Un extrait d’Angélique de Montbrun par Félicité Angers,
roman publié aux Éditions du Remue-ménage en 2024.

Ma douce chérie,
Ta lettre ma trouvée alors que je me levais à peine. Il était presque midi et j’avais encore les paupières toutes bouffies de sommeil. Ne me gronde pas, j’ai fait quelques folies bien arrosées hier soir – et je ne parle pas que d’alcool, si tu vois ce que je veux dire. Je me suis rendue au salon de Mme de L… qui a organisé un récital donné par un jeune pianiste, Alexis Contant.
Ce jeune homme d’à peine vingt ans est un élève du grand Calixa Lavallée et je t’assure qu’il est très doué de ses mains ! Il nous a ravies avec des pièces choisies de Chopin et de Liszt. Je te jure, ma chérie, je croyais être transportée au paradis ! Quelle fougue ! Quelle justesse dans l’exécution ! À l’entracte, je m’empressai d’aller lui exprimer mon admiration et toute ma reconnaissance – et tu me connais, cette rencontre se termina par une étreinte à la hussarde entre deux portes dérobées. Je commençai par lui mettre la main à la braguette et quand je constatai qu’il était bandé, je le pris en bouche. J’étais à genoux devant lui et il se pâmait comme un castrat faisant ses vocalises pendant que je lui pompais l’organe. Il me troussa ensuite pour me fourgonner allegro non troppo avant de se retirer et de répandre son bonheur sur mes fesses nues. Je passai ainsi la seconde partie du récital le rouge au front, la chatte en feu et le cul baignant dans la purée ; les bonnes sœurs avaient raison, la musique élève vraiment l’âme.
J’entraînai mon joli pianiste, une fois son récital terminé, dans le boudoir de Mme de L…, où en sa compagnie et celle de sa fille Ninon, nous vidâmes deux bouteilles de champagne en nous relayant pour rendre le jeune Alexis digne de son patronyme. Tu aurais dû nous voir, Madame de L… me tétant les orteils et Ninon me pissant gentiment au visage tandis que le pianiste lui giclait le foutre au cul. Ils diront ensuite qu’on ne sait pas s’amuser dans la Haute-Ville de Québec.
J’ai lu ta lettre avec grand intérêt, mais aussi avec beaucoup d’inquiétude. Je suis contente que tu te portes mieux, mon adorée. La religion est consolatrice et je sais que tu as toujours été croyante, et si c’est ce qu’il te faut pour passer à travers les terribles épreuves qui t’affligent, je ne peux que m’en réjouir. Je dois quand même t’avouer que te savoir maintenant dévote – et mystique de surcroît – me surprend et me trouble, au point que je me suis demandé si j’avais encore la licence de te raconter mes badineries mondaines, comme je l’ai fait en début de cette lettre.
Je ne comprends pas l’importance que tu accordes à cette Marguerite Porete et te voir aussi entichée d’elle me dérange un peu. Si je comprends bien, cette femme était si extrême dans sa dévotion à Dieu qu’elle en était devenue intolérable même pour notre sainte mère l’Église. Ne trouves-tu pas qu’il est mal avisé de la prendre pour modèle et de suivre ses traces ? Ne te rappelles-tu pas ce que feu ton père – que je pleure moi-même encore chaque jour – nous disait au sujet de la religion, dans ce franc-parler dont lui seul avait le secret ? Je te le cite de mémoire : « C’est ben beau de rendre grâce au Seigneur pis toute la patente, sauf que c’est pas une raison de se mettre à lucher les culs mardeux des calottes. »
Voilà des mots qui méritent d’être médités. Va chercher consolation dans la foi, mais je t’en supplie, garde une saine réserve ; je ne supporterais pas de te voir sombrer encore plus profondément dans la mélancolie et le délire – et surtout, je serais meurtrie de te perdre pour de bon.
Ma tendre chérie, prends soin de toi et donne-moi de tes nouvelles. Tu me demandes de ne pas m’inquiéter et comme tu peux le voir, je n’y arrive tout simplement pas.
Ta Mina
P.S. Ai-je bien lu ? As-tu vraiment détruit par le feu les livres galants que t’a légués ton père ? Je t’en prie, dis-moi que ce n’est qu’une plaisanterie. La pensée que tous ces trésors seraient partis en fumée m’afflige.
Merci encore pour ce beau texte qui, comme tout ce qui vois touche, si je puis le dire ainsi, me transporte au plus profond de mes épidermes…
Je le transmets à l’instant à ma compagne qui va s’en délecter comme moi, et sans doute, tout comme moi, va se fouiller au plus profond en vous lisant, jusqu’à l’extase…
j’espère au plus vite vous lire de nouveau…
Pierre
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