C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit

Maman s’occupe comme elle peut
De ses charmants petits morveux
Mais vingt heures? Il est plus que temps
D’aller rejoindre son amant

C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit

Maman se fait bien du souci
Pour sa ribambelle de petits
Mais quand il est passé vingt heures
Elle pense à son vibromasseur

C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit

Maman fera une crise de nerfs
Si ce soir vous lui pompez l’air
Dans son bain elle veut mariner
Avec Cinquante nuances de Grey

C’est bientôt l’heure des mamans
Allez, préparez-vous, enfants
Enfilez votre robe de nuit
Et allez vite vous mettre au lit.

 

J’ai besoin de sortir de cette léthargie estivale et de me secouer un peu. Voilà pourquoi j’ai décidé, dans la nuit de vendredi à samedi, d’organiser la (cinquième? sixième? – j’ai perdu le fil, après toutes ces années…) édition de ma nuit de la comptine grivoise.

Le concept est simple: de vingt heures à huit heures, je vais écrire une comptine à l’heure et la publier ici, sur mon blog chéri d’un blanc virginal et immaculé. Au menu: rythmes bancals, rimes approximatives, gros mots, polissonneries immatures et pieds-de-nez divers. Pour vous donner une idée du résultat, téléchargez les comptines des nuits précédentes que j’ai regroupées dans mon recueil intitulé Comptines pour ne pas dormir.

Et si d’aventure cette performance esssstradinaire et flabergastante vous impressionne au point de vous donner l’envie d’encourager l’artiste en lui lançant quelques sous dans son chapeau, je me ferai un plaisir d’agiter sous votre nez le lien vers mon compte PayPal.

Comme le dit toujours mon psychiatre : c’est un rendez-vous.

Elle s’appelle Heather et trouve mon accent «so charming», surtout quand je m’empêtre dans son prénom.

— It’s Heather. THer. Repeat after me.

Je répète, mais je suis loin du compte.

— Heather… as in «ei-ther», articule-t-elle lentement.

Je répète donc «Heather» et «either».

— No, that’s not good.

J’essaie encore, mais ma langue est maladroite et raide dans ma bouche, alors que la sienne se meut avec tant de grâce et de douceur. Je la vois, rose et tendre, poindre derrière l’ourlet délicat de ses lèvres.

— It’s a «th», not a «d», sexy.

Après toutes ces années passées à cinq-cents mètres de la frontière ontarienne, je me serait attendue à maîtriser enfin le terrible th anglais. Hélas, ma bouche est trop crispée, ma langue s’écrase trop sur mon palais et je n’arrive qu’à dire «Édeur». Je lui demande donc :

— Please, say it again. I want to learn how to pronounce it correctly.

Elle s’exécute et j’en profite pour contempler ses lèvres, pour épier cette jolie langue venir se placer contre sa dentition immmaculée.

— Could you say it again? I’m not sure I heard correctly…

— No, it’s your turn. You’ve gotta practice !

Évidemment que j’ai besoin de pratique. Mais ce dont j’ai encore plus besoin, c’est de voir ses lèvres s’humecter et sa langue s’agiter.

— Come on, sweetie, say it !

Elle s’approche pour inspecter ma propre bouche. Nous visages maintenant si près l’un de l’autre… j’essaie donc une autre fois.

— Hédeur.

Elle se met à rire gentiment. Tout ça l’amuse follement.

— Not Header! I’m not a newspaper… I told you, it’s Hea-THer, as ei-THer.

Je répète donc, encore et encore, Heather et either tandis que je m’approche de plus en plus de sa bouche. Chaque fois, elle répète après moi. La tension augmente. Mes lèvres se tordent, je cherche mon souffle. J’essaie de dire son prénom, mais c’est comme si je n’avais pas assez d’air dans mes poumons.

— Hea…

Je suis à quelques centimètres de sa bouche.

— …ther.

Le bout de ma langue touche ses lèvres. Je reste pétrifiée par mon audace. Nos haleines se mêlent; la sienne est chaude et sucrée. Sa langue vient à la rencontre de la mienne. Elles entrent dans la danse : à l’intérieur d’elle, à l’intérieur de moi. Elle mordille mes lèvres, je suce les sienne.

Je sens que je vais fondre.

— You’re so hot, Édeur…

— Just call me heater, then.

J’ai honte de l’avouer, parce que ça va à l’encontre de tous mes principes, mais ce qui m’attire le plus chez elle, c’est sa profession et surtout la façon dont elle porte son uniforme. Je sais, je sais, j’ai déjà fait toutes ces déclarations radicales à l’emporte-pièce et vous êtes en droit de me juger – n’ayez crainte, je le fais continuellement moi-même. Il se trouve que lorsque je la vois, en service, revêtue de son uniforme strict et immaculé, je craque.

Elle est grande, sculpturale, ses traits sont fins et réguliers, ses cheveux impeccablement attachés en chignon… je suis certaine qu’elle serait foudroyante de beauté dans une robe du soir. Mais placez cette beauté dans un uniforme à la coupe anguleuse et elle devient tout simplement irrésistible. Le chemisier empesé gris est brodé de rouge et d’or qui contraste avec le blanc crémeux de sa peau. En uniforme, elle a l’air d’une Amazone, d’une souveraine.

Et c’est précisément ce qu’elle est: c’est un chef. Le badge qu’elle porte sur sa poitrine gauche l’indique : elle occupe un rang supérieur dans la hiérarchie et les autres – hommes et femmes – qui portent le même uniforme lui doivent respect et obéissance. Elle baigne dans une telle aura d’autorité que j’en frémis à m’en donner la chair de poule.

Je m’approche timidement d’elle, mon cœur tressaille.

— Bonjour madame, comment puis-je vous aider? me demande-t-elle sur un ton froid, mais courtois.

Mon esprit chavire et mon corps est déchiré par le désir. Comme je voudrais lui dire à quel point je la trouve superbe, à quel point je suis chamboulée par sa présence ! Je voudrais tant lui avouer toute la passion que j’éprouve, lui dire qu’elle me fait mouiller comme une folle… mais elle m’impressionne trop, c’est inutile. Jamais n’oserais-je violer les strictes barrières que son uniforme établit entre elle et moi. Elle est en devoir; le mien est de réprimer mes élans libidineux et de m’en tenir à de stricts rapports professionnels. Après l’avoir fixée quelques secondes, la bouche ouverte et salivant comme une idiote, je finis par lui répondre :

— Un trio Big Mac avec un Coke Diète, s’il-vous-plaît madame.

Josianne, assistante gérante, sourit et entre ma commande pendant que je la contemple révérencieusement. Après avoir payé, je pars donner ce bout d’animal mort au vieux monsieur pas trop propre qui sirote un café (sûrement depuis des heures) à la table près de la porte. C’est pas drôle tous les jours d’avoir des principes, je vous jure.

Nous sommes mercredi soir et vous savez ce que sa signifie, bande de vicelards et de fieffées coquines? Ça veut dire que le concours est officiellement terminé. L’heure est venue d’annoncer la nouvelle membre du très Noble et Ancien Ordre Lubrique des Masturbatrices Compulsives; il s’agit de Margaret Ann Buckley qui, grâce à sa performance aussi rapide qu’éblouissante, s’est vue adoubée du titre envié de vice-amirale (troisième classe). Elle a reçu – comme six autres verbicrucistes qui m’ont fait parvenir leur solution à ma grille de mots croisés – un exemplaire rarissime de Pr0ngraphe, le ebook érotique recommandé par neuf dentistes canadiens sur dix.

J’en ai d’ailleurs profité pour mettre à jour la liste des distingués membres de l’Ordre dont la haute antiquité remonte à 2003, une époque trouble qui ne connaissait ni la civilisation, ni la décence, ni le iPhone. Pour l’occasion, l’Ordre a adopté une nouvelle devise (en latin – si si, trrrès chèrrrreu) dont vous essayerez de deviner la signification et a aussi mis a jour la décoration que ses membres portent fièrement, épinglée sur leur généreuse poitrine, quand ils vont visiter tante Gertrude à l’hospice.

Vous voulez, vous aussi, faire partie de cet aréopage sélect de personnalités érudites d’exception? Revenez dans quelques semaines vous mesurer à ma grille; la gloire immortelle est à votre portée.

Oh, j’allais oublier: voici la soluce.

Juin 2014: solution

Appel à tous les gardiens de sécurité, fonctionnaires tablettés et autres loners plus ou moins sociopathes ! Nous sommes en juin, il fait froid, il pleut, j’ai fini de réviser le manuscrit de mon prochain bouquin et je m’emmerde. Toutes les conditions sont donc réunies pour se vautrer tous ensemble dans le plaisir le plus masochiste d’entre tous: les MOTS CROISÉS. Yes ! Yes ! YES ! J’arrive à peine à contenir mon émotion… je suis à ça d’avoir un orgasme spontané.

Vous pouvez immédiatement la télécharger en format pdf.

Cette fois-ci, tous ceux et celles qui me feront parvenir la solution exacte (par courriel, au anne@archet.net, et pas dans les commentaires parce que ça ruine le plaisir des autres, hein) recevront un exemplaire de Pr0nographele ebook où tous les synonymes de «noune» ont été utilisés deux fois plutôt qu’une. IN-CRO-YA-BLE !

Je vous entends déjà dire : « Pourquoi alors je me dépêcherais ? Je vais travailler là-dessus peinard et je finirai bien par avoir mon bonbon gratos…» Oh que non, bande de petits vicelards ! D’abord, parce que la première personne à m’envoyer une solution correcte aura l’insigne honneur d’être décorée vice-amiral (troisième catégorie) de l’Ordre lubrique des masturbateurs compulsifs. Ensuite, parce que la solution sera publiée mercredi soir et qu’après il sera trop tard.

La grille de juin

Horizontalement

  1. Le quarantième jour avant le Vendredi Saint.
  2. Plus que moderne, mais pas encore postmoderne.
  3. Auguste – Oviforme.
  4. Un de plus que bis – Jamais entendu – Chlore.
  5. Perse – Disque solaire – Bestialité.
  6. L’unité de mesure des virilités vantardes.
  7. Double équerre – Ce que l’on tente de faire avec son blason après la disgrâce.
  8. Allongea – Dans la gamme.
  9. Millets – Possessif.
  10. Richards – Ponant.
  11. Lentilles – Nom de domaine tombé en désuétude le 31 décembre 1992.
  12. Sélénium – Geekette.

Verticalement

  1. La féquence de mes branlettes.
  2. Plaie – 100m2.
  3. Contaminations de pronoms relatifs.
  4. Drainage minier acide – Démentir.
  5. Le bison de Straram l’était, semble-t-il – Bouclier contre le mal (en coton).
  6. Ainsi soitil – Infinitif – Sorti.
  7. Jeu – Doigt de pied.
  8. Prénom de l’auteur des Verrats – Caste d’orphèvres.
  9. Puni– Esprit – Émirats Arabes Unis.
  10. Colère – Phragmite.
  11. Manganèse – Accompagnaient Bill Haley.
  12. En Flandre-Orientale – Demeurée.

Je ferme la porte de l’appartement et descends l’escalier d’un pas vif, mes clés cliquetant dans la poche de ma veste. Il est là, sur le palier du second. «Bonjour» lui dis-je mécaniquement en arrivant à la dernière marche.

Mes yeux s’écarquillent quand soudainement il entrouvre son trench-coat. Il avait tout prévu, ce satyre : il ne porte rien d’autre en dessous qu’un t-shirt qui lui arrive au-dessus du nombril et des tongs rose fluo. Sa queue est glabre et épaisse; elle bande en pointant dans ma direction. Il la saisit de sa main droite et, dans un soupir de contentement, la serre assez fort pour qu’une goutte opaline perle du méat.

Le rouge me monte au front. J’étouffe de chaleur. J’arrive à peine à articuler un « Monsieur Bouchard ! » tellement je suffoque. Il me dévisage en souriant. Moi, je n’arrive pas à détourner le regard de sa main qui va et vient langoureusement sur son engin. Une exhalation brutale accompagne chaque troisième coup de piston. Je me surprends à compter mentalement :

« Un, deux, HAH… quatre, cinq, HAH… sept, huit, HAH… »

Sans même prendre une pause, il tire avec sa main libre un mouchoir de sa poche. Il accélère ensuite le rythme.

« Vingt-huit, vingt-neuf, HAH… trente et un, trente-deux, HAH, Trente-quatre, Tr… oups. »

Mouvement saccadé des hanches. Son corps se tend comme un arc. Il tente d’éjaculer dans son mouchoir, mais le plus gros du foutre fait un vol plané et atterrit sur la rambarde.

La cage de l’escalier est remplie par l’écho de nos souffles oppressés.

« Je dois y aller, sinon je serai en retard au bureau… » lui dis-je en bafouillant, avant de prendre mes jambes à mon cou. En ouvrant la porte de l’immeuble, je me retourne, je lui jette un dernier regard et lui dis : « N’oublie pas : ce soir, c’est à mon tour. »

« Bien sûr. À tout à l’heure…» répond-t-il en rattachant son manteau.

Dehors, le ciel me semble d’un bleu plus éclatant que d’habitude.

Déshabille-moi de mon prénom

Ne te fie pas à mon prénom. Il arrive qu’un prénom soit un corset lacé avec du fil barbelé. Le mien m’a enfermé à double tour dans la petite-madamerie pâlotte fin-trentenaire sans aspérités ni signes distinctifs. Par sa faute, je suis devenue une brique grisâtre dans un mur de briques grisâtre servant à séparer la masse informe et nathalienne des individus solaires et sublimes qui occupent l’apex de l’évolution de l’espèce. Nathalie est une image blafarde et délavée qu’on a accrochée sur le coin du miroir.

Mais si tu prends la peine de soulever le voile de mon prénom, tu verras que je ne porte rien en dessous. Tu verras que je suis noire et brûlante comme la Géhenne, que je suis la muqueuse du diable – celle qui n’a qu’à esquisser un rictus pour te transformer en statue priapique de granit et t’avaler tout entier. Mes hanches sont une légion infernale, elles se saisiront de ton corps de pauvre mortel et te feront plonger dans les abysses ténébreux et sans fin de la jouissance pré-humaine, reptilienne – celle qui fait sortir de soi et qui est sans retour. Déshabille-moi de mon prénom; je serai la piqûre d’ortie à la base de ta queue, je serai les lèvres du ciel, je te boirai jusqu’aux étoiles, je ferai de toi un saint, un héros de légende, un homme.

Il m'a vendu de la poussière de lune

Mathieu était amoureux fou de Gabrielle. Il devrait absolument lui dire, mais il n’arrivait pas à trouver le courage de le faire. C’était après tout sa meilleure amie et il ne voulait absolument pas gâcher cela.

En se rendant au restaurant où il lui avait donné rendez-vous, il n’avait pas cessé mentalement de se raisonner, de se dire que tout allait bien se passer, que c’était maintenant ou jamais. Hélas, lorsqu’il la vit, attablée à la terrasse et resplendissante de beauté, tout son courage se mit à fondre comme neige au soleil.

Pit, le clochard qui campait dans le parc de l’autre côté de la rue, s’approcha de lui. Mathieu se mit à fouiller dans ses poches à la recherche de monnaie à lui donner. Avant qu’il ne puisse le faire, Pit lui mit sous le nez un petit sac de tissu rouge vif.

— Hey le jeune ! J’ai quelque chose pour toi. Juste cinq piasses. C’est de la poudre de lune pis c’est magique. Avec ça, n’importe quelle fille va devenir amoureuse de toi; elle va se mettre à mouiller d’la plotte pis elle va te demander de la ramener à la maison pour que tu la fourres solide. C’est cent-dix pourcent garanti, le jeune. Juste cinq piasses.

— Cent-dix pourcent garanti? Ben oui, tiens. Je ne suis pas aussi niaiseux que j’en ai l’air.

— Envouaille donc. Je te jure que ça marche. Juste cinq piasses… de toute façon, qu’est-ce que t’as à perdre?

— Cinq dollars, voilà ce que j’ai à perdre.

— Viens pas me dire que ça va te ruiner, le jeune.

—Vu comme ça, hein… voilà.

Mathieu lui donna un billet bleu tout neuf et mit le sac de poudre dans la poche. Pit fit un large sourire satisfait et édenté.

Sur la terrasse, Gabrielle salua Mathieu.

— Qu’est-ce que tu complotais avec Pit?

— Il m’a vendu de la poussière de lune.

— Ah oui? Ça sert à quoi, ce truc?

Mathieu sourit et jeta le contenu du sac dans l’air, devant elle.

— Fuck. C’est juste du talc…

Gabrielle éternua, puis l’expression de son visage figea pendant quelques secondes. Elle se mit alors à se tortiller sur sa chaise et à minauder d’une drôle de voix :

— Oh ! Mat… Je ne sais pas ce qui m’arrive… Oh… OH ! Je pense que… je mouille de la plotte. Vite ! Ramène-moi à la maison ! Je veux que tu me fourres solide ! Tout de suite ! Je t’en priiiiie !

En passant devant le parc, Gabrielle fit un clin d’oeil et glissa un billet de vingt à Pit qui les regarda filer d’un air attendri.

Rien dans les mains

— As-tu déjà eu ça, toi, un orgasme vaginal?

— Tu veux dire avec la queue seulement? Sans jouet et sans mains?

— Ouais. Un orgasme magique, rien dans les mains, rien dans la poche.

— Ha! T’es folle. Oui, ça m’est arrivé. Une fois, y’a sacrément longtemps.

— Ça s’est produit comment?

Elle prend une gorgée de bière, se cale dans son fauteuil, puis soupire.

— Je fréquentais ce gars qui était pas mal nul au lit. Ne ris pas! Je veux dire, il n’était vraiment, – mais alors vraiment – pas doué. Quand il était bandé, c’était « écarte tes cuisses poupée que je te la mette », suivi d’une trentaine de secondes de va-et-vient frénétique, puis merci bonsoir il est parti. Pas de préliminaires, pas de postliminaires. Après quelque temps, j’avais même abandonné l’idée d’être excitée.

— Pourquoi ne l’as-tu pas tout simplement envoyée paître vite fait bien fait?

— C’est ce qui a fini par arriver. Je suis quand même restée avec lui quelques mois, c’était un gentil garçon… En tout cas. C’était un samedi matin et, à peu près chaque heure, il voulait remettre ça.

— Sérieuse?

— Je te jure. Il tirait vite, mais il le faisait à répétition… on n’avait tous les deux que vingt ans, hein. Ça faisait déjà trois fois qu’on le faisait depuis le petit déjeuner et j’étais là, couchée sur le dos, à attendre qu’il finisse et pensant à rien en particulier et puis BANG! v’là-t’y pas que j’ai un orgasme. Comme ça, venant de nulle part.

— C’est mongol.

— C’était juste un tout petit orgasme, mais un orgasme quand même.

— Qu’est-ce qu’il a dit?

— Rien. Il ne l’a jamais su. J’ai pensé le lui dire, mais… je trouvais que ça faisait malaise.

— Ça faisait malaise que tu lui dises que tu avais joui?

— Non. Ça faisait malaise que je lui dise que je n’avais pas joui toutes les fois d’avant.

— Ah, je vois.

Elle reprit une autre gorgée de bière, puis, après un long silence, demanda :

— Et toi? Ça t’est déjà arrivé?

— Non, jamais. Jusqu’à il y a cinq minutes, je pensais que c’était un mythe.

— Qu’est-ce qu’il pouvait être dans le champ, Freud, quand même.

Par l’onction baveuse du bourgeon mâle et vierge

Vient un temps où les corps ne sont plus synchrones. Elle qui, après toutes ces années, brûle encore et toujours d’un feu ardent, elle est consternée de le voir petit à petit s’éteindre et prendre la couleur grisâtre de la cendre.

Elle broderait des lettres ardentes autour de sa queue si elle le pouvait. Elle l’envelopperait de son éternité, elle la mouillerait de sa salive et la caresserait de ses lèvres pendant son sommeil comme un bouton de rose qui peine à éclore. Elle sait que sa bouche a le pouvoir de réveiller un mort. Elle le lécherait et le sucerait jusqu’à ce qu’elle s’assèche, jusqu’à ce qu’elle s’étrangle sur sa chair enfin renaissante. Elle a la conviction inébranlable qu’elle a le pouvoir de ressusciter la chair; elle pourrait lui redonner la foi, lui montrer qu’il n’a nul besoin d’autre sauveur que ses muqueuses miraculeuses.  Si seulement il pouvait croire en elle… il verrait la lumière. Hélas, il résiste, se renfrogne, son corps s’avachit dans la déréliction et le désabusement.

Quand un homme abandonne sa condition d’homme, que devient sa femme? Elle devient une hiérodule, une succube investie d’une mission aussi sacrée que charnelle : celle de le faire renaître, par l’onction baveuse du bourgeon mâle et vierge de son cul.

Elle s’est préparée pour le saint office en taillant ses ongles très ras. Elle les a enduits d’un vernis violet si foncé qu’on croirait qu’ils sont noir. Il l’a remarqué au dîner, lorsqu’elle lui a servi son assiette. Il ne le sait pas encore, mais il est maintenant à la merci de ses griffes obscures, un agneau sacrificiel impuissant — mais pour longtemps. Dès qu’il aura mangé, dès qu’il aura repris ses forces, elle lui montrera que le désir n’a que faire des contingences du corps. Il s’érigera à nouveau, qu’il le veuille ou non, même si elle doit pour cela traire le plaisir hors de lui.

S’il restait coi pendant le coït

Son éducation sexuelle ayant été marquée par les non-dits, elle a développé très tôt dans sa jeunesse un fétichisme de la confidence. Un secret murmuré à son oreille lui donnait des bouffées de chaleur. Deux secrets et ses vêtements tombaient un à un. Trois secrets et elle devenait tremblante, humide et pantelante. Le quatrième secret suffisait la plupart du temps à la faire basculer dans l’orgasme. A contrario, si son amant ne pipait mot pendant la pipe, s’il restait coi pendant le coït, l’amour devenait une tâche aussi fastidieuse que de plier une brassée de draps contour.

Elle rencontra un séduisant jeune homme gentiment introverti, ce qui, croyait-elle, promettait un monde intérieur riche et une source inépuisable de secrets aptes à la faire grimper jusqu’au septième ciel. Or, elle s’aperçut rapidement que monsieur était impénétrable quand venait le temps de la pénétration. Elle l’encouragea donc en lui confiant les épisodes les plus obscurs et les plus salaces de son passé :

«J’ai baisé avec ma meilleure amie à l’université. Dans le bureau d’un prof. Pendant qu’il nous regardait en se branlant et en invoquant le nom de sa femme.»

«Je me suis fait prendre par un inconnu dans un coin à l’écart d’un cimetière pendant que ma famille éplorée mettait en terre mon grand-papa.»

Elle choisissait toujours le meilleur moment pour balancer ces obscénités, celui où les traits du visage se crispent et la respiration s’accélère. Il avait l’air d’apprécier. En fait, de fois en fois, il aimait de plus en plus, jusqu’au point de plus pouvoir s’en passer. Il refusait toutefois catégoriquement de lui rendre la pareille et de lui livrer ses précieux secrets.

«Je ne sais pas quoi dire.»

«Je ne comprends pas.»

«S’il te plaît, dis-moi pourquoi tu veux ça de moi.»

«Je n’ai pas de secrets, je te jure.»

«Inutile, je n’y arrive pas.»

«Je ne peux pas faire ça.»

C’était sans compter sa patience et son obstination. Elle revint systématiquement, résolument à la charge. Puis, enfin, au moment où elle s’y attendait le moins, elle finit par obtenir de lui un secret – un vrai, un croustillant, un délicieux qui craquait sous la dent puis fondait dans la bouche.

«J’ai triché dans mon examen d’admission à l’université.»

Je lendemain, elle en eut un autre. Puis quatre autres en autant de jours. Elle les recevait comme des caresses qui la faisaient presque défaillir de plaisir.

«J’ai cette douleur au fond de moi… que je ne peux pas montrer.»

«Malgré ce que je raconte, je ne veux pas d’enfants.»

«Au bureau, je me masturbe chaque midi dans les toilettes.»

«J’ai déjà payé une fille pour avoir du sexe. Et c’était la meilleure baise de ma vie.»

«Quand mon père s’est remarié, j’ai couché avec la fille de sa femme. Ça me semblait être de l’inceste et ça m’excitait à mort.»

«Je travaille pour le SCRS la NSA.»

«Je suis recherché pour meurtre en Uruguay.»

«J’ai en ma possession des photos compromettantes du premier ministre en compagnie de mineurs.»

«Les programmes de fluoration de l’eau sont en réalité une stratégie pour faire ingérer è la population des drogues induisant l’obéissance.»

Un jour, elle en saura trop, c’est une évidence. Elle disparaîtra sans laisser de traces. Ou alors, on retrouvera son corps et on conclura à une mort naturelle – à un suicide, à la rigueur . En attendant, chaque secret la transporte un peu plus vers l’orgasme absolu, l’orgasme définitif, celui qui se trouve au-delà des mots, au-delà du corps, par-delà la vie et la mort.

Tiens, un peu de lecture édifiante

Comme chaque dimanche matin, je prenais mon café à mon bistro de quartier. Comme d’habitude, il était très tôt et j’étais la seule cliente.

Ça à ce moment que je me mis à avoir un chat dans la gorge. Je toussai, d’abord discrètement, puis de plus en plus fort. Je ne pouvais tout simplement pas m’en empêcher; c’était comme si j’allais cracher un de mes poumons. Or, même si je faisais des bruits de tuberculeuse à l’agonie, ni le patron, ni la serveuse ne semblait s’en formaliser. On aurait dit qu’ils ne m’entendaient pas. Je toussai et toussai encore, jusqu’à ce que, dans un ultime râle de coyote, je crachai une gerbe de lumière.

L’étrange lueur protoplasmique flotta quelques minutes au-dessus de la table, puis se matérialisa graduellement sur la chaise devant moi. Elle prit la forme d’une femme sculpturale, d’une beauté irréelle. Je remarquai qu’elle avait les mêmes yeux bridés que moi.

— Tabar… laissai-je échapper.

— Ouf. Je n’arrive pas à croire que j’ai fini par réussir à sortir ! s’exclama l’inconnue.

Nous nous dévisageâmes en silence pendant ce qui me parut être une éternité. Elle prit ma tasse et but mon latte jusqu’à la dernière goutte. Je fus soufflée par un tel étalage de discourtoisie.

— Mais… mais… qui êtes-vous? réussis-je à balbutier.

— Je suis – ou plutôt, j’étais, ta déesse intérieure. J’étais censée faire de toi un objet sublime de désir et d’adoration, mais tu es vraiment trop nunuche. J’en ai eu marre, alors j’ai pris mes cliques et mes claques et je me suis plaquée.

— Ma… ma… ma… ma quoi?

— Oh ça va, la sainte-nitouche, inutile de devenir bègue par-dessus le marché. Quand je pense que je m’étais arrangée pour que tu rencontres un milliardaire… Tout ce que tu aurais eu à faire, c’était le laisser te fustiger autant qu’il le voulait et tu aurais été casée peinarde pour le reste de ta vie.

Je me demandai pourquoi ma déesse intérieure me parlait avec un tel accent parisien.

— Euh… qu’est-ce que ça veut dire, fustiger ?

— Va vérifier sur DuckDuckGo, dit-elle, grimaçante, en hochant de la tête.

— C’est quoi, Doctogo ?

Elle soupira.

— Puisque tu es trop idiote pour lui, je vais aller retrouver Christian, je vais offrir mon sublime popotin pour qu’il le fesse à loisir avec son martinet. Ensuite, je vais exiger qu’il parte avec Charlie Tango m’acheter une rivière de perles à vingt mille dollars.

Elle se leva, me lança un dernier regard méprisant, puis jeta un livre sur la table.

— Tiens, un peu de lecture édifiante, histoire de te déniaiser. Adios, ahurie !

Elle tourna les talons et s’en fut en rigolant méchamment. Sur la couverture, je lus : «Cinquante nuances de Grey».

Je savais bien que je n’aurais pas dû snober ce bouquin.

Mon cœur, béant comme un glory hole...

Enfant, je me souviens avoir entendu mon père d’avoir traité les individus qui fréquentent les glory holes de «poubelles humaines» après avoir découvert leur existence lors d’un reportage télé. Pourtant, il y a pire comme choix de vie – prenez ma sœur, maintenant qu’elle est mariée à son trouduc d’homme des cavernes pour qui elle pond des morveux en série… S’il savait que sa propre progéniture, le sang de son sang, fréquente ce lieu de perdition, il en ferait sûrement une syncope. Qu’il crève, l’ordure.

En ce qui me concerne, il y a longtemps que j’ai fait la paix avec moi-même. Que j’ai cessé de m’en faire avec ce que la société s’attend de moi. Ma bouche n’a pas de sexe, elle n’est ni mâle, ni femelle, alors le queutard qui se trouve de l’autre côté de la cloison peut bien s’imaginer ce qu’il veut.

Ma bouche est chaude, bien baveuse et l’efficacité de ma succion est incomparable. J’en retire une certaine fierté, je dois bien l’admettre. Gay, straight, ça n’a aucune importance pour moi… alors pourquoi ça leur en ferait une, à eux? Ils viennent d’ailleurs tous à moi, sans exception, lorsque, un condom entre les doigts, je les appelle sans mot dire à travers le trou. Je suis l’orifice de leurs rêves, la gorge invisible et qui ne s’étrangle jamais, dans laquelle ils viennent coulisser de bonheur.

Je n’ai pas de visage – non, ce n’est pas vrai, j’en ai un, mais il se limite au contour de mes lèvres. Ils ne me connaissent que par ma puissance fellatrice; je les connais par la forme et par la taille de leur engin, mais c’est surtout par leur odeur que je reconnais mes préférés. J’imagine leur surprise s’ils pouvaient voir qui je suis réellement.

Je rêve d’un avenir meilleur, d’un monde où je pourrais, à visage découvert et sans peur de la mort, avaler tout ce qui gicle devant moi. Je suis sincère, c’est vraiment ma seule ambition amoureuse.

En attendant, j’ai vingt-huit ans et mon cœur, béant comme un glory hole, est ouvert.

La lettre Y ressemble trop à une noune

C’est aujourd’hui la Sainte-Marguerite de Cortone, patronne des prostituées et des pornographes* et pour célébrer dignement l’occasion, je vous offre en exclusivité et gratuitement (ce qui prouve que je suis moins pute que j’en ai l’air) la dernière version de mon recueil de poésies érotiques intitulé Ce ne sont que des mots, en format pdf.

À l’intérieur, vous trouverez, en plus d’une suite interminable de mots obscènes, quelques illustrations typornographiques de mon cru dont l’une d’entre elles vient de me valoir une suspension de vingt-quatre heures de mon compte Facebook. Il semblerait que représenter une relation sexuelle entre deux femmes en utilisant des lettres, des chiffres et de la ponctuation soit immoral… Qu’est-ce que ce sera, ensuite? Il vont censurer la lettre Y parce qu’elle ressemble trop à une noune? Et qui veulent-ils protéger, au juste? Les gamins de treize ans sur Facebook qui n’ont pas encore découvert YouPorn?

Je sais, je sais, c’est très facile de se moquer de la censure, mais pourquoi m’en priverais-je? La censure est, par essence, risible et surtout, presque impossible à pratiquer autrement que de façon bête et arbitraire. J’aligne des caractères sur un écran pour former des mots et il y en a qui suffoquent. Je les aligne alors de façon à ne pas former des mots et je les choque encore plus. Ne serait-ce pas plus simple de tout permettre et demander aux bonnes âmes de détourner simplement le regard quand elles se sentent offensées?

Ah la la, quelle triste époque. Je vais aller lire de la pr0n, tiens, pour me consoler. Les administrateurs de Facebook devraient en faire autant: c’est souverain contre la crispation anale.

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* Inutile d’aller vérifier, ce n’est même pas vrai: c’est le 22 février.