Parlant de vieux textes, je viens de mettre à jour Faits divers, mon recueil de nouvelles insolites (et scabreuses) versifiées. J’ai dû réécrire beaucoup des plus anciens quatrains, car visiblement j’avais encore de la difficulté en 2009 avec la diérèse et la synérèse. J’avais aussi une prédilection pour les rimes pauvres, manie dont je me suis heureusement départie depuis (ouf). Quelques-unes d’entre elles sont des fumisteries avérées; je les ai identifiées dans les notes en bas de page sans toutefois les retirer du recueil – ça m’aurait fait trop mal aux seins au cœur.

Vous pouvez télécharger le tout en format pdf. Je vous préparerai un epub dès que les piles de mon vibro seront mortes.

(Un autre pantoum daté de 1997 extrait de mes vielles notes de cours universitaires. Jamais n’aurais-je osé montrer à quiconque ce genre de truc à l’époque, alors jeunes gens, prenez ceci comme un coneil bienveillant: n’ayez aucune confiance en la version future et plus âgée de vous-même.)

arabesque

Avant de souffler mes vingt-et-une bougies
Je veux pomper vingt-et-une queues dans un glory hole
Faire plus ample connaissance avec de parfaits étrangers
À travers un trou de quinze centimètres de diamètre

Je veux pomper vingt-et-une queues dans un glory hole
Pour rassasier cette faim qui me tenaille depuis trop longtemps
Faire plus ample connaissance avec de parfaits étrangers
Dans les toilettes pour hommes d’un centre commercial

Pour rassasier cette faim qui me tenaille depuis si longtemps
Je vais me déguiser en mec moustachu et pervers
Dans les toilettes pour hommes d’un centre commercial
Tout juste à côté du bureau des agents de sécurité

Je vais me déguiser en mec moustachu et pervers
À genoux dans une cabine et la bouche grande ouverte
Tout juste à côté du bureau des agents de sécurité
Ce qui éveillera à coup sûr des tas de soupçons

À genoux dans une cabine et la bouche grande ouverte
Je vais m’étouffer un peu et faire des tas de bruits baveux
Ce qui éveillera à coup sûr des tas de soupçons
Mais je glisserai quand même ma main dans ma culotte

Je vais m’étouffer un peu et faire des tas de bruits baveux
En priant que ma technique ne trahisse pas mon sexe véritable
Mais je glisserai quand même ma main dans ma culotte
Parce que la tension sera à ce moment insoutenable

En priant que ma technique ne trahisse pas mon sexe véritable
Des filets gluants pendouillant de mon menton
Parce que la tension sera à ce moment insoutenable
Je me mettrai à gémir avec ma voix trop aigüe

Des filets gluants pendouillant de mon menton
Le jeans enroulé autour des chevilles et les seins à l’air
Je me mettrai à gémir avec ma voix trop aigüe
Quand l’agent viendra constater le flagrant délit

Le jeans enroulé autour des chevilles et les seins à l’air
J’aurai la honte et le rush d’adrénaline de ma vie
Quand l’agent viendra constater le flagrant délit
Et me traînera au poste menottée pour célébrer mon anniversaire

La pause

(Un pantoum de 1998 retrouvé en faisant le ménage de mes notes de cours jaunies de la Fac.)

arabesque

Il n’y a plus une seule chaise libre dans l’auditorium
Il fait chaud ça sent le fauve le caleçon de la veille
Deux heures déjà qu’il parle sans discontinuer
J’ai le clito à vif et le cul qui me démange

Il fait chaud ça sent le fauve le caleçon de la veille
J’ai le rouge au front je n’entends plus rien
J’ai le clito à vif et le cul qui me démange
Les aisselles moites et la fente suintante

J’ai le rouge au front je n’entends plus rien
Je tords mes mains je serre les cuisses
Les aisselles moites et la fente suintante
Vivement la pause que je puisse me branler

Je tords mes mains je serre les cuisses
Deux heures déjà qu’il parle sans discontinuer
Vivement la pause que je puisse me branler
Deux heures déjà qu’il parle sans discontinuer

Oscar Motel

Allez ma vieille ne leur fais surtout pas honte
Qu’est-ce qu’ils diraient s’ils te voyaient maintenant ?
Ce n’est pas le moment de faire la mauviette
Et encore moins celui de te défiler
Arrête de tirer sur ta jupe trop courte
Arrête de penser à ton chemisier trop échancré
Relève le front et hausse les épaules
Fais claquer tes talons aiguilles sur le parquet
Qu’ils résonnent comme les trompettes de Jéricho
Montre-leur de quoi tu es capable
Mets-leur en plein la vue
Fais honneur à Ville Lemoyne

Il y en a combien, finalement ?
Cinq ? Huit ? Douze? Quatorze ? Dix-sept ?
Pas plus d’une vingtaine en tout cas
Celui-ci n’est pas trop vieux
Celui-là n’est pas trop moche
Ceux-là semblent à peu près propres
Rien de bien intimidant
Rien que tu n’aies fait au moins cent fois
Allez ma vieille il est trop tard pour reculer
Toi qui fanfaronnais bravache avec eux au téléphone
Toi qui disais que tu en as toujours eu envie
Fais honneur à Ville Lemoyne

Tu es à la hauteur tu le sais très bien
C’est toi la meilleure tu le sais très bien
Tes yeux de braise n’ont jamais eu froid
Tes muqueuses sont plus résistantes que le kevlar
Avec toi les daltoniens en voient de toutes les couleurs
Avec toi les hombres fuient la queue entre les jambes
Laisse-les arracher tes fripes tu les as achetées pour ça
Laisse-les saloper ton maquillage tu l’a mis pour ça
Montre-leur que tes ressources sont inépuisables
Montre-leur que la Rive Sud ne s’en laissera jamais imposer
Allez ma vieille écarte bien les cuisses
Fais honneur à Ville Lemoyne

 

Il y a du sperme dans ma culotte
Et sur mes cuisses quand je croise
Et recroise mes jambes
Sous la table à manger

Elle me parle la bouche pleine
Des murs qu’il faut repeindre
Pendant que le sperme coule
Lentement au fond de ma culotte

Un peu de sauce béchamel
Au coin de sa bouche
Et moi je ne peux penser
Qu’au sperme dans ma culotte

Non, je ne suis pas allée
Chercher tes trucs chez le teinturier
Non, je n’ai pas récuré le bidet
Comme je l’avais promis

J’étais sur le web toute la matinée
J’ai sauté sur le premier paf venu
Voilà pourquoi ma culotte s’empoisse
À chaque torsion de mon cul

Je cacherai ce soir ma culotte sous le lit
Parce qu’une trace de sperme
Dans une lessive lesbienne
Est trop longue à expliquer

Je la laverai à la main
Dans la lueur de la lune opaline
Pour que jamais tu ne puisses flairer
Qu’il y a eu du sperme dans ma culotte

35

Philippe était marié et annulait très souvent nos rendez-vous à la dernière minute;
La fois où moi je l’ai fait, il m’a engueulée parce qu’il avait pris un Cialis pour rien.

Malik me regardait avec envie chaque fois que je laissais son maître me monter;
Il aurait eu sa chance, lui aussi, si je n’étais pas si allergique aux poils de chien.

Laurent était junkie et venait parfois dans ma bouche sans avoir eu d’érection;
Il me faisait quand même jouir comme une folle – je vous laisse deviner comment.

Evan me crie une insulte sexiste depuis sa voiture le matin quand j’attends le bus;
Il n’est pas un amant – juste la présence masculine la plus constante dans ma vie.

Isaac était chômeur et ne faisait que se branler devant de la porn toute la journée;
Il se servait, en guise de lube, de ma crème hydratante à soixante dollars le pot.

Ludovic avait un Prince Albert et des perçages aux visage, au torse et aux cuisses;
Son monde entier était un cactus, il m’était impossible de m’y asseoir.

Damien travaillait au salon funéraire et fantasmait à mort sur les beautés livides;
Cette heure passée à l’attendre dans un cercueil fut la plus longue de ma vie.

Zackary m’a dit : «Crosse-donc la street avec moi, ça va être right d’la fun»,
Et j’ai cru qu’il me faisait une proposition graveleuse typique du New Brunswick.

Rafael gagnait sa vie en pêchant le homard dans la baie des Chaleurs
Et il refusait de lécher ma moule sous prétexte qu’elle sentait la morue.

Benjamin était rabbin et devait finir chaque relation sexuelle «à l’endroit normal»,
Alors on commençait dans le vestibule et on terminait dans la chambre à coucher.

Mathieu bossait au Journal de Montréal et baisait ma bouche avec frénésie,
Déformation professionnelle acquise à force de continuellement bourrer des crânes.

Hubert était Belge, mais ne riait jamais quand j’enlevais ma culotte en lui disant :
« Trempe ta frite dans ma moule et donne-moi un peu de mayonnaise».

Julien avait une coupe Longueuil et faisant jouer du U2 chaque fois qu’on baisait;
Moi, je fredonnais I still haven’t found what I’m looking for quand il se rebraguettait.

Louka a rencontré Sophie, son épouse, grâce à mes bons soins d’entremetteuse ;
Reconnaissant, il me laisse jouer à broute-mi-broute-moi avec elle une fois par mois.

Milan était joueur de foot et son engin était trop gros pour être réglementaire ;
Il a buté si fort contre le col de mon utérus que je lui ai donné un carton rouge.

Tommy m’avait invitée chez lui pour me montrer sa collection de livres érotiques ;
J’ai dormi sur le canapé pendant qu’il honorait sa copine dans la chambre d’à côté.

Daniel avait des tas d’idées bien arrêtées sur ce qu’il faut faire au lit avec une dame ;
C’est ce que j’ai compris quand, sans crier gare, il m’giflée avec sa bite semi-molle.

Mathéo s’est glissé derrière moi alors que je dormais à côté de mon fiancé,
A fait trois petits coups, un «oups», puis est parti aussi vite qu’il était venu.

Léonard a fait de poudre sur la table de verre avant de s’y allonger pour me baiser ;
Tout ça s’est terminé, bien entendu, par un tesson sanglant planté dans son dos.

Rémi s’est contenté de doigter ma chatte pendant que mon Jules bourrait mon cul;
Il l’a fait avec tant d’entrain et de dextérité que toute sa main a fini par y entrer.

Joey était sûr d’être monté comme un âne et rien ne pouvait lui ôter ses illusions ;
Même le fait que sa capote baillait sur sa queue comme une vieille chaussette.

Cédric tordait son visage en jouissant au point d’avoir l’air d’être atteint de trisomie ;
Ce n’était pas très sexy à voir, mais qu’est-ce que je lui faisais comme effet, hein.

Adhémar était beaucoup plus âgé que moi et m’a dit après s’être exécuté :
«Tu avais des condoms, c’est bien : tes parents t’ont appris à être responsable».

Ali m’a dit qu’il ne pouvait pas rester toute la nuit et j’ai pleuré, désemparée ;
Il m’a alors bordée et m’a raconté une histoire de chaton orphelin pour m’endormir.

Manu m’a sorti le grand jeu du mâle alpha jusqu’à ce qu’il aperçoive mon furet ;
Il a grimpé sur mon divan en poussant des cris aigus, la flamberge flaccide au vent.

Dae-Jung ne parlait pas ma langue et n’a passé qu’une nuit avec moi, dans un bar ;
Il s’est contenté de sucer mes doigts un après l’autre, jusqu’à ce que le soleil se lève.

Ruben est entré dans ma vie en coup de vent avec ses yeux noirs et sa peau basanée ;
Il s’est enfui dans l’Okanagan en me laissant une amulette tzigane et une vaginite.

Dario a soigneusement placé son iPhone sur la table de nuit avant de se désaper
Pour que son ami qui purgeait une peine de prison zieute nos ébats sur FaceTime.

Steve était peintre en bâtiment et venait me voir pendant ses heures de travail ;
S’il me faisait squirter sur les murs, était-ce par déformation professionnelle ?

Jérôme s’est évanoui en éjaculant et j’ai dû le gifler pour qu’il reprenne ses esprits ;
Ça m’a foutu une de ces frousses… une chance que j’avais joui avant lui.

Jack m’a saoulée et en a profité pour me raser la chatte et me baiser rudement ;
Sa bite était large comme une bûche et il n’a pas nié m’avoir violée quand je l’ai revu.

Marc était beau comme un Dieu, mais il est venu dans son froc en m’embrassant
À chaque rencontre,  pendant quatre mois (il était VRAIMENT beau comme un dieu).

Pete était doorman, il voulait m’enculer, mais je lui interdisais l’accès à cette porte ;
Quand j’ai enfin dit oui, il a eu de la merde sur la bite et je ne l’ai plus jamais revu.

Matt n’était pas mon genre, mais il faisait tellement pitié que je tolérais ses avances
Jusqu’à ce qu’il dise : « tu peux fermer les yeux et penser à un autre gars si tu veux».

Abel ne pouvait s’empêcher de rire en jouissant, c’était juste plus fort que lui ;
Un jour, il a éjaculé dans mon œil et ça m’a foutu une conjonctivite carabinée.

Un autre extrait de ce carnet qui date de la fin des années quatre-vingt-dix, qui raconte une anecdote encore plus ancienne – j’avais quinze ou seize ans, je crois.

Hier soir, je suis sortie du cinéma après la dernière représentation et j’ai marché vers l’arrêt d’autobus. Je n’arrêtais pas de penser à cette scène entre la dame plus âgée et la jeune héroïne. Il ne se passait pas grand-chose, mais la tension érotique entre les deux était palpable, presque insoutenable pour le public – en tout cas, elle l’était pour moi, ça c’est certain. Ça m’avait rendue tout chose / ça m’avait mise toute chaude / au point de sentir mes mamelons durcis frotter désagréablement contre mon chemisier. Et puis, je n’aurais pas dû porter ce pantalon, il est un point trop serré et ça contribuait à mon inconfort. J’aurais juré qu’on pouvait entendre le bruit de friction baveux que faisait ma chatte à chacun de mes pas. J’étais brûlante de fièvre – ou de désir. À moins que ce soit les deux à la fois.

La nuit était douce et les rues étaient mal éclairées, désertes, mais remplies d’ombres menaçantes. La peur s’est ajoutée à mon émoi, si bien que j’étais salement excitée, sous l’empire de l’instinct de conservation qui pousse la femelle à fuir et à copuler. Et puis il y avait ce foutu pantalon qui me sciait les fesses. J’ai essayé de marcher lentement, pour atténuer les sensations. J’espérais que toute cette sueur, que toutes ces humeurs qui suintaient de mon corps resteraient discrètes. J’ai tellement ralenti le pas que j’arrivais à peine à marcher. Tout ce que je voulais, c’était me rendre à l’abribus et m’asseoir pour me reposer pendant quelques minutes et reprendre un semblant de contenance. Retrouver une forme humaine.

Sauf qu’il fallait que j’arrive à temps pour ne pas manquer le dernier bus. Quand j’ai eu enfin la présence d’esprit de regarder ma montre, j’ai bien vu que j’étais en retard. Je me suis donc mise à courir.  Le tissu s’est remis à frotter sur ma chatte de façon insupportable. Je sentais mon excitation monter. J’ai regardé ma montre. Je me suis précipitée vers l’abribus; il y avait un banc libre. Trop tard : j’ai senti l’orgasme monter, exploser et irradier à travers mon corps. J’ai essayé de garder le silence et ma dignité, mais je savais que j’étais rouge, brûlante et en nage – et que mon pantalon était taché.

Je me suis assise sur le banc et quand j’ai levé les yeux, il y avait une femme me regardait en souriant.

(Un court poème d’Anne Archet – avant qu’elle ne s’appelle Anne Archet, vers 1998.)

Allez, avoue-le donc

Tu le veux
Han ?

Dis-le
Que tu le veux

Tu veux ses bras autour de toi
Qui t’enveloppent
Quand la nuit resserre son étreinte

Tu veux être accueillie par son sourire
Qui dissipe les ténèbres
Quand dans sa chambre tu le rejoins

Tu veux ses mains sur tes cuisses
Qui font chavirer tous tes sens
Quand elles se glissent sous ta jupe

Tu veux ses yeux dans les tiens
Qui te transpercent jusqu’à l’âme
Quand tu le renverses dans son lit

Tu veux baigner dans son parfum
Qui remplit chacun de tes soupirs
Quand ton corps se mêle au sien

Tu veux la courbe affolante de sa queue
Qui coulisse à l’intérieur de toi
Quand tu juges qu’il a été assez obéissant

Tu veux les clés de son cœur
Tu veux celles de sa ceinture de chasteté
Tu veux tenir sa laisse
Tenir le manche du fouet
Allez, avoue-le donc

Dis-le
Que tu le veux

Tu le veux
Han ?

Pfff

Tant pis pour toi
C’est ma chose
C’est mon jouet
Pas le tien

Il est à moi

Connasse

Vingt-deux

Thomas pouvait éjaculer dans le plus petit récipient sans renverser une goutte ;
Ce talent a fait de lui – sans qu’il ne le sache – le papa de ma fillette adorée.

Jacob a crié « chiche ! » quand j’ai refusé net de faire du ass-to-mouth avec lui ;
Pas de chance, je ne tombe plus dans ce genre de panneau depuis la maternelle.

Logan aimait que je lui ramone l’urètre avec des tiges en acier chirurgical;
Il les rangeait méticuleusement par ordre de grosseur dans un coffret de cuir fin.

Bob était un prospect des Bandidos – patch dans le dos et tatouages à l’appui ;
Sa visite précoce du fond du fleuve l’a empêché de faire de moi sa old lady.

Émile travaillait de novembre à décembre comme Père Noël au Carrefour Laval ;
Assise sur ses genoux, il m’appelait sa fée et me faisait voir des étoiles.

Noah était poilu comme un ours et venait pourlécher mes miches aux WC ;
Chaque fois que je vois un pot de beurre d’arachides Kraft, je pense à lui.

Loic a voulu se servir de mon corps nu comme autel pour une messe noire ;
Hélas, Satan n’a pas pris possession de mon corps – juste le tréponème pâle.

Edouard jouissait d’une réputation de monstre littéraire et d’écrivain-culte;
Il m’a talonné pour que j’ouvre ma cam et que je lui montre mon cul d’écrivain.

Élie m’amenait, les soirs de feux d’artifice, voir les mecs fourrer dans les buissons ;
Mon rôle était de tenir la lampe de poche et faire des « ooooh » admiratifs.

Xavier était philosophe autodidacte et la maïeutique lui a monté à la tête ;
Les flics l’ont arrêté quand en sortant sa bite il voulut faire un Diogène de lui-même.

Tony me faisait fondre avec sa gueule de fauve et sa grosse queue orange ;
Pourquoi le gestionnaire de communauté de Kellogg’s m’a bloquée sur Twitter ?

Mathias bandait mou parce que mon corps n’est pas celui des filles de Porn Hub ;
J’ai réglé le problème en scotchant son iPhone sur mon front pendant l’amour.

Zach a tenté de me séduire en me slammant des vers qu’il avait composés ;
Quand il a fait rimer «noune» avec «bisoune», je lui ai donné son congé.

Elliot était agent immobilier, alors imaginez toutes les maisons où j’ai vu sa pine ;
Croyez-moi, ce n’est pas la photo de la tronche que ses pancartes devraient arborer.

Justin avait conçu juste pour moi un amant d’acier à piston pneumatique ;
En bonne manager, je l’ai largué dès que j’ai su comment m’en servir.

Nicolas était sexy, vigoureux, infatigable et se pliait à tous mes caprices ;
J’ai regretté d’avoir quitté son papa quand je l’ai échappé dans l’escalier.

James était d’une élégance folle et m’a initiée aux joies du five o’clock tea :
Scones sur les seins, sandwichs aux concombres sur la chatte et de la crème partout.

Tristan m’a prise pour Iseult et était bien résolu à conquérir à l’ancienne ;
S’il n’avait pas confondu philtre d’amour et GHB, il ne serait pas en taule aujourd’hui.

Nolan, avec un clin d’œil complice, m’a invité chez lui pour un Netflix and chill ;
J’y suis allée en toute innocence – ce n’était pas encore un mème en 2013.

Jérémie se disait atteint de vampirisme et son teint m’a convaincu qu’il disait vrai ;
Par chance, le contenu de ma Diva Cup a suffi pour étancher sa soif.

Arnaud était presque diaphane, avec sa voix tremblante et sa peau de laiteuse ;
C’était plus fort que moi, je devais le lacérer jusqu’aux sang avec mes ongles.

Ethan n’aimait pas mes pipes et critiquait le moindre de mes gestes ;
Il a fini par me donner une leçon en allant sucer devant moi le voisin de palier.

15

Alain et Alan avaient la même coupe de cheveux et les mêmes chromosomes;
Je n’étais pour eux que le terrain neutre où ils exprimaient leur amour.

Geoff était mascotte bénévole au Bal de Neige et ça m’excitait terriblement;
Il a hélas refusé de porter sa tête de Glamotte pour me glacer la motte.

Charles m’avait prévenue: il avait une couronne perlée et ça le complexait;
Il m’a pourtant baisée comme un prince avant de gicler contre mon palais.

Serge tenait à ce qu’on fasse du phone sex et je regrette d’avoir dit oui;
Son iPhone 6 était vraiment trop large pour mon tout petit mimi.

Félix m’a fièrement montré sa coquette quéquette près de l’escarpolette;
Il a été déçu de constater que je bourrais mon soutif avec des kleenex.

Benoît aimait me lécher lorsque j’étais menstruée jusqu’à mi-cuisses;
Gamin, il prenait toujours soin de mettre une bavette avant de se mettre à table.

Olivier avait promis d’organiser un gang bang pour mon anniversaire;
Un seul mec s’est pointé, alors on a plutôt joué à Cards Against Humanity.

Hubert travaillait à Revenu Québec et sa voix me faisait craquer;
Quand il ne m’a mise en attente que dix minutes, j’ai sû que c’était réciproque.

Andy était en fauteuil roulant et je jure que ça ne me dérangeait pas du tout;
Une injection d’alprostadil dans le bras de vitesse et en voiture Simone!

Skipper se tenait dans les parcs, le jour comme la nuit, car c’était un spermophile;
Chaque fois que je le croisais, je lui lançais des arachides même si c’est interdit.

Marcel insistait pour me refiler du fric chaque fois que je tombais la culotte;
C’était le prix à payer pour qu’il obtienne enfin l’érection tant désirée.

Diego fut un candidat malheureux aux auditions à l’aveugle de La Voix;
Quand sur le trottoir j’aperçois son joli cul, je me retourne toujours.

Bertrand n’arrivait à jouir que lorsque j’acceptais de faire du poney play;
Je lui ai montré des photos d’équarrissage et ce fut un remède de cheval.

Grokzlak n’avait pas de tentacules, mais venait d’une planète exempte d’ITSS
– Du moins, c’est ce qu’il m’a raconté quand j’ai voulu lui mettre un condom.

Fred se pinçait tellement il rêvait de coucher avec une salope asiatique,
Mais il a débandé quand j’ai refusé de l’appeler sensei en uniforme d’écolière.

(ou promenade sur la ligne souple)

La pile

Voici une courte nouvelle qui devait être publiée dans un ouvrage collectif. Je me suis retirée du projet pour toutes sortes de raisons que vous n’avez pas envie de connaître, sauf peut-être celle-ci: être écrivaine, c’est trop 2015. Je vous l’offre ici juste pour le lulz. 

* * *

Ça va, jusqu’à présent? Vous ne vous emmerdez pas trop? Vous ne regrettez pas d’avoir acheté ce bouquin? Tant mieux, parce que voici l’histoire que vous attendiez depuis la première page, celle qui vous scandalisera à un point tel que vous entrerez en convulsions pendant que les assises morales de notre société s’écrouleront dans un grand fracas apocalyptique. Cette histoire, c’est celle de mon amoureuse – et c’est aussi la mienne, par le fait même. Elle se prénomme Angélique. Je me prénomme Mari e. Je sais, ça sonne chaste, pur et biblique, mais ne vous fiez pas aux apparences. Nous sommes en réalité des femmes damnées, des succubes, des lesbiennes. Autrement dit: des outils de Satan qui travaillent à la chute de l’Occident et la dissolution de toutes les valeurs grâce aux vertus corrosives de leurs sécrétions vaginales.

Évidemment que je blague; il est loin le temps où les amours saphiques fleuraient le souffre et la transgression. Nous sommes des trentenaires ordinaires , qui habitent un cottage ordinaire dans une banlieue ordinaire. Ordinaires comme dans « représentatives de notre tranche d’âge et de revenus selon la dernière compilation de Statistiques Canada ».  Nous sommes mariées, nous avons une fille prénommée Sarah, une place en CPE, deux chats, une hypothèque, deux boulots, une mini fourgonnette, une piscine hors-terre, un broyeur à déchets dont le vacarme couvre le murmure de notre conscience qui nous reproche de ne pas composter, un frigo qui surfe sur les internets tout seul, un selfie stick avec commande bluetooth, une semaine chaque année en tout-inclus à Puerto Vallarta et plus de dettes de cartes de crédit qu’il est humainement possible d’imaginer.

Notre vie aussi est ordinaire – cruellement ordinaire. De ce genre d’ordinaire qui élime les nerfs et creuse des sillons dans la peau. Un supplice de la goutte que j’essaie de me convaincre que j’ai librement choisi. Chaque jour est une répétition du jour qui l’a précédé. Tout commence avec le réveil qui crie de sa voix nasillarde à six heures précises et le snooze incontournable jusqu’à six heures dix. Je vais réveiller la petite pendant qu’Angélique titube dans un demi-sommeil jusqu’à la douche. Je prépare le petit déjeuner: céréales froides, jus d’orange, pain grillé. Angélique et la gamine mangent pendant que je vais moi-même faire mes ablutions. Lorsque je suis habillée, coiffée et prête à partir, mes deux chéries le sont aussi. Les boîtes à lunch sont sur le comptoir et on se bouscule un peu pour mettre nos bottes.

La suite se déroule toujours dans le même ordre. Premier arrêt: la garderie. Je reste au volant pendant qu’Angélique va mener Sarah qui rechigne toujours un peu. Deuxième arrêt: la tour à bureaux du centre-ville où ma chérie va tripatouiller des fichiers Excel pendant ses sept heures trente minutes réglementaires. Terminus: mon propre bureau. Je gare la voiture toujours au même endroit, au deuxième sous-sol, près de la porte ouest, à côté de la troisième colonne. Je salue le gardien de sécurité, puis la réceptionniste, j’accroche mon manteau et j’allume mon ordinateur. Il y a toujours mille réunions où on discute sans fin de processus administratifs qui n’aboutissent jamais. Il faut y arriver dûment préparée, ce qui implique de faire des copies – beaucoup de copies. Je dois rester debout, face à la photocopieuse, jusqu’à la fin de la tâche, afin de m’assurer qu’il n’y ait pas de bourrage. Je la fixe, hypnotisée par le son du va-et-vient, jusqu’à ce qu’elle prenne une pause, comme si elle voulait reprendre son souffle, puis le va-et-vient reprend, régulier, implacable. Souvent, je me prends à compter les impulsions lumineuses, et je sens mes facultés mentales me déserter peu à peu. C’est comme ça qu’on devient une employée modèle – du moins, c’est ce que j’essaie de me convaincre.

À seize heures trente précises – je ne saurais supporter une seconde de plus d’éclairage au néon et d’air recyclé – je dis au revoir à la réceptionniste et au gardien de sécurité, je prends l’ascenseur jusqu’au deuxième sous-sol, je retrouve ma mini fourgonnette garée à côté de la troisième colonne près de la porte ouest, puis direction la tour à bureaux du centre-ville devant laquelle Angélique m’attend sur le trottoir. On se rend ensuite à la garderie que Sarah quitte en rechignant un peu, puis on retourne dans notre cottage pour une soirée qui se déroule toujours dans le même ordre: popote, souper, bain de la petite, dodo de la petite, préparation des lunchs pour le lendemain. Commence alors le temps qui n’a de « libre » que le nom. Les jours impairs, je pars à la piscine. Les jours pairs, c’est Angélique qui va au gym. Ensuite, c’est glandouillage sur le net pour moi et télé pour ma chérie, prélude à une nuit sans rêves.

En entendant les échos d’Unité 9 ou de Orange is the New Black, je me dis souvent que tout ça pourrait être pire. Nous pourrions être dans le placard et malheureuses comme des pierres. Nous pourrions être sans emploi et dans la misère noire. Nous pourrions être racialisées, profilées, marginalisées, fichées, harcelées, traînées dans la boue, parquées dans un centre jeunesse, ou dans un hospice. Nous pourrions être en prison – à moins que nous y soyons déjà, sans le savoir.  Rien de tout cela: nous sommes dominées et aliénées juste comme il le faut, de façon libérale, démocratique et privilégiée, comme les filles de bonne famille que nous sommes, et nous marchons en ligne droite vers la vieillesse et la mort à un âge fort probablement avancé.

Curieusement, cette pensée ne me rassure pas du tout, parce que vivre sur le droit chemin a des effets secondaires indésirables. Dans quel état de décrépitude morale serai-je lorsque mon corps, dûment surmédicalisé, finira par me lâcher? Il ne m’a fallu que quelques années seulement de vie adulte pour développer les malaises de civilisation les plus banals, ceux qu’on finit presque toutes par subir: l’angoisse et la dépression. Heureusement, j’ai à ma disposition les miracles de la pharmacopée moderne et les allées sans fins de tous les super savings mega bargain factory outlets de ce monde où je peux me procurer ces objets qui me procurent un high fugace, mais similaire aux pilules que j’ingère et qui me sont remboursées en partie par les assurances magnanimement fournies par mon employeur.

Pour Angélique, par contre, c’est beaucoup moins simple. On dirait que notre mode de vie privilégié ne s’attaque pas seulement à son esprit, mais use aussi prématurément son corps. Jour après jour, je vois son teint devenir de plus en plus livide, son regard se délaver,  son dos se courber sous la Grande main qui pèse sur nous et nous aplatit contre terre, comme le disait Roland Giguère.  C’est comme si son essence vitale fuyait par tous les pores de sa peau. Comme  si elle était mue par une pile qui se décharge sous les coups impitoyables de la vie de servitude d’or et de toc qui est la nôtre. Il n’y a qu’un seul remède, qu’une seule manière pour recharger les piles de mon adorée. Il faut que périodiquement elle se lance dans la dépense pure, que son corps exulte par tous les pores; il faut que, mains dans la main, nous nous éloignions des sentiers battus et allions nous perdre quelques instants en zone sauvage. Voilà pourquoi je passe tant de temps sur internet. Voilà pourquoi j’ai un compte sur tous les sites de rencontres au nord du Rio Grande. Voilà pourquoi je corresponds avec tant d’individus louches. V oilà pourquoi, en ce moment même, je suis dans cet entrepôt désaffecté que j’ai loué près du port. Voilà pourquoi je prends les risques les plus fous. C’est une simple question de survie.

L’air est chaud, humide et rempli de poussière . Je contemple cet amoncellement informe de corps, cette pile de membres s’agitant rythmiquement, de façon désordonnée, mais non sans grâce sur le matelas déposé directement sur le sol. Il faut que je plisse les yeux pour pouvoir détailler dans la pénombre le tableau scandaleusement obscène qui se déroule devant moi. Angélique rive ses yeux rougis sur les miens. Elle est assise à califourchon sur un inconnu, tatoué jusqu’à la racine des cheveux, dont la bite est enfoncée jusqu’aux couilles dans sa chatte. Un autre inconnu au visage émacié, posté derrière elle, la sodomise précautionneusement, avec une délicatesse maniérée. En les voyant besogner joyeusement, je me surprends à fredonner mentalement Valderi Valdera – il y a fort à parier qu’ils se sentent comme de joyeux promeneurs du dimanche tant les sentiers qu’ils empruntent ont été, avant leur passage, longuement balisés et parcourus de long en large. Le plancher de béton poussiéreux est jonché de vêtement divers sur lesquels sont assis quelques individus, hommes et femmes, qui reprennent leur souffle avec, je le devine, le sentiment du devoir accompli. Debout près de la porte, il y en a une qui a refusé au dernier moment de se désaper et qui filme la scène avec son téléphone, une main fourrée entre ses cuisses.

Pantelante, la tête renversée, la bouche ouverte, les lèvres et le menton couverts du sperme du travesti poilu comme un grizzli qu’elle vient tout juste de sucer, Angélique y est presque – enfin, je l’espère. Car voyez-vous, c’est très difficile pour ma chérie: les arrangements se doivent d’être toujours plus complexes, toujours plus extravagants et surtout, jamais deux fois les mêmes. Je suis bien placée pour le savoir, puisque c’est toujours à moi qu’incombe la tâche de  mettre en place tout ce que son plaisir exige, de l’aménagement des lieux au recrutement des protagonistes. Ma seule consigne: la faire sortir d’elle-même, l’extraire de cette identité et de cette vie qui, selon ses dires, la rend heureuse.

Quant à moi, je contemple la longue ascension d’Angélique vers le plaisir, assise paresseusement sur un fauteuil de jardin pendant qu’une sauvageonne portant Doc Martens et mohawk jaune me lèche la chatte avec un enthousiasme stimulé par la vigoureuse enculade que lui prodigue avec un gode ceinture monumental une grasse butch au sourire niais et partiellement édenté. Même si elles ne se connaissaient pas il y a une heure à peine, ces deux-là s’en donnent à cœur joie dans l’unique but de me satisfaire… il ne faudra pas que j’oublie de leur demander leur nom, elles pourront peut-être servir une prochaine fois. Je fixe les amants d’Angélique et je suis hypnotisée par le son du va-et-vient, jusqu’à ce qu’ils prennent une pause, comme s’ils voulaient reprendre son souffle, puis le va-et-vient reprend, régulier, implacable. Je me prends à compter les coups de reins et je sens mes facultés mentales me déserter peu à peu. C’est comme ça qu’on devient une épouse modèle – du moins, c’est ce que j’essaie de me convaincre.

* * *

Comme d’habitude, j’ai joui la première, cette fois-ci en tordant dans mon poing la mèche canari de la punkette dont le nez s’est écrasé contre mon pubis. Surprise, la corpulente gouine s’est crispée, faisant du coup sortir le gode du cul de son amante dans un «flop» baveux. Ce fut l’étincelle qui a mis le feu aux poudres. Il n’en a pas fallu plus pour faire basculer Angélique dans l’orgasme; elle a d’abord émis un faible gémissement qui s’est ensuite mué en rugissement impétueux. Elle s’est crispée, a tremblé, puis, vaincue, elle a roulé sur le côté, abandonnant ses amants ahuris à leur bandaison inassouvie.

Il ne me reste plus maintenant qu’à congédier tout le monde, rapailler les fripes d’Angélique et la ramasser elle aussi à la petite cuillère pour la ramener à la maison. J’ai préparé une bonne soupe aux poireaux, cet après-midi, en prévision de notre retour. Je vais lui donner un bain, l’éponger, la poudrer et je vais ensuite la mettre au lit. Demain, nous serons toutes deux de retour sur le droit chemin, sur cette ligne dure que rien ne fait dévier, où tout est immuable et  le restera jusqu’à la fin des temps. Ses piles devraient être rechargées pour au moins quatre ou cinq semaines – peut-être même six, si je suis chanceuse.

 

Chloé était assise à califourchon sur mes cuisses et renversait son bassin vers l’arrière juste assez pour me permettre de fourrer vigoureusement mes doigts dans sa chatte. Quand elle se mit à gémir, je la bâillonnai avec ma main libre et lui sifflai un «chut!» réprobateur. J’attendis que ses soubresauts et ses tremblements de jouissance cessent avant de retirer mes mains de ses lèvres du haut comme celles du bas. Lorsque, blottie contre moi, elle eut repris son souffle, elle chuchota à mon oreille :

— Tu n’avais pas à faire ça. Il met des bouchons d’oreilles avant d’aller au lit. Et puis, il ne risque pas de se douter de quoi que ce soit; ça dépasserait son entendement.

— Parce qu’il croit que je suis la vieille amie que tu fréquentais à l’université – et non la petite amie que tu baisais avant d’obtenir ton diplôme et te convertir par magie à l’hétérosexualité?

— Es-tu en train de me traiter d’hypocrite?

— Non, Je suis seulement en train de te traiter de LUG. « Lesbian until graduation ».

— LUG… ça sonne un peu trop bois de chauffage à mon goût.

— Pourtant, je te trouve encore très chaude… pour une épouse de banlieue, s’entend.

— Ça ne me plait pas du tout, LUG. Ça sonne comme une insulte. Comme si on n’avait pas le droit dans la vie d’explorer sa sexualité et de changer de préférences.

— Meh. Who cares. C’est juste un mot, comme ça.

— Et puis, c’est en anglais. Je déteste ce slang américain qui vient continuellement salir notre belle langue française qui est si menacée au Québec.

— Bon. Tu es une LUG de souche, par-dessus le marché. C’est vraiment la fin des haricots.

— Ne te moque pas de moi!

— Je ne me moque jamais quand il s’agit de toi. J’ai eu de la peine quand on s’est perdues de vue, tu sais.

— Pfff. N’essaie pas de me faire croire que je t’ai brisé le cœur.

Mes yeux commençaient à s’humidifier un peu trop, alors je décidai de faire dévier légèrement la conversation.

— C’est un chouette mari que tu t’es dégottée là, dis donc.

— Oui, il est génial. Et vous avez eu l’air de bien vous entendre tous les deux, ce weekend. J’avoue avoir été agréablement surprise.

— Tu t’attendais à quoi? À un combat de coqs? Qu’on joue à celle qui pisse le plus loin? Je dis « celle » parce que je suis certaine que j’aurais gagné, hein…

— Nounoune!

— Tu aurais voulu que je te supplie de le plaquer là avec ses morveux et son split-level pour te sauver avec moi sur mon blanc destrier? Désolée chérie, mais je ne sors pas avec les filles straight.

— Tu ne fais que les baiser, à ce que je constate…

Je l’embrassai avec toute la tendresse dont j’étais capable, puis lui dit :

— Je voulais juste rappeler à la LUG ce qu’elle manque depuis qu’elle reste au foyer.

Les pieds d’Hugo Lemieux
Chaussés de brogues noirs impeccables
Qui font craquer la salope chintoque du bureau

Les yeux d’Hugo Lemieux
Qui déshabillent la salope chintoque du bureau
Chaque fois qu’il la croise

Les épaules d’Hugo Lemieux
Que la salope chintoque du bureau masse
Dans la salle des employés quand ils sont seuls

Les oreilles d’Hugo Lemieux
Que la salope chintoque du bureau mordille
Quand elle lui apporte un dossier

Le coude d’Hugo Lemieux
Enfoncé dans les côtes de la salope chintoque du bureau
Quand ils luttent et se chamaillent tendrement

Les doigts d’Hugo Lemieux
Qui pincent les mamelons de la salope chintoque du bureau
Devant la photocopieuse

Les lèvres d’Hugo Lemieux
Quand il embrasse la salope chintoque du bureau
Après le resto-ciné réglementaire

Les joues d’Hugo Lemieux
Qui rougissent quand, le lendemain,
La salope chintoque du bureau l’entraîne dans la salle de réunion

Les orteils d’Hugo Lemieux
Badigeonnés un à un
Avec la salive de salope chintoque du bureau

Le dos d’Hugo Lemieux
Qui se cambre quand la salope chintoque du bureau
Lèche son anus avec application

Les jambes d’Hugo Lemieux
Crispées quand la salope chintoque du bureau
Le ramone avec son gode-ceinture

Le torse d’Hugo Lemieux
Constellé de gouttes de sueur
Que lèche la salope chintoque du bureau

Le menton d’Hugo Lemieux
Couvert de la cyprine
De la salope chintoque du bureau

Le cul d’Hugo Lemieux
Qui se tortille drôlement en sortant de la réunion
Avec la salope chintoque du bureau

Les bras d’Hugo Lemieux
Qui poussent la salope chintoque du bureau
Le lundi suivant dans la toilette des hommes

La queue d’Hugo Lemieux
Enfoncée juste un peu trop loin
Au fond de la gorge la salope chintoque du bureau

Le poil pubien d’Hugo Lemieux
coincé entre les dents
de la salope chintoque du bureau

Le sperme d’Hugo Lemieux
Qui gicle et qui brûle
Les yeux de la salope chintoque du bureau

La pisse d’Hugo Lemieux
Qui coule en rigole au coin de la bouche
De la salope chintoque du bureau

Les dents d’Hugo Lemieux
Blanches comme des iceberg
Qui causent le naufrage de la salope chintoque du bureau

Le cœur d’Hugo Lemieux
Qui n’a pas vraiment de place en ce moment
Pour la salope chintoque du bureau

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Facebook s’ennuie de vous. Connectez-vous pour avoir des nouvelles de vos amis.

Pavel devait prendre un avion et quitter le pays le lendemain matin ;
J’ai caché son passeport pour goûter sa peau quelques heures de plus.

Marius trompait sa femme avec moi un mercredi soir sur deux ;
Il insistait pour que je porte son jonc chaque fois que je le fistais.

Eliott me disait qu’il était majeur et j’espère sincèrement qu’il l’était ;
Il tirait plus vite que son ombre, mais rebandait aussi vite qu’il était venu.

Ilian ne pouvait pas bander sans être recouvert de latex de pied en cap ;
Je lui pompais la valve et m’imaginais être la fiancée du Bibendum.

Placide était énorme – non, pachydermique – et bougeait à peine au lit ;
Mes draps ressemblaient au saint suaire de Turin après son passage.

Guido m’enduisait toujours d’huile avant de me passer à la casserole,
Mais ne daignait jamais faire la vaisselle quand il avait fini.

Yvan aimait donner des surnoms ridicules aux organes génitaux ;
Il appelait son pénis « la bite-eulze » et ma chatte « John-la-noune ».

Alan avait l’obsession de m’envelopper dans du Saran Wrap ;
Je l’ai revu après quelques années – il m’a dit que j’étais bien conservée.

Johan ne m’a jamais rencontrée et ne m’a jamais adressé un seul mot ;
Ça ne l’empêche pas de m’envoyer chaque jour une photo de sa bite.

Adrien avait une idée fixe : me baiser debout contre un mur de ruelle ;
Dire que ce mufle a osé rire du « ƨɿuoɔɘƨ ɘb ɘiƚɿoƧ » imprimé sur mon cul!

Joe était vegan et faisait tout pour me transmettre son amour des bêtes;
J’ai toléré son zèle animalier jusqu’à ce qu’il me refile les morpions.

Clément pardonnait toutes mes incartades et mes infidélités ;
Ça m’emmerdait au point d’en perdre l’envie de me taper des inconnus.

Gael avait beau être asexuel, il était le plus passionné d’entre tous ;
En sa douce présence, je me branlais jusqu’à l’évanouissement.

Jean-Sébastien était athée militant et sévissait sur tous les internets ;
Il criait « OH MON DIEU » quand mon gode fouillait son fondement.

Elle se prénomme Pascale et elle fait dans la féminité comme d’autres font dans les sports extrêmes.

Certaines sont femmes un peu par hasard, un peu à leur corps défendant – des femmes comme moi, par exemple. Certaines sont femmes comme elles sont myopes ou intolérantes au lactose : par fatalité, parce que c’est ainsi, avec un laisser-aller fait de maladresse et imperfection. Mais pas Pascale – oh non, pas elle. Elle est si naturellement femme qu’elle en était sûrement une des décennies avant sa naissance. Elle transpire la féminité par tous les pores de sa peau; même quand elle est saoule et qu’elle sacre en insultant le barman, elle fait passer la Vénus callipyge de Syracuse pour un garçon manqué. Elle est plus femme que n’importe quelle femme qui s’est considérée femme au moins pour un bref moment de sa vie de femme dans toute l’histoire de la féminité. Mieux : elle n’est pas seulement une femme, elle est LA femme. L’archétype. Le modèle d’origine. La matrice de toute féminité, pour les siècles des siècles, amen.

Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites : «tu es amoureuse, c’est évident que tu exagères». Vous avez raison sur un point : je suis folle d’elle. Par contre, n’allez pas croire que mon évaluation de la puissance de ses charmes est faussée par une quelconque surdose de dopamine. Regardez-la bien. Ne voyez-vous pas qu’elle est parfaite? Qu’on vendrait un empire pour ses yeux noisette et son nez mutin? N’avez-vous pas envie de plonger dans sa chevelure de jais et de vous enivrer de ses parfums? Et ses lèvres, ses lèvres… ne venez pas me dire qu’elles vous laissent de marbre ! Chaque fois que je la vois, perchée sur ses talons improbables, passer devant moi et se déhancher gracieusement en mettant une jambe délicatement galbée devant l’autre, je sens que je vais défaillir. Et je ne vous parle pas de son cul – en fait, je n’ose pas en parler, parce que les mots me boudent, ils pâlissent lorsque j’ai l’outrecuidance de m’en servir pour le décrire.

Cette déesse est trop femme pour moi, pauvre mortelle et pauvre lesbienne que je suis. Elle use ma santé, je vais devenir cardiaque et grabataire avant l’âge si elle continue de m’ignorer avec sa délicieuse et toute féminine gentillesse, je le sens. Parce qu’il y a un hic. Un gros hic. Son approche de l’hétérosexualité est aussi flamboyante et intense que celle de la féminité. Elle aime les hommes, point barre. Elle cherche un mec, un bonhomme, un mâle avec du poil, un gars baraqué avec des épaules larges comme ça et une voix de baryton. Elle veut un corps rugueux qui charge l’air ambiant de testostérone qui fait liquéfier les midinettes par sa simple présence. Elle ne me l’a jamais dit, parce qu’elle est trop charmante et trop délicieuse pour me faire de la peine, mais je ne suis pas du tout son genre. Même si ma poitrine n’est pas bien grosse et mes hanches assez étroites. Je reste une femme – une femme un peu bancale, pâle version imparfaite de l’idée de femme qu’elle arrive, elle à incarner de façon si spectaculaire.

Il ne me reste qu’une petite chance de lui plaire et il est hors de question que je la rate. Je vais l’inviter à la soirée la plus romantique et hétérosexuelle de l’histoire de la civilisation occidentale. Et pour cela, je vais devoir tout faire pour assumer la forme qui se rapproche le plus de ses désirs. Pour commencer : exit la tignasse. Je vais aller chez un barbier – un vrai de vrai, avec le poteau bleu-blanc-rouge qui roule à côté de sa porte – et me faire faire un undercut avec le toupet bien lissé et gominé vers l’arrière. De retour à la maison, je vais revêtir la forme la plus masculine de moi-même. Je vais m’asperger d’after-shave, me saucissonner avec une gaine en élasthanne qui fera disparaître ma poitrine, je vais bourrer mon slip avec une chaussette roulée avant d’enfiler un complet anthracite, avec une veste et une cravate rouge sang. Pour finir, je m’habillerai d’un nouveau prénom – Pierre, André ou peut-être Simon, je n’ai pas encore décidé.

Enfin devenu un homme, je serai ensuite en mesure de lui sortir le grand jeu. Je l’attendrai, amoureux transi, sur le pas de sa porte, un bouquet de roses à la main. Mon cœur battra la chamade lorsqu’elle ouvrira. J’espère qu’elle m’embrassera lorsque je lui donnerai, mais si elle ne le fait pas, ce ne sera pas un drame – je serai à ce moment en contrôle de mes pulsions viriles, un parfait gentleman. Je l’emmènerai ensuite dîner au Leméac où elle dégustera élégamment son tartare de saumon pendant que je la dévorerai des yeux. Si tout se passe comme je le souhaite, elle se pendra à mon bras alors que nous nous dirigerons vers la Place des Arts pour une soirée à l’Opéra. Et lorsque Faust chantera Salut, demeure chaste et pure, je poserai délicatement ma main sur sa cuisse. L’émotion aidant, peut-être écartera-t-elle légèrement les genoux et la laissera-t-elle glisser sous sa robe.

Nous marcherons ensuite au clair de lune jusqu’à chez elle et je l’embrasserai passionnément sur le pas de sa porte. Ensuite, si j’ai de la chance, si le destin m’est favorable et qu’elle me trouve suffisamment mâle, suffisamment passable, nous déboulerons ensemble dans son condo; je l’embrasserai avec toute la fougue dont je suis capable pendant qu’elle arrachera ma chemise.  Je la prendrai dans mes bras pour l’amener à son lit. Je la déposerai avec mille précautions, comme une fleur délicate, puis je retrousserai avec soin sa robe pour plonger, tête première, entre ses cuisses. De mes mains, de ma langue, je ferai bander son délicieux pénis de femme, sa merveilleuse bite de déesse. Je vais l’oindre de ma salive, l’avaler jusqu’à la base, puis taquiner son scrotum avec mes ongles courts et affutés de mec. J’irai jusqu’à faire vriller ma langue dans son cul, son cul charmant qui n’attendra plus que j’aille le cueillir. Ensuite, je m’harnacherai de mon gode-ceinture et la prendrai lentement, amoureusement, en pleurant des larmes de bonheur et en caressant sa queue, jusqu’à ce que jaillisse son sperme de femme, jusqu’à ce que notre jouissance nous unisse et que nous devenions ce que nous avons toujours été destinés à devenir: ni homme, ni femme – qu’un seul être enfin complet, qui a retrouvé sa perfection, l’androgyne originel recréé pour quelques secondes d’éternité.

Certains maux sont inévitables. La souffrance de remplir sa déclaration (d’absence de) revenus. L’inexistence du printemps québécois. L’agacement provoqué par les éliminatoires du hockey. Le caractère d’abruti dégénéré des membres des forces de l’ordre. Et aussi, bien entendu, ma grille de mots croisés qui, telle l’hirondelle, revient toujours déféquer sur votre tête en attendant d’être placée sur la liste des espèces en voie de disparition.

(Si vous trouvez que cette comparaison n’a aucun sens, je compatis avec votre douleur.)

Une grille d'avril ne fait pas le printemps

Alors si vous avez envie de souffrir dans la joie et le plaisir, allez la télécharger en format docx ou pdf. On ne sait jamais, vous serez peut-être le prochain ou la prochaine à être intronisée dans le très Noble et Ancien Ordre Lubrique des Masturbatrices et Masturbateurs Compulsifs. Et pour ne pas bouleverser le cours immuable des choses , j’offrirai un exemplaire papier du Carnet écarlate à la première personne qui me fera parvenir la soluce par email ou, encore mieux, en inbox sur Facebook.

(Pendant que j’y pense: si vous choisissez Facebook, assurez-vous au préalable de faire partie de mes ami(e)s, sinon votre message va échouer dans la boîte «Autre» avec les photos de pinisses non-sollicitées et les missives de weirdos qui veulent me prêter de l’argent).

Et parce que je suis d’humeur accorte, j’offrirai à tous les autres individus qui me feront parvenir la soluce une copie électronique du même bouquin. Allez! Dites-le donc que je suis fine. Juste une petite fois. Ça ne vous tueras pas, hein.

Mark Shargool s’est mis dans la tête de traduire certains de mes petits textes polissons en anglais. Qui suis-je pour mettre un frein à tant d’enthousiasme, hein ? Voici sa traduction de Tu peux toujours rêver.

EDIT: Mark a l’air très motivé, alors j’ai décidé d’ouvrir un Tumblr que j’ai intitulé Exquisite lewdness pour publier ses traductions.

* * *

— In my dream, I cried. I screamed like a possessed woman. Do you know why? Because you made cum like crazy.

He’d been after me for months. First by email, then in person, during the dates I granted him stingily, whenever I had a whim to do so. But he was the persistent type, at least that’s what he always told me. Too bad for him; as much as I love to give myself immediately to the impatient, I also love to push the persistent ones to their last gasp. I had stood him up, kept him waiting, broken promises, he was my plaything, ready to crack. Seated next to me in the hotel bar, he fiddled nervously with his third gin and tonic while gazing at me with that hangdog look that I found endlessly amusing.

— Believe me, I can do it. You won’t regret it, he said, gazing at the cleavage that I left open with all the awareness of a real tease. I’ve got a room and…

— My dream first, I answered him with a smile, while caressing the back of his hand from the wrist to the fingernails. He sighed, rubbed his eyes with his thumb and index finger and started drumming impatiently on the counter.

— Ok, of course, your dream. Tell me.

— Well, first of all, you made me cum. But the next instant, you became cruel, menacing. You insulted me. With coarse, vulgar words I didn’t understand. You made me cry and that made you laugh. You made me crawl to up to you…

— I would never treat you like that.

— Will you let me finish? You made me crawl up to you, hacked off my clothes with your pocket knife, even the garter belt that I bought for you. Then, you bent my arm behind my back, threw me on the bed, tied my ankles to the bed legs, and you placed me like that, spread open, with my nose in the pillow, and my behind raised up on a cushion placed under my belly. Then, you took a cane and whipped my ass. I cursed you, I damned you, your ancestors and your descendents….

Anne, you know me now. Such a thing would never even enter my mind…

I saw him squirming on his bar stool, trying to get comfortable. I concluded that my little story, entering his mind, had had an effect. Looking down, with a false, prudish look, I continued.

— Tut tut tut. That’s not all. After a while, you left me like that, alone, sobbing, in that humiliating position, before coming back with some friends, I don’t know how many, but all as nasty as you. They smelled of sweat and cigarettes, they spit on their cocks when they got them out of their flies as they got hard while they laughed and you, you told they what to do, said to them “come on, fuck her up the ass” or “She’s going to suck you like a Goddess”. And that’s what I did, they worked me over one after the other, in the orifice of their choice, made me grind my teeth, made the bed squeak and groan…They didn’t give a damn about dipping their manhood into their buddies’ cum, even when they all made me taste it, until the flavors got mixed together and became one…

I raised my eyes. Beads of sweat had appeared on his forehead. His hand trembled. Finally, he was ripe.

— How could you think like that about me? I admire and respect you, I tell you that all the time! Come up with me, I’ll prove it to you.

It was time to pluck the fruit.

— Listen to me, I’m not going to tell you twice. I want you to make my dreams come true.