Tree Hugger

14 mai 2012

Dans mon rêve, je m’étais dévêtue pour grimper au plus grand arbre du jardin – un arbre à bites majestueux, au port délicat rappelant celui du saule pleureur. Mes cuisses nues embrassaient l’écorce lisse et humide, laissant des traînées baveuses de cyprine qui couraient pour aller se perdre et s’absorber dans la mousse. Tout en haut, mais encore protégée par l’ombre des feuilles, je me suis mise à cheval sur une fourche écartée en balançant mes pieds dans le vide. Le pollen chatouillait mes narines; autour de moi, les fruits balançaient lourdement sous le vent. Je tendis la main vers eux : ils étaient denses et fermes, et les plus mûrs s’animaient, s’érigeaient lentement sous mes doigts. L’un d’eux se présenta à mon visage alors qu’un autre s’insinua avec délicatesse entre mes cuisses, alors je serrai mes jambes et appliquai amoureusement mes lèvres à la hampe gorgée de jus. Je me trouvai bien vite prise de toutes parts, de longs rameaux enroulés autour des poignets, des chevilles et de la taille, les fleurs chatouillant ma peau et chaque orifice doucement fouillé par ces priapes frais et sucrés.

À mon réveil,  j’avais les lèvres et l’intérieur des cuisses couvertes de miel.

Madame est servie

9 mai 2012

Un autre passionnant épisode de ma vie proprette et rangée qui sera bientôt ajouté aux Mémoires de la pétroleuse nymphomane.

J’étais dans le métier sous le pseudonyme subtil (et latin) de Stella Obcura depuis presque dix mois et jamais n’avais-je eu à servir de femme. Ce qui était offert au menu aurait pu intéresser bien des dames en appétit et à la recherche d’un je-ne-sais-quoi qui leur permettrait de changer de crémerie et de varier un peu leur ordinaire… et pourtant non, il semblait que le genre de caprice que j’offrais n’attirait pas de clientes. Voilà pourquoi je fus si surprise lorsque j’entendis une voix féminine hésitante qui se renseignait, à l’autre bout du fil, sur mes tarifs et mes disponibilités.

Elle finit par me rappeler le lendemain pour me donner rendez-vous au restaurant. Lorsque j’ouvris la porte de la cuisine, elle avait le nez dans une casserole et criant des ordres sur un ton sec à ses marmitons qui s’activaient frénétiquement. Elle m’a plu dès le premier regard : elle était blonde avec des yeux noirs, la peau colorée comme une brune, avec quelque chose de rouge et de scintillant dans le sourire. Ses cheveux s’échappaient en mèches rebelles de sa toque et ses formes généreuses semblaient être sur le point de déborder de sa tunique blanche et de son tablier qui la ficelaient comme un saucisson. Quand il est question de chair féminine, j’aime les portions généreuses et il me déplaît de rencontrer une arête où je cherche un contour; pour mon grand bonheur, elle me semblait bien remplie et ferme comme la pulpe d’une pêche un peu verte.

— Tamara? l’appelai-je après l’avoir contemplé un moment.

— Quoi? répondit-elle sur un ton excédé, sans même jeter un regard dans ma direction.

— C’est moi, Stella… vous m’avez appelée ce matin…

Elle échappa sa cuiller de bois dans sa soupe, se retourna, puis, comprenant enfin qui j’étais, s’approcha de moi en essuyant ses mains sur son tablier. Elle me parla tout bas, nerveusement, sur le ton hésitant et nerveux qui était le sien au téléphone et qui contrastait tant avec celui qu’elle employait avec ses sous-fifres.

— Tu… je veux dire, vous… vous êtes un peu trop tôt, nous ne fermons que dans trente minutes et ensuite, il y aura encore des gens et on ne pourra pas… enfin, tu vois… je veux dire, vous voyez ce que je veux dire…

— On peut se tutoyer, Tamara. Et je peux revenir plus tard, ou encore un autre jour, ou ailleurs si tu le préfères…

Je lui fis le plus beau de tous mes sourires, ce qui eut l’heur de la rassurer.

— Non, non, c’est ce soir où jamais, j’ai assez repoussé l’échéance, depuis tout ce temps que je me refuse de… et puis je vous – je veux dire, je t’en reparlerai plus tard. En attendant, je t’offre un petit quelque chose pour te faire patienter. Il y a une table dans un coin discret…

Elle me fit asseoir près de la porte des cuisines, derrière une haie de plantes vertes. Le «petit quelque chose» qu’elle m’offrit s’avéra être un festin de roi : croustillant de cèpes et girolles aux marrons, brochette de Saint Jacques et gambas avec crème de persil et petite poêlée aux légumes et pour dessert, une île flottante aux pralines roses. Moi qui n’avais mangé que des pâtes et des légumes en boîte depuis plus d’un an, j’étais servie.

Lorsque tous les clients eurent quitté le restaurant et que toutes les chaises furent placées sur les tables, Tamara émergea finalement de sa cuisine.

— J’ai une chambre, à l’arrière, me dit-elle en me prenant par la main. Nous serons tranquilles pour régler notre… petite affaire.

Quelques minutes plus tard, nous en étions déjà dans le vif du sujet. Tout était humide: la nuit, la chambre, la chair de ses cuisses et surtout, cette masse pâteuse et appétissante qu’elle m’offrait en sacrifice. Nue, face au mur, à quatre pattes sur le lit aux draps tachés, enfouissait sa tête dans l’oreiller et attendait que je lui rende le service pour lequel elle m’avait payé deux fois plutôt qu’une. Les dents serrées, elle émettait de petits couinements entrecoupés de respirations rapides et superficielles.

— Vas-y… Vas-y… VAS-Y!» dit-elle sur un ton pressant.

Je m’appliquai alors à lui donner la mère de toutes les fessées. Avec la grande cuillère de bois qu’elle m’avait donnée, je la frappai encore et encore, jusqu’à ce qu’elle hurle, jusqu’à ce que son cul écarlate irradie comme un fourneau.

Quand elle se mit à sangloter et à renifler, j’arrêtai et la laissai reprendre un peu son souffle, avant de passer au second service. Lorsque je sentis qu’elle était à point, j’enfonçai mes ongles dans la chair pantelante et l’écoutai hululer. J’approchai ensuite ma bouche de sa fente; elle était béante, coulante. Ses parfums remplissaient mes narines. Moi qui n’avais pas dégusté de chair féminine depuis des mois… j’allais – encore une fois – être drôlement servie.

J’avais l’eau à la bouche, ma salive se mélangeait aux sucs visqueux de sa conque. Je la pris avec deux doigts vigoureusement, comme elle me l’avait demandé. Ses lamentations incessantes grimpèrent d’une octave lorsque mes dents plongèrent dans sa chair. Elle grogna, cria puis, après quelques convulsions et grincements de dents, elle s’immobilisa, crispée, pendant quelques secondes, puis s’effondra sur le plancher et s’y répandit comme une motte de beurre.

Sur son corps, on pouvait lire les marques de mon passage: rougeurs, ecchymoses, sang, et rigoles de larmes.

— Est-ce que le spécial du chef était à votre convenance?

Elle hocha faiblement la tête.

— Ce fut un plaisir, lui dis-je en la bordant, après l’avoir embrassée tendrement sur le front.

Tu sais que je vais le faire

4 mai 2012

Voilà la phase la plus excitante, la plus sexy, la bandante, la plus érotique qu’on puisse dire.  Et tout tient dans ce simple pronom de deux lettres, ce «le» chargé de toutes les promesses, de toutes les perversions, de toutes les audaces. «Tu sais que je vais le faire» –  tes désirs sont les miens, je suis mue par tes audaces et mon corps est le tien, à condition que tu sois à la hauteur de ma soif inextinguible de vivre. Voilà pourquoi je te défie sans cesse de me défier.

Lorsque je suis suffisamment allumée, lorsque tu as su réveiller ce désir sourd qui me triture et me ronge de l’intérieur, alors il n’y a plus de limites, plus d’endroit trop public, plus de gestes trop obscènes, plus de loi ni de morale qui ne tienne. «Tu sais que je vais le faire» – et tu sais jusqu’à quelle extrémité je le ferai.

Bien sûr, il y a les occasions manquées, les idées qui sont venues trop tard pour être réalisées, le manque de moyens dans l’immédiat, les défaillances logistiques, voire même la simple paresse et l’engourdissement causé par le poids terrible du quotidien. Mais jamais n’y a-t-il de regrets, de remords ou d’excuses. Même quand nos audaces nous ont mené au bord de l’abîme, de la chute et de la déchéance; même quand mon pauvre corps nu et trop maigre, avec ces côtes saillantes, ces seins invisibles et cette fente rouge comme une plaie, est jeté en pleine rue en pâture aux gueux et aux chiens.

«Tu sais que je vais le faire» – et tu sais que personne d’autre ne le ferait. Nous vivons dans une société de couards et de pleutres, remplie de gens qui se contentent de vivre faiblement, qui troquent trop volontiers les flammes de la passion pour la médiocrité complaisante de de la sécurité et du conformisme. Quand tu m’attaches à la clôture et que tu invites les éboueurs à venir me baiser avant de poursuivre leur tournée, quand tu me prends contre le mur de l’église à deux pas d’une manif pro-vie, quand tu me baises au bureau de vote et qu’ensuite, dans l’isoloir, je torche avec mon bulletin le foutre qui coule de mon cul, tu abolis toute la peur et le doute de l’univers, tu fais sauter tous les murs et tous les carcans qui nous oppriment – du moins pour un bref instant.

C’est une conviction profonde, un acte de foi, une pulsion vitale: «Tu sais que je vais le faire» – oui, mais pour combien de temps encore? Combien de fois encore, après avoir prononcé ces paroles, te verrai-je tressaillir, mordre tes lèvres et bander à en perdre l’âme? Y aura-t-il un moment où toutes les barrières auront été renversées, où toutes les limites auront été violées? Peut-on transgresser à l’infini sans abolir la transgression elle-même? Te lasseras-tu de moi avant de te lasser de ce que nous faisons ensemble?

«Tu sais que je vais le faire.»

Et toi, que ne ferais-tu pas pour moi, mon amour?

Balanoglosse et berberidacée

29 avril 2012

J’ai reçu beaucoup de solutions pour cette grille que je croyais pourtant difficile. Évidemment, c’était sans compter les capacités intellectuelles hors du commun de mon fidèle lectorat (ainsi que mes définitions pas trop difficiles, comme le 9-2 vertical – n’est-ce pas, Marie?). On m’a même suggéré de faire une grille un peu plus sexy, la prochaine fois; ça n’est pas tombé dans l’oreille d’une sourdre, croyez-moi.

Ce mois-ci, les deux premières solutions ont été envoyées en même temps, à une seconde près. Il me fait donc plaisir d’introniser (vigoureusement)  Philippe M. et J.M.L. dans l’Ordre lubrique des masturbateurs compulsifs, à titre de maréchal des logis-chef première classe, section latrines et dépendances. Puisse leur talent de cruciverbiste les fasse figurer dans le Petit Prince II (la fleur contre-attaque).

Et voici la soluce, pour ceux et celles que ça intéresse.

La grille d’avril

23 avril 2012

Les agents de sécurité ayant envahi les campus universitaires du Québec, il est de bon ton de leur dédier cette grille de mots croisés – après tout, il s’agit de leur passe-temps préféré (après les mots mystère, les sudokus et les insultes crachées à la figure des étudiants). Souhaitons qu’ils préféreront dorénavant jouer avec leur crayon plutôt qu’avec leur matraque (et quand je dis «jouer avec leur matraque», je ne veux pas dire… enfin, vous avez compris).

Comme d’habitude, la première personne qui m’enverra la solution exacte (par courriel, au anne@archet.net) sera décorée chevalier de l’Ordre lubrique des masturbateurs compulsifs, en plus de recevoir un exemplaire de Pr0nographe, le seul ebook érotique qui survivra à l’apocalypse écologique et à l’effondrement de la civilisation. Vous pouvez télécharger la grille en format pdf et la solution viendra dans un jour ou deux.

EDIT: Évidemment, il fallait que je fasse des erreurs. Je viens de corriger la définition du 2 vertical. S’cusez.

Horizontalement

  1. Hémichordé entéropneuste (si, si.)
  2. Laurier de Saint-Antoine – Second calife de l’islam.
  3. Ressasser – A baisé avec un dieu, un nuage et un taureau.
  4. A peint le retable de Sainte-Marguerite de l’église de Lucéram – Renie par peur d’être persécuté.
  5. Bouclier– Dénégation – Se foutait à poil quand il était saoul.
  6. A construit le pont sous lequel coule la Seine (et nos amours) – Cheville – Infinitif.
  7. Germandrées – Mous.
  8. Il a bon dos, selon la famille von Trapp – Fissures.
  9. Utaris – Magistrats.
  10. Les plus petits avions – En Hongrie.
  11. Assemblées ou purges – Obtint.
  12. Crochet– Surpassé

Verticalement

  1. Le bambou sacré en est une.
  2. Entrevoir.
  3. Sert à limer (sans sous-entendu graveleux)– Repaires.
  4. Tournure imprévisible – Ligue.
  5. Patronyme – Cinq cent cinquante – Ils ont une chanson inspirée de l’Étranger de Camus dans leur répertoire.
  6. Dation – Fais un saut.
  7. Administratrices – Un centième de riel.
  8. Moucharde – Le premier des métaux de transition.
  9. Bakounine parlait de ceux de Berne et celui de Saint-Pétersbourg – Élude.
  10. Soumission/domination – N’est pas out – En érection.
  11. Cebus – Papageno.
  12. Corroder– Enchatonné.

La propriété, c’est le viol

18 avril 2012

— Mais, Christine… tu n’as pas vraiment fait ça?

— Tu parles ma vieille si je l’ai fait!

— Fais-moi voir…

Christine releva ses cheveux et tendit le cou à sa copine. Malgré la pénombre du bar, le motif se détachait clairement sur la peau laiteuse de son cou.

— Un chaîne? Et… aussi autour de ton poignet?

Rose prit sa main pour mieux examiner le tatouage sous l’éclairage ultraviolet.

— Qu’est-ce qui t’as pris? C’est toi-même qui disait, pas plus tard que la semaine passée, que jamais une aiguille ne s’approcherait de ton précieux épiderme…

— C’est à cause de Carl. Je lui appartiens, maintenant. Il est mon propriétaire.

— Il a fait de toi une marchandise? Ça me semble plutôt malsain…

— Ça te semble malsain parce que tu ne sais pas encore ce que c’est que l’amour.

— Ou peut-être parce que j’ai encore toute ma tête, contrairement à toi… Laisse-moi deviner: l’autre poignet aussi?

— Yep. Et autour des deux chevilles aussi.

— C’est assez joli – si on aime l’esthétique esclavagiste, évidemment… ça t’a fait mal?

— Tu parles! J’avais l’impression qu’on me décapitait avec un couteau à beurre.

Rose contempla longuement le tatouage, soupira, puis ajouta:

— Tu es sa chose. C’est peut-être excitant pour toi, mais c’est vachement phallocrate et injuste de sa part. Il va agir en propriétaire avec toi et te jeter après usage comme une vieille chaussette.

— Tu ne comprends rien au romantisme. Je lui appartiens et il m’appartient.

— C’est de la possessivité, pas du romantisme. Ça vous ravale tous les deux au rang d’objet. Et lui, qu’est-ce qu’il a fait pour te signifier qu’il était devenu ta chose?

— Hé hé hé… ricana Christine en jetant un regard en direction de Carl, qui s’agitait plutôt gauchement sur la piste de danse, puis en faisant un geste si obscène  et explicite qu’il ne laissait rien à l’imagination.

— Tu… Serais-tu en train de me dire que…

— Oui! Et crois-moi, ça lui a fait beaucoup plus mal qu’à moi, tu t’en doutes bien. Et ce fut lui d’abord, moi ensuite.

— Je n’arrive pas à y croire. Il s’est donc laissé…

— Il ne peut pas être plus «chosifié» que ça, hein?

Rose regarda Carl et compris pourquoi il dansait si maladroitement.

— Je… Je peux voir, dis?

Christine fit son plus beau sourire de crocodile, puis répondit en se levant:

— Tu peux toujours lui demander, mais seulement après ceci.

La chanson et l’éclairage venaient tout juste de changer et Carl s’approchait pour amener son bien privatif pur sur la piste de danse.

La propriété, c’est le viol

 — Mais, Christine… tu n’as pas vraiment fait ça?
 
— Tu parles ma vieille si je l’ai fait!
 
— Fais-moi voir…
 
Christine releva ses cheveux et tendit le cou à sa copine. Malgré la pénombre du bar, le motif se détachait clairement sur la peau laiteuse de son cou.
 
— Un chaîne? Et… aussi autour de ton poignet?
 
Rose prit sa main pour mieux examiner le tatouage sous l’éclairage ultraviolet.
 
— Qu’est-ce qui t’as pris? C’est toi-même qui disait, pas plus tard que la semaine passée, que jamais une aiguille ne s’approcherait de ton précieux épiderme…
 
— C’est à cause de Carl. Je lui appartiens, maintenant. Il est mon propriétaire.
 
— Il a fait de toi une marchandise? Ça me semble plutôt malsain…  
 
— Ça te semble malsain parce que tu ne sais pas encore ce que c’est que l’amour.
 
— OU peut-être parce que j’ai encore toute ma tête, contrairement à toi… Laisse-moi deviner: l’autre poignet aussi?
 
— Yep. Et autour des deux chevilles aussi.
 
— C’est assez joli – si on aime l’esthétique esclavagiste, évidemment… ça t’a fait mal?
 
— Tu parles! J’avais l’impression qu’on me décapitait avec un couteau à beurre.
 
Rose contempla longuement le tatouage, soupira, puis ajouta:
 
— Tu es sa chose. C’est peut-être excitant pour toi, mais c’est vachement phallocrate et injuste de sa part. Il va agir en propriétaire avec toi et te jeter après usage comme une vieille chaussette.
 
— Tu ne comprends rien au romantisme. Je lui appartiens et il m’appartient.
 
— C’est de la possessivité, pas du romantisme. Ça vous ravale tous les deux au rang d’objet. Et lui, qu’est-ce qu’il a fait pour te signifier qu’il était devenu ta chose?
 
— Hé hé hé… ricana Christine en jetant un regard en direction de Carl, qui s’agitait plutôt gauchement sur la piste de danse, puis en faisant un geste si obscène  et explicite qu’il ne laissait rien à l’imagination.
 
— Tu… Serais-tu en train de me dire que…
 
— Oui! Et crois-moi, ça lui a fait beaucoup plus mal qu’à moi, tu t’en doutes bien. Et ce fut lui d’abord, moi ensuite.
 
— Je n’arrive pas à y croire. Il s’est donc laissé…
 
— Il ne peut pas être plus «chosifié» que ça, hein?
 
Rose regarda Carl et compris pourquoi il dansait si maladroitement.
 
— Je… Je peux voir, dis?
 
Christine fit son plus beau sourire de crocodile, puis répondit en se levant:
 
— Tu peux toujours lui demander, mais seulement après ceci.
 
La chanson et l’éclairage venaient tout juste de changer et Carl s’approchait pour amener son bien privatif pur sur la piste de danse.

Exécution automatique

10 avril 2012

Le père McVeigh, en branchant sa clé USB
Par mégarde a projeté de la porno gay
À ses paroissiens heurtés et abasourdis.
Que le zèle de Windows 7 en soit maudit!

Des branlettes à neuf cents millions

6 avril 2012

Un taulard a poursuivi le gouvernement
Parce qu’on l’empêchait de baiser en prison.
Pour jouir, il doit se résigner, dorénavant
À échapper aux douches le fameux savon.

Persistance

5 avril 2012

L’inconvénient principal d’être un fantôme est que la mémoire ne fonctionne jamais aussi bien qu’avant, au temps où l’esprit pouvait compter sur de la chair bien dense pour concentrer son attention. C’est bien embêtant, parce que je la suis partout où elle va, fidèlement, je guette chacun de ses gestes… mais je ne sais plus pourquoi.

Qui étais-je pour elle? Une mère? Une sœur? Une amie? À moins que je ne fusse une amante… Foutrencul! Si au moins il me restait un peu de moelle dans les os, je suis certaine que je le saurais, je le ressentirais immédiatement au plus profond de mon être. Malheureusement, je ne ressens plus grand-chose, à part les échos fossiles des passions qui ont jadis secoué ma carcasse, depuis longtemps disparue. Je reste donc près d’elle – parce qu’elle me manque, parce que je lui manque aussi, parce que quelque chose d’imprécis,  d’impalpable m’oblige à toujours être là.

Souvent, je vois son regard se fixer à des endroits où je ne suis pas. Chaque fois que ça se produit, elle murmure mon prénom – enfin, je crois que c’est le mien – alors je m’approche de son visage, dans l’espoir vain de sentir son souffle contre le mien. Ces moments sont toujours très courts: elle se retourne ensuite pour essuyer une larme avant même que j’aille le temps d’essayer de la toucher.

Elle s’échappe, je la poursuis, à la recherche de son parfum introuvable que je sais si chargé de souvenirs, et ce quelque chose d’autre qui me tarabuste et dont je ne me rappelle plus tout à fait.

Abandons

28 mars 2012

Le jour de mon dix-septième anniversaire, tu m’as embrassée pour la première fois. Tu m’as révélé la passion secrète et interdite que tu camouflais jusqu’alors derrière un amitié de gamines. Le lendemain, je suis partie pour le collège et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon dix-neuvième anniversaire, tu m’as prise dans tes bras. Tu m’as fais culbuter sur le lit et j’ai connu le plaisir pour la première fois. Le lendemain, je suis partie pour l’université et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon vingt-cinquième anniversaire, tu es venue à mon enterrement de vie de jeune fille. Pendant que les autres encourageaient le danseur nu, tu as tenté de me convaincre que nous étions faites l’une pour l’autre. Le lendemain, je suis partie pour l’église et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon quarantième anniversaire, j’ai pleuré mon divorce dans tes bras. Tu as séché mes larmes et bu ma jouissance à grandes lampées. Le lendemain, je suis partie pour Vancouver et je t’ai laissée toute seule.

Le jour de mon cinquante-deuxième anniversaire, tu étais dans ma chambre, à mes côtés. Tu as caressé les cicatrices qui déformaient ma chair à l’endroit où jadis trônaient les symboles défunts de ma féminité et tu as tenu ma main jusqu’à mon dernier souffle. Je suis partie en paix, tout doucement, et je t’ai laissée toute seule.

Depuis, tu es venue chaque anniversaire fleurir ma tombe. Tu essuies quelques larmes en caressant le granit rugueux de ma stèle, puis tu pars pour dieu sait où en me laissant toute seule.

Pr0nographe point lu

26 mars 2012

Oyez! Oyez! Pourceaux d’Épicure et accortes donzelles! Si vous n’avez point encore lu Pr0nographe, je vous invite à vous rendre de ce pas sur www.pr0nographe.lu pour y déguster quelques extraits et profiter de tout plein d’autres trucs aussi gratuits que passionnants (comme une photo floue en gros plan et en noir et blanc de mon oeil – hey, personne ne m’avait dit qu’il fallait ternir la caméra de l’autre côté).

Comme le dit si bien le huissier chaque fois qu’il vient me remettre une mise en demeure de la cour: «c’est un rendez-vous!»

Interruption

18 mars 2012

Tes cheveux fous et notre amour
Nimbés par le mystère de cette nuit
Humide et luminescente
Dans le plus vieil hôtel de Montréal

Les gémissements des marches de l’escalier
Rythmaient ton soliloque halluciné
Où se bousculaient tous les spectres,
Des truands, victimes et assassins
Tous les complots, tous les drames
Qui s’y étaient déroulés
Et on croyait presque y entendre
L’écho étouffé, mais rauque
Des étreintes de tous les amants
Comme nous, unis
Clandestinement
Entre ces murs depuis
Leur érection
Il y a presque trois cents ans

Quelque chose d’impalpable
Dans l’air poussiéreux de la chambre
A libéré un démon dans ta chair
Lilītu, djinn, goule ou lamie
Une succube vorace
Au corps insatiable
Un puits sans fond de luxure
Le pertuis rose des gorges de l’enfer
Dont l’étreinte musquée et carnassière
Déchirait goulûment mon âme damnée
Jusqu’à ce que soudain
Le miroir se décroche
Et éclate sur le parquet.

FA ce que doit, fesse queue doigt

16 mars 2012

Qui «me publie huit fois par année», comme il était indiqué en 5 vertical? Il s’agit bien sûr du magazine FA, fin pourvoyeur de propos vaguement émoustillants pour la femme moderne et contemporaine d’aujourd’hui. Depuis 2008, on y retrouve dans chaque numéro une de mes «Histoires d’oOoh», jadis illustrée par Thierry Labrosse (et maintenant par n’importe qui, du moment où il sait à peu près tenir un prismacolor). La prochaine fois que vous attendrez en ligne près de la caisse à l’épicerie pour acheter votre tofu, ajoutez-le à votre panier, vous passerez un bon moment de lecture humide de retour à la maison.

Toujours est-il que j’ai reçu ce mois-ci quinze solutions, toutes exactes, même s’il y avait deux erreurs dans mes définitions. C’est la preuve – s’il en fallait une – que mon lectorat est composé d’êtres surnaturels aux capacités intellectuelles hors du commun. Didier/Patchy fut le premier à me faire parvenir la sienne et fut donc officiellement adoubé grand dragon pneumatique auxiliaire de l’Ordre lubrique des masturbateurs compulsifs. Puisqu’il avait déjà acheté son exemplaire de Pr0nographe (le ebook qu’il faut avoir lu avant de voir Venise et mourir), il a gracieusement offert son prix à Fabienne, qui avait envoyé sa solution quelques minutes après lui.

Et voici la soluce, pour ceux et celles que ça intéresse.

La grille de mars

14 mars 2012

Crampe en masse, voici la grille qui te donnera des crampes en mars. Évidemment, j’y ai glissé des définitions qui tournent autour de ma petite personne; j’ai beau suivre une cure pour être moins égocentrique, mais je ne cesse de faire des rechutes.

Comme d’habitude, la première personne qui m’enverra la solution exacte (par courriel, au anne@archet.net) sera décorée chevalier de l’Ordre lubrique des masturbateurs compulsifs, en plus de recevoir un exemplaire de Pr0nographe, le premier ebook autopublié à avoir été finaliste pour le Goncourt (du moins, dans mes rêves). Vous pouvez télécharger la grille en format pdf et la solution viendra dans un jour ou deux.

Horizontalement

  1. Ce que je procure à la masse depuis 2003.
  2. Délire halluciné – Les squelettes n’en ont pas dans leur bibliothèque (car ils en manquent).
  3. Celle de Mars est de 687 jours – Écoute des spectres.
  4. Idaho – Étain – On en a usé sur Apollinaire.
  5. Ville française ou joli anglais – Fleuve – Dans la gamme.
  6. Procrastiné – Particule italienne.
  7. Aqueuse et salée – Torchées.
  8. Se ferme.
  9. Miroir s’ils ne sont pas retournés ou brouillés – Initiale épistolière.
  10. Émoussée – Éperonne.
  11. Trait – Interjection de mépris – Attiré par l’anode.
  12. Galères – Dément.

Verticalement

  1. Hélianthes tubéreux.
  2. Hardie – Fils d’Isaac et de Rebecca.
  3. Lancer – Bière de sapin.
  4. Produire des couleurs – Ville nigériane.
  5. Marc – Gars – Me publie huit fois par année.
  6. Lucie, dans le ciel, avec des diamants – Hit de Brel – Dans l’amas ouvert des Hyades.
  7. Pierres de février.
  8. Équerre – Gaillard – Son héros est un prince autrichien.
  9. Un centième de ringgit – En Chine.
  10. Ils forent tous – Quête.
  11. Certifiée par le tabellion – Incirconcis.
  12. Sous le pont Mirabeau (en plus de nos amours) – Embarrassé.

Rumeur, rumeur…

13 mars 2012

On raconte que demain, midi, heure de Montréal, sera publiée ici une grille de mots croisés. Paraît que la première personne qui fera parvenir la solution au anne@archet.net gagnera une copie de Pr0nographe.

Je dis ça comme ça, hein.

Les aphorismes se ramassent à la pelle

12 mars 2012

Pour célébrer le passage à l’heure avancée (why not?), je vous invite à télécharger gratuitement tous mes aphorismes (en format pdf). Awesomesauce!

Oh, et je vous rappelle en passant que Pr0nographe, le célèbre best-seller intersidéral dont parlent toutes les rockstars et leurs petites amies qui tournent du porno, est toujours en vente à un prix si ridicule que d’en parler me fait saigner des gencives.

Hot for teacher

9 mars 2012

Pour un film de fesses, une institutrice
Est lâchement suspendue – quelle injustice!
Car si tous les profs enseignaient le cul à l’air
Il y aurait moins de décrochage scolaire


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