Comme vous pouvez le voir

Comme vous pouvez le voir, nous avons lié leurs poignets à la barre au-dessus de leurs têtes, assez haut pour qu’ils ne puissent pas tout à fait poser leurs talons sur le sol et qu’ils doivent utiliser continuellement les muscles de leurs pieds et de leurs jambes pour soulager leurs bras qui tremblent sous l’effort.

Ne sont-ils pas ravissants ?

Oui, allez-y, vous pouvez les toucher, ils sont là pour cela. Ils adorent, je vous l’assure; c’est pour eux l’occasion rêvée de s’exhiber, d’être admirés. Voyez comment ils sourient gentiment. Je voudrais pouvoir vous montrer leurs yeux, mais vous savez, le règlement, c’est le règlement et ils devront garder leur bandeau en tout temps. Je crois que vous admettrez comme moi que c’est mieux ainsi pour tout le monde.

Ne soyez pas timides mesdames, tâtez-moi cette fesse. Sentez-vous comme elle est ferme, nerveuse, mais si douce et si tendre? Tous les clichés de vos romans préférés miraculeusement devenus réalité sous vos yeux ébahis! Regardez tous ces muscles saillants s’étirer et se gonfler dans leurs bras, dans leur dos, dans leurs jambes longues et élégantes entravées par leurs liens.

Je vous en prie, faites comme chez vous et faites roulez délicatement les testicules de celui-ci entre vos doigts, prenez son pénis dans votre main et caressez-le comme un petit animal familier : ils n’attendent tous que cela. Embrassez un de ses mamelons, prenez sa queue dans votre bouche… vous voyez avec quelle rapidité elle durcit ? Faites glisser un de vos doigts entre ses fesses. Ne vous en faites pas s’il couine un peu: il adore et en redemande, le salaud.

Je vois que ça vous plaît. Impressionnées ? Il y a de quoi. Des corps nus, suspendus de cette façon — surtout quand ils sont si sculpturaux — c’est le paroxysme de la beauté. Avec les bras tendus vers le haut, la chair crémeuse, les os saillant juste aux bons endroits, le creux de l’estomac juste assez arrondi, et les fesses… avez-vous déjà vu quelque chose de plus désirable, de plus charmant ?

Si je suis certaine que ça leur fait plaisir ? Bien entendu ! C’est le désir secret de tous les hommes de devenir des objets de désir. Ne lisez-vous donc pas la presse masculine ? C’est profondément inscrit dans leurs gènes. Ils peuvent bien nous dire le contraire, ils peuvent bien protester et jouer les mijaurés, on ne peut pas vaincre l’atavisme, la biologie. Ils ont beau être ficelés, exposés et bâillonnés, leur dos a beau être zébré par la morsure du fouet, ils bandent éperdument, ils bandent à en perdre l’âme. N’est-ce pas une preuve amplement suffisante de leur consentement, de leur abandon à nos désirs impétueux et incontrôlables de femelles ?

Allez-y, chères amies. Servez-vous, il y en aura suffisamment pour toutes.

Encore en train de lire

— Encore en train de lire tes romans de dino-cul ? demanda Véronique.

— Pour ta gouverne, ça s’appelle de l’érotisme dinosaurien et c’est excellent, répondit Julie dans lever les yeux de son Kindle.

— Tu es trop weird pour cette planète, chérie.

— Je pense que tu n’as pas de leçons de normalité à me donner, madame je-couche-avec-n’importe-quoi-du-moment-que-ça-respire-encore.

— Je vais faire semblant que je n’ai pas entendu cette remarque: j’ai trop hâte de te donner ta surprise.

— Une surprise? Pour moi? Chouette! J’adore les surprises!

— Déshabille-toi et je te montre.

— Okidoki ! dit Julie en faisant glisser ses pantalons de survêtement.

Nue sur le lit, elle figea de stupeur en voyant Véronique revenir dans la chambre.

— Fuck ! Véro… où as-tu trouvé ce monstre?

— Le masque ou le strap-on?

— Les deux !

— J’ai commandé le gode-ceinture en ligne il y a quelque temps. Je suis allée le chercher au bureau de poste ce matin, répondit Véronique en badigeonnant généreusement le phallus factice de lubrifiant. Quant au masque de lézard… il était dans la boîte d’objets perdus du bureau depuis l’Halloween.

— Quelle forme bizarre, on dirait vraiment une bite de reptile.

— Merci mon dieu pour internet, qui rend accessible à masse tout ce qui est pervers, bizarre et ultra-marginal.

— Et aussi de trop grande taille. Ça ne rentrera jamais.

— Ben voyons. Tu es une athlète de la foufoune ; avec un peu de préparation mentale tu vas pouvoir la prendre comme une championne. Tu n’as qu’à imaginer que je suis le héros à cervelle de noix d’un de tes romans à la noix. Tiens, tu la vois, sa pine? Elle dégouline de liquide pré-éjaculatoire et préhistorique juste pour toi.

— Je ne sais pas, Véro, il est terriblement… OH !

— Tiens… c’est curieux, je n’aurais pas pensé pouvoir l’enfoncer si facilement.

— Shit, shit, shit, shit ! Je me sens sur le bord d’éclater.

— Tu veux que j’arrête ?

— Surtout pas ! Je veux pouvoir raconter à tout le monde que je me suis fait baiser par un Vérociraptor… soupira Julie en attrapant les sangles et en tirant son amante vers elle.

Ma peau est parée

Ma peau est parée
De mille gouttes opalines
Nées de ton amour.

J’ai téléchargé
Un alphabet érotique
Pour t’écrire un mot.

Pourrais-tu m’attendre
Bâillonné et poing liés
Dans le lit nuptial?

Café à la main
Ta queue fourrée dans ma bouche
Tu bois et je suce.

Debout dans le bus
Ta bite contre mes fesses
Délicieux cahots.

Nul besoin de langue
Mes doigts sont toujours mouillés
Pour tourner les pages.

Tu dois me baiser
Et pas me faire l’amour
Car je t’aime trop.

N’éclos pas pour moi
Trouve une autre métaphore
Les fleurs m’indisposent.

Quand me feras-tu
Ces choses que je désire
Mais n’ose avouer?

Mamelon durci
Une baie rouge et bien mûre
Roule entre mes dents.

Tes secrets écrits
En lettres fines et sanglantes
Au bas de mon dos

Tu es de retour
Rouge à lèvre autour du gland
Pour bien t’accueillir.

Je voudrais tant boire
La cascade d’or qui coule
Le long de ta cuisse.

Je crie en jouissant :
« Salaud ! Satyre ! Ordure ! »
Et tu me souris.

Ce trou sur ton jeans
À l’entrecuisse, si près…
Que s’est-il passé?

Tes interjections
La nuit en disent plus long
Que tous tes discours.

Tu fais tant d’efforts
Pour me cacher ce que tu
Veux que je contemple.

Son con me bâillonne
Pour mieux entendre ma voix
Baise-moi plus fort.

Comptoir de cuisine
Un goût de miel sur tes lèvres
Gloire du matin.

Ces moues hésitantes
Et ces soupirs que tu fais
Avant d’acquiescer.

Quand tu me ligotes
C’est alors que je me sens
Enfin délivrée.

Va, trouve une veine
Place tes mots sur ma peau
Et pousse bien fort.

Tu me dévisages
Souriante, carnassière
En léchant tes lèvres.

Un complot machiste :
Plus ton phallus s’érige
Plus mon QI baisse.

Mes bonnes manières
À table vont à vau l’eau
Écarte tes cuisses.

Le miel et le lait
Par l’orgasme réunis
Fluides miscibles.

Ces  senryūs sont extraits de mon recueil intitulé Mille gouttes opalines, que vous pouvez télécharger en format pdf. 

C’était dimanche et nous paressions au lit

C’était dimanche et nous paressions au lit, moi le nez plongé dans son bouquin et elle écoutant distraitement le bulletin de nouvelles télévisé.

— Tous ces scandales de pédophilie dans lesquels l’Église trempe me donnent froid dans le dos, surtout quand je pense que tu as fréquenté une école catholique. Rassure-moi un peu, ma chérie. Dis-moi que tu n’as jamais subi de mauvais traitements…

— J’étais une élève modèle, mais ça ne m’empêchait pas d’être continuellement punie. On m’a donnée la fessée plus souvent qu’à mon tour, mais ce que je détestais le plus, c’était de me faire envoyer au bureau de la Mère Supérieure, parce qu’elle m’obligeait toujours à lécher sa fente.

— Quoi ?

— Bah oui, elle me forçait à me mettre à genoux et à ramper sous sa robe noire. Laisse-moi te dire que c’était sombre et qu’on étouffait de chaleur là-dessous, il fallait se fier à son nez et se guider à l’odeur, si tu vois ce que je veux dire… ensuite, je devais lui brouter la moquette jusqu’à ce qu’elle jute comme une pêche trop molle. Ça prenait toujours au moins vingt minutes… qu’est-ce qu’elle était peine-à-jouir, cette vieille peau.

— Tu… tu me niaises, là ?

— Je n’étais pas la seule, on finissait toutes par y passer. Quand elles voulaient vraiment nous humilier, elles nous faisaient manger à la cafétéria. Là, je te jure, on dégustait – pas la bouffe de la cafétéria, non, mais la surprise au thon de la cantinière. Elle ne se lavait pas souvent, celle-là, et sa plotte était si fripée qu’elle ressemblait à une patate qui serait restée trop longtemps dans le garde-manger. Et je ne te parle pas de l’odeur… quand elle nous l’écrasait au visage, c’était comme si elle nous giflait avec la serpillère qui avait servi à éponger le carrelage des toilettes.

— Ha ha ha. Je suis morte de rire.

— En tout cas, je sais quel effet ça fait de faire minette à une momie.

— Ça m’apprendra à m’inquiéter de tes traumatismes d’enfance, la comique.

— Tu devrais les remercier, mes traumatismes d’enfance. Grâce à eux, je vais pouvoir te gougnotter sans faire de chichis quand tu seras une vieille dame indigne, même si ta noune devient sèche, poussiéreuse et encombrée de toiles d’araignées.

— Ouache !

— Permettez-moi, chère dame, avec tout le respect que je dois à une ainée, de faire vriller ma langue sur votre abricot fendu.

— Pas question, obsédée !

— Allez, profitons-en pendant qu’il est encore frais et juteux.

— Je ne peux pas croire que tu puisses faire des blagues sur un sujet aussi tragique. Si tu veux mon avis, ce genre de mentalité ne fait qu’entretenir la culture du viol…

— Yummmm.

— Oh ! Mon dieu ! Oui !

oh-oui-oui

— Oh… Oh… Oui ! Oui !

— Tu aimes ?

— C’est la meilleure fellation qu’on ne m’a jamais faite ! Je veux dire… tu es douée et c’est toujours très bien, mais là… on est vraiment à un autre niveau !

— Merci mon chou. Il faut dire que Guillaume et Valérie m’ont donné quelques bon trucs.

— Vraiment ? Vous avez parlé de… ça ?

— Parlé ? Oui, entre autres.

— Comment ça, « entre autres » ? Valérie t’a fait une démonstration ? Genre avec une banane ?

— Euh … ouais. C’est ça. Genre.

— Et Guillaume était avec vous ?

— Oui.

— Sacré veinard !

— Tu n’as pas idée.

— Tu les remercieras pour moi, hein.

— C’est déjà fait, mon chou, c’est amplement fait. Ils ont eu tous les remerciements qu’ils espéraient avoir.

J‘aime quand tu m’appelles Isabelle.

— J’aime quand tu m’appelles Isabelle.

— Oh ! Chérie. Désolé… est-ce que je t’ai encore…

— C’est bon, je t’assure. Je sais à quel point tu l’aimais.

— Oui, mais c’est avec toi que je faisais l’amour… Qui d’autre qu’un salaud crie le nom d’une autre femme en baisant la sienne? Je suis confus, ma chérie. Après toutes ces années, je devrais avoir depuis longtemps passé à autre chose…

— Elle a été ta première. Elle est passée dans ta vie comme un météore. C’est le genre de chose qui est impossible à oublier.

— Je veux bien, mais nous avons été ensemble pendant si peu de temps…

— Ça n’a aucune importance, mon amour. J’ai su dès le premier jour que je ne pourrai jamais la remplacer. Je ne savais même pas si j’allais être un jour à la hauteur de son souvenir, si j’allais éternellement souffrir de la comparaison. Si maintenant tu nous confonds c’est peut-être que notre relation est devenue aussi profonde que celle que tu as eue avec elle. Dans ces conditions, comment pourrais-je m’en offusquer ?

— Ce fut si soudain. Du jour au lendemain, elle était juste … disparue. L’idée de la mort, l’idée que je puisse perdre quelqu’un que j’aimais avec autant de passion, ne m’avait jamais traversé l’esprit jusqu’à ce moment. Mais toi et moi, l’amour que nous avons… c’est plus fort que tout ce que j’avais avec elle.

— Vous n’avez pas eu le temps. Vous étiez si jeunes.

— Chérie, je te jure, je ne pense pas que j’aurais pu finir être aussi près d’elle que je le suis aujourd’hui avec toi. Ne serai-ce qu’à cause du sexe : elle était si prude, si visiblement dégoûtée… j’avais l’impression qu’elle consentait à desserrer les cuisses uniquement pour me faire plaisir. Son éducation avait été terriblement stricte… je ne crois pas que nous aurions pu aller aussi loin dans la passion que nous av…

— Chut ! Vas chercher le lubrifiant pendant que je me retourne.

— Tu…

— Appelle-moi encore Isabelle.

Je ne comprends pas pourquoi tu tiens tant à vivre seule

— Je ne comprends pas pourquoi tu tiens tant à vivre seule.

— Je suis comme ça, c’est tout. C’est un mélange d’agoraphobie et de misanthropie.

— Personne ne souhaite la solitude. La solitude est une malédiction… et ce n’est pas naturel.

— Ça l’est pour moi.

— Tu n’as pas de chat ? Je croyais avoir lu quelque part que tu avais des chats ?

— Mon ex est partie avec deux d’entre eux et le dernier est mort d’une leucémie l’an dernier. Il y a un chat errant qui me rend visite de temps en temps, sur le bord de la fenêtre. Il vient chercher un peu de bouffe et des caresses, puis il s’en va. Il est très indépendant et c’est le genre de chose que je respecte. Je lui ai bricolé une plate-forme : c’est là qu’il vient se prélasser et jouir de ma compagnie.

— Tu es trop belle pour vivre en ermite.

— Tu es gentille de me dire ça, mais je ne vois pas le rapport.

— C’est injuste de ne pas partager ta beauté. Pire : c’est égoïste.

— Je trouve surtout que c’est n’importe quoi. Si tu me trouvais repoussante, ce serait ok? Tu serais d’accord pour que je reste cloîtrée, moi et ma laideur, dans mon demi-sous-sol?

— Ce n’est pas ce que je voulais dire.

— C’est exactement ce que tu voulais dire, mais peu importe. Je comprends. C’est ce que vous me dites toutes.

— Qui ça, toutes?

— Vous tous, les sapiosexuels timbrés qui avez la drôle d’idée de s’amouracher de l’idée que vous vous faites de moi à travers les petits textes que je publie de temps à autre. Et qui faites des pieds et des mains pour me retrouver et me rencontrer, quitte à attendre des mois et des années jusqu’à ce que, à bout de d’excuses et de prétextes, je cède et concède un rendez-vous.

— Je ne veux pas que tu penses que je suis folle…

— Tu n’es pas folle. Juste un peu superficielle.

— J’ai d’abord aimé ton intelligence. Je n’avais pas besoin de te voir pour tomber en amour. Ou savoir que tu es belle.

— Tu ne sais rien de moi. Tu es superficielle, mais ce n’est pas un drame. Ni un défaut. C’est dans ta nature, comme c’est dans la mienne de me cacher et de rester seule, bien à l’abri du monde.

—La nature t’a faite pleine d’imagination tordue et de fantasmes fous. Elle m’a faite pleine de désir de me plier aux ordres d’une femme que j’admire. Ne vois-tu pas que nous sommes complémentaires ?

— Peut-être…

— Il n’en tient qu’à toi de le découvrir. Peut-être que tu te rendrais compte que je ne suis pas aussi folle et superficielle que j’en ai l’air.

— Ah oui ? Et si je te bricolais ta propre plate-forme ? Tu pourrais venir chercher un peu des caresses, puis t’en aller… mais attention, tu n’aurais le droit de te prélasser et de jouir de ma compagnie que lorsque je t’en donne l’autorisation, selon mes caprices et mon bon vouloir. Qu’est-ce que tu en penses ?

— À quel endroit la plate-forme ? Sur le rebord de la fenêtre ?

— Mais non, mais non. Tu es trop grande pour ça… et puis c’est la place du chat et il est très jaloux. Je pensais plutôt à ma chambre. J’ai des crochets au plafond qui ne demandent qu’à servir, un matelas de sol imperméable et pas du tout inconfortable, un collier de cuir et une chaîne que je pourrais attacher à la patte de mon lit… Ça te conviendrait ?

— Je pourrais apprendre à aimer. Peut-être que je n’aurais même pas à l’apprendre. Peut-être que c’est dans ma nature.

— Je commence à le croire.

— Tu me le passes ce collier, histoire qu’on voit s’il me fait ?

— Oublie ce que j’ai dit tout à l’heure. Tu n’es pas superficielle du tout.