignes pour vous d’être écrits.

— C’est à peu près ça, oui.

— Mais sont-ils dignes d’être vécus? Me demanda-t-elle en défaisant le bouton de son corsage et en appuyant sur celui de l’arrêt d’urgence de l’ascenseur.

Elle me démontra ensuite que je suis incapable de résister aux lieux communs, surtout dans les aires communes.

L’amour au temps du Twitt

7 mars 2010

La suite de ce roman fleuve qui se lit en remontant le courant — de bas en haut. Épisode trois : mariage, chaussures et scandale.

L’amour au temps du Twitt

5 mars 2010

Une grande saga romantique, avec de la passion, des déchirements, des larmes et du sang, qui se lit de bas en haut. Lisez le premier épisode et le deuxième épisode.

Rapport au ministère de la Démographie et de la Famille

2 mars 2010

Tout a commencé lorsque les fonctionnaires du sous-secrétariat adjoint à la préparation des ébauches préliminaires de planification (SSAPEPP) ont constaté avec consternation l’échec des incitatifs fiscaux pour enrayer le déclin démographique de la nation. La population étant depuis plus de vingt ans composée essentiellement de célibataires, il fallait de toute urgence trouver un moyen plus efficace pour renouveler la main-d’œuvre active et assurer un bassin de contribuable adéquat au financement des activités de l’État. Les jeux de hasard ayant fait leurs preuves pour les autres services publics — comme, entre autres, la perception des taxes et des impôts, la distribution de l’aide sociale et la dispensation des soins de santé — il fut décidé, après une vaste consultation interministérielle de plus de trois ans, d’orienter les comportements reproducteurs des citoyens-bénéficiaires dans un sens plus bénéfique pour la société grâce à un dispositif de jeu en ligne portatif géré par la Société des loteries nationales (SLN).

Le programme, baptisé Lucky Sex, a d’abord été implanté auprès des 18-30 ans, une cohorte qui selon nos analyses est la plus encline à mener à terme des grossesses. Dès la phase initiale du projet, des appareils constitués d’un écran à cristaux liquides monté sur un brassard — nommés Lucky Boy et Lucky Girl — ont été commercialisés dans kiosques de la SLN, mais aussi dans les bars, les brasseries, les salons de coiffure et les cliniques de fertilité. Lorsque deux appareils sont mis en présence dans un rayon de dix centimètres ou moins, ils entrent en fonction, se mettent à clignoter et à émettre un signal sonore indiquant si une relation sexuelle a été gagnée ou non. Selon le hasard et le profil génétique et reproductif des individus tel que déterminé par les experts du ministère, cette relation peut aller de la simple poignée de main à la pénétration intravaginale avec éjaculation, en passant par le sexe oral, la masturbation, la sodomie et même les perversions acceptées par le ministère de la Santé et de l’Hygiène, l’enduisage des organes génitaux avec du Nutella, le rasage du pubis et le port de costumes de Star Wars.

(Remercions en passant nos commanditaires Ferrero Group, Gillette et Lucasfilms, sans qui le programme Lucky Sex n’aurait jamais pu être un succès.)

La priorité étant la multiplication des relations hétérosexuelles menant à la procréation, mais pour éviter toute accusation éventuelle d’homophobie (ou pire encore, des poursuites judiciaires invoquant la Charte des droits et libertés), la possibilité de gagner une relation avec un individu du même sexe a été publicisée et présentée comme possible, même si le logiciel a été programmé pour rendre la chose hautement improbable.

Selon le règlement de Lucky Sex, l’acte sexuel gagné devait être consommé dans les cabines Lucky Sex officielles. Stratégiquement placées à presque chaque coin de rue, ces cabines bâties et gérées en partenariat avec la chaîne hôtelière Starwood Hotels & Resorts  offraient le double avantage d’encadrer les comportements sexuels tout en s’assurant de la distribution des lots selon les normes définies dans l’artice 57 de la Loi sur les loteries de services publiques.

L’implantation puis la généralisation du programme Luck Sex furent soutenues par une campagne publicitaire d’une ampleur jamais vue. La stratégie la plus efficace fut de faire miroiter des possibilités d’accouplement avec des vedettes de cinéma, des stars du rock et des top-modèles qui avaient accepté de se prêter au jeu en porter un Lucky sex. Les cas de quelques gagnants furent d’ailleurs hautement publicisés grâce à une campagne virale sur Internet où on les voyait s’accoupler avec les vedettes de l’heure — vedettes qui, en réalité, portaient des Lucky Boy et des Lucky Girl programmées spécialement pour leur éviter de se frotter indûment à la masse.

Le but du programme Lucky Sex étant d’éviter les désordres liés à la sexualité tout en maximisant les grossesses, la masse des gagnants était formée d’individus sains, sans tare génétique décelable, en âge de procréer et dont la fertilité favorise la reproduction. Les individus classés dans la catégorie lambda, au potentiel procréateur limité, ne gagnaient habituellement qu’une bise sur la joue ou au mieux, une masturbation (avec port de gants de latex).

Les résultats immédiats dépassèrent largement tous les objectifs du ministère. Le taux de fertilité et ne natalité fit un bond stupéfiant en deux ans à peine; les résultats auraient d’ailleurs pu être encore plus spectaculaires si nous n’avions pas tardé à mettre sur pied le programme Loto-avortement. Selon les données les plus récentes du ministère de la Statistique sociale, plus de 70% des individus en âge de procréer sont en ce moment des joueurs et des joueuses inscrits à plein temps à Luck Sex. Nos prévisions nous permettent d’espérer un taux de participation qui frôle des 90% d’ici cinq ans.

Ceux et celles qui refusent encore aujourd’hui de porter un Luck Boy ou un Luck Girl le font surtout pour des raisons religieuses. Nous sommes d’ailleurs en négociations avec des cardinaux, des rabbins et des imams et sommes optimistes quant à la levée imminente des dernières barrières liées à la foi. Les autres — une minorité statistiquement négligeable — estiment que Luck Sex « tue l’amour, le romantisme et la spontanéité ». Mais comme l’a si bien dit Marie R., une de nos grandes gagnantes et mère de cinq enfants lors de son passage à l’émission Tout le monde en parle : « Bien sûr, on a perdu un peu avec Lucky Sex, mais avouez que c’est bien mieux comme ça… »

L’énigme de la partouze enfin résolue

28 février 2010

Voici la solution tant attendue : c’est Joë qui se branle tout seul dans son coin. Mais comment en arrive-t-on à cette conclusion?

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La conférence interrompue

27 février 2010

En attendant la solution de ma petite énigme, je vous invite à télécharger La conférence interrompue en format pdf.

Reste plus qu’à trouver des comédiens qui seraient prêts à la mettre en scène…

[edit]

Oh, pendant que j’y suis, j’ai aussi placé en ligne des récits illustrés. Je vous invite à y jeter un coup d’oeil — et vous le rincer, par la même occasion.